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Jardinage au naturel

La lutte biologique contre les altises

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Il est relativement difficile d’employer des méthodes de lutte biologique contre les altises. Ces petits coléoptères sauteurs n’ont en effet pas d’ennemis spécifiques, seulement des prédateurs occasionnels parmi la faune environnante. On pourrait les surnommer les poinçonneurs étant donné les perforations qu’ils font dans les feuilles des plantations en les grignotant. Larves et adultes sont la cause d’importantes pertes parmi les rangs des potagers, notamment parmi les crucifères. Il est cependant possible de prévenir ou de limiter leur présence grâce à quelques mesures simples et en permettant à des prédateurs notoires de ravageurs de s’installer au jardin.

La lutte biologique contre les altises

La lutte biologique contre les altises

Qui sont les altises ?

Les altises sont des coléoptères, appartenant à l’ordre des chrysomèles. Généralement toutes petites, à peine quelques millimètres, elles sont pourtant très voraces et font beaucoup de dégâts dans des végétaux qu’elles dévorent. Elles se nourrissent des feuilles de certaines plantes, y faisant de petits trous ronds ou en grignotant seulement la surface. Elles préfèrent la plupart du temps les jeunes pousses, les feuilles tendres.

Les espèces d’altises sont nombreuses, et beaucoup d’entre elles (du genre Phyllotreta) ont un attrait marqué pour les crucifères : choux, navets, roquette, .... L’altise des crucifères est d’ailleurs une des plus répandues. D’autres préfèrent une alimentation à base de solanacées : aubergines, tomates, pommes de terre, ... On trouve également des altises sur les betteraves, la vigne, ...

Elles ont généralement une carapace sombre et de longues antennes. Leurs élytres leur permettent de voler sur plusieurs centaines de mètres. Leurs pattes arrières sont bien développées pour leur permettre de sauter à l’abri lorsqu’elles sont dérangées, c’est pourquoi elles sont souvent nommées “puces de jardin”. Le nom altise vient d’ailleurs du latin “haltikos” qui signifie “habile à sauter”.

Il n’y a chez la plupart des espèces qu’une seule génération d’altises dans l’année. Après avoir passé l’hiver à hiberner, les adultes sortent affamés et attaquent en force les feuilles de leurs végétaux préférés. Très rapidement ils vont se reproduire et pondre plusieurs centaines d’œufs, dans le sol, le collet des plantes ou directement sur les feuilles. La nymphose se produit durant l’été (selon les espèces), et les jeunes altises adultes poursuivent leurs dégradations jusqu’à la baisse des températures et l’entrée en diapause. Les altises aiment les environnements chauds et secs, préférant rester cachées lorsqu’il fait froid ou humide.


Altise, le poinçonneur

Pourquoi une lutte biologique contre les altises ?

Excepté la grosse altise du colza, les altises aiment les étés secs et chauds qui favorisent leur développement, et si elles sont très nombreuses les dégâts peuvent être sérieux. En effet, les morsures qu’elles font aux feuilles fragilisent les plantes qui montreront plus ou moins de difficulté à produire des fruits. Et lorsqu’il s’agit de jeunes plantules, la culture peut être totalement détruite.

Les altises sont très mobiles, pouvant chercher en volant des plantes-hôtes loin de leur point de départ.

Leurs vols sont échelonnés, ce qui rend difficile la mise en place de traitements conventionnels. Ce sont du coup les méthodes préventives qui vont s’imposer, ainsi que la mise en place de mesures pour attirer les prédateurs d’insectes ravageurs.

Les crucifères émettent des composés spécifiques qui attirent les altises. Et il semblerait que lors des attaques, ces composés soient émis en encore plus grand nombre, attirant d’autant plus de ravageurs.

La lutte biologique contre les altises sera donc plus efficace en préventif qu'en curatif, car les altises n'ont pas de prédateurs naturels spécifiques...


En prévention avant la lutte biologique contre les altises

  • Le voile anti-insecte est le moyen le plus sûr de protéger les récoltes. Sélectionnez un filet à maille très fine du fait de la petite taille de ces ravageurs (2 mm). Il doit être installé au plus tôt, au mois de mai, et enterré sur les côtés pour plus de sûreté.

  • Laissez la place pour une biodiversité importante dans votre jardin en installant plantes variées, friches, haies mixtes, afin que les prédateurs des altises viennent s’y installer durablement.

  • Plantez de la tanaisie, des tagètes et du trèfle blanc qui semblent avoir un effet répulsif contre les altises.

  • Installez des plantes pièges un peu plus loin, par exemple des engrais verts type moutarde qui attireront les altises à la place de vos choux et autres crucifères.

  • Un paillage au pied des plantations garde une certaine fraîcheur, ce qui déplaît à ces ravageurs. De plus, il peut les empêcher de pondre et d’entrer en diapause.

  • Évitez de semer des crucifères au même endroit plusieurs années d’affilée. Attention aux adventices de la famille qu’il faut également supprimer, les altises ne font pas de différence entre les espèces sauvages et les cultivées ! Les betteraves sont également à éviter en tant que culture précédente car elles attirent elles aussi des altises.

  • Favoriser un développement rapide des semis ou bien installer des plants déjà vigoureux. Les jeunes plants sont fréquemment arrosés pour éloigner le nuisible.

La lutte biologique contre l’altise du chou

Qui sont les altises du chou

  • L’altise des crucifères, Phyllotreta nemorum, est un tout petit coléoptère d’environ 3 mm. Son corps noir est luisant et ses élytres sont marquées par 2 taches allongées brun jaune. Seuls ses tibias sont roux, le reste de ses pattes est noir, tout comme ses antennes. La femelle pond ses œufs sur l’envers des feuilles de la plante-hôte ou le long de leurs nervures, qui y sont retenus grâce à du mucus. Les œufs éclosent en une dizaine de jours. La fine larve qui en sort fait environ 6 mm de long et affiche une tête et des pattes noires sur un corps jaune. Elle s’insère entre les 2 épidermes entourant les tissus des feuilles en creusant une galerie. À la fin de son dernier stade larvaire, elle se cache dans le sol pour y effectuer sa nymphose. C’est vers le début juillet que le jeune adulte en émerge. Il va alors remonter sur la plante-hôte et dévorer les feuilles en les décapant et en y perçant des trous. Il peut aussi consommer les jeunes plantules issues de semis. L’altise des crucifères commence à hiverner vers novembre dans le sol. Au début du printemps, lorsque les températures commencent à remonter, elle retourne se nourrir et pond un peu après. Il y a une génération dans l’année. Elle consomme toutes les plantes crucifères, autant sauvages que cultivées.

  • L’altise du radis, Phyllotreta spp. est spécifique aux brassicacées, s’attaquant aux navets, radis, choux, choux-fleurs, … Elle a un corps noir très brillant. Les adultes se nourrissent des feuilles, en les rongeant plutôt qu’en les perçant. La période à risque pour les plantations se situe entre avril et septembre.

  • L’altise noire des crucifères, Phyllotreta atra, est totalement noire, hormis un peu de jaune sur ses antennes. Le cycle débute vers la fin du mois de mai avec la ponte, qui se fait à proximité des crucifères hôtes. Après 10 jours, les œufs éclosent de larves blanches et noires qui vont se nourrir des feuilles pendant tout leur développement, environ 1 mois. Quand le froid arrive, l’adulte entre en diapause jusqu'au printemps suivant. Ces altises apprécient elles aussi la chaleur, et peuvent faire de gros dégâts, notamment dans les semis.

  • La grosse altise du colza ou altise d’hiver, Psylliodes chrysocephala, est un insecte de 4 mm dont le corps bleu vert affiche de beaux reflets métalliques. Sa tête, ses pattes antérieures et le bout de ses antennes sont roux. La femelle pond des œufs orangé. De ceux-ci naîtront des larves blanc jaune avec la tête brune. L’adulte émerge du sol en mai ou juin et se nourrit de feuilles, mais dès l’arrivée des chaleurs il se met en diapause. Lorsque les températures retombent, il se réveille et va se nourrir, notamment dans les champs de colza. Il peut y faire de gros dégâts car c’est le moment où les semis commencent à germer, voire détruire la culture. La femelle commence à pondre peu après, vers novembre et s'arrêtera en hiver pour reprendre la ponte au printemps. Les œufs sont pondus au sol, près du collet des plantes ciblées. La larve, dès qu’elle naît, pénètre dans la plante, ronge collet, tige, feuilles. Cette altise a elle aussi une préférence pour toutes les plantes appartenant aux crucifères.

Quelques altises s’attaquent à d’autres végétaux :

  • L’altise de la vigne, Altica ampelophaga : mesurant 5 mm, elle montre un corps vert sombre aux reflets bleus et des pattes noires. Ses œufs sont jaune orangé, sa larve, grisâtre aux premiers stades, s’assombrit jusqu’à devenir vert foncé. La vigne est sa plante-hôte de prédilection. La première ponte arrive début avril, environ 500 œufs par femelle. Les larves se transforment en nymphes au bout d’une trentaine de jours durant lesquels elles se nourrissent des feuilles de son hôte. La diapause se passe dans le sol, parmi les débris végétaux. À leur réveil, au moment du débourrement de la vigne, elles recommencent à se nourrir, provoquant des dégâts importants et impactant la formation des grappes.

  • L’altise du lin, Longitarsus parvulus, est encore plus petite que les petites altises, environ 1 mm. Elle est terriblement destructrice sur les jeunes lins.

  • L’altise des mauves, Podagrica fuscicornis, est noire avec la tête et les pattes rousses. On la trouve un peu partout sur de nombreuses malvacées : mauves, roses trémières, lavatères, ....


Altise

Les méthodes de lutte biologique contre l’altise du chou

  1. Les oiseaux sont de bons agents de lutte biologique contre les altises du chou. Attirez-les au jardin en leur offrant des graines, de l’eau et un nichoir. La mésange se régale de nombreux ravageurs sous toutes leurs formes : œufs, larves, adultes. Elle en attrape également en grande quantité quand il s’agit de nourrir ses petits. Le rouge-gorge apprécie nombre de larves et limaces.

  2. Les crapauds sont de très efficaces chasseurs et les altises sont souvent sur leur menu. Il est difficile de les attirer, mais essayez tout de même de leur procurer des tas de pierre et une petite friche.

  3. Les insectes prédateurs sont un peu moins utiles contre les altises car elles se déplacent rapidement et font des bonds. Mais leur présence peut tout de même contribuer à limiter le nombre de ces ravageurs. Favorisez au jardin les carabes, chrysopes, coccinelles, qui sont des prédateurs assez polyphages.

D’autres méthodes biologiques

  • Les pièges jaunes ou blancs ont un effet sur la quantité d’adultes. Attirés par la couleur, ils viennent s’y coller.

  • Comme les altises détestent l’humidité, des aspersions répétées des végétaux sensibles sont un bon moyen de les faire fuir.

  • Il est possible de supprimer manuellement larves et adultes tant que leur nombre n’est pas trop important.

  • Des binages réguliers durant toute la bonne saison permettent de détruire de nombreux œufs.

  • Insectes assez frileux, l’ombrage des plants est rédhibitoire pour les altises. Ombragez légèrement les semis et les végétaux qui le tolèrent.

  • Limitez les apports d’azote qui ont tendance à rendre les feuilles tendres.

  • Placez des morceaux de feuilles d'absinthe autour des rangs de crucifères, leur forte odeur fait fuir les altises.

  • Tentez les pulvérisations de purins d’absinthe, de tanaisie, ou de décoction d’ail.

  • Étalez de la cendre de bois (sans excès) ou de la terre de diatomée autour des plants sensibles.

Conclusion

L’altise est une ravageuse notable dès lors qu’elle est en nombre, prévenir ou au moins limiter sa présence est de ce fait plus que nécessaire. D’autant plus qu’avec elle, il est plus simple de prévenir que de guérir ! C’est toujours comme ça avec les nuisibles qui n’ont pas de prédateur attitré : la lutte biologique contre les altises n'est pas aisée ! Heureusement, on peut généralement avoir recours à quelques mesures pour lutter biologiquement contre l’invasion de ces agresseurs.