Aller au contenu
Conseils jardinage et plantes

Buis malade : quel avenir pour le buis au jardin ?

Partager

De tout temps, le buis a su s'imposer dans les jardins historiques ou contemporains. Sa grande longévité, sa livrée persistante comme sa docilité sous la cisaille en font en effet un sujet de choix, déclinable en formes libres ou organiques, en topiaire ou bien même en bordures ou entrelacs élégants. Toutefois, cette réputation est remise en question par la diffusion sur notre territoire de maladies et parasite inféodés à cette essence jusqu'à présent incontournable. Doit-on, peut-on encore planter des buis sans remords, telle est la question ?

Le buis malade

De nouvelles maladies

Depuis quelque temps, deux maladies cryptogamiques (champignons) s'avèrent fréquentes sur les buis de nos parcs et jardin comme dans certaines stations naturelles. Il s'agit de Cylindrocladium buxicola et de Volutella buxi qui affectent progressivement les rameaux si l'on n'y prend garde (taches brunes ou noires s'étendant).

Il convient alors de supprimer les premiers rameaux atteints, tachés de brun, afin d'éviter toute propagation. Lors de ces coupes, désinfectez souvent le sécateur avec une solution d'alcool ou de Javel. Brûlez les rameaux ainsi soustraits afin de ne pas propager les spores (organes minuscules de propagation de ces champignons). Évitez la dissémination des spores par arrosage aérien. Pour l'amateur comme le professionnel, les traitements respectueux de l'environnement sont malheureusement aléatoires.


La chenille de la Pyrale du Buis ©Fotolia_Koppert


Un parasite inquiétant

D'autre part, les buis sont la proie d'un papillon dédié, aux mœurs nocturnes, la pyrale du buis dont la chenille défoliatrice s'avère vorace. Les dégâts sont manifestes par une disparition du limbe des feuilles, les plantes étant réduites aux nervures des feuilles et les branchages dépenaillés. L'attaque est rapide. Comme en amont le papillon est actif la nuit, il convient de détecter rapidement les premiers dégâts sur les feuillages. Deux à trois générations peuvent se succéder en une année et chaque papillon femelle pond jusqu'à 250 œufs !

Alors, un traitement biologique à base de Bacillus thuringiensis (BT) enraye fort aisément l'attaque en tuant les larves et chenilles dès leur apparition. La présence de leurs soies entremêlées telles des toiles d'araignées devrait vous interpeller. Le BT est souvent couplé à du pyrèthre qui perd son efficacité en plein soleil. Alors, pour une meilleure efficacité, traitez abondamment le feuillage, si possible à l'atomiseur, et plutôt le soir ou par temps couvert. Dans les grandes plantations de buis, il est envisageable d'employer des pièges à phéromones (hormones sexuelles) destinés à capturer les papillons avant qu'ils ne se reproduisent.


Quelques réflexions

Les plantations de buis à bordure ou d'entrelacs faisant l'objet de tailles répétées étaient jadis remplacées, rénovées tous les 5 à 10 ans. Opération que l'on a bien volontiers oublié de nos jours pour croire ces plantes bien plus accommodantes. Les plantes issues de culture intensive sont diversement aguerries vis-à-vis de ces attaques. Certaines productions étrangères sont effectuées sous abri et sous perfusion afin d'obtenir une croissance rapide et régulière. Méfiez-vous des plantes vendues peu chères et préférez des sujets issus de productions plus classiques. De même le prélèvement effréné de boutures sur des pieds mères affaiblis produit des plantes malingres et donc plus sensibles aux différents parasites ou maladies.

Un buis dépouillé de son feuillage par une attaque fulgurante de pyrale peut s'en remettre si vous lui apportez des soins attentifs comme des arrosages au pied en été (pas sur le feuillage) et un apport d'engrais organique (corne broyée) en automne. Évitez tout apport d'azote rapidement assimilable.


Prévenir au lieu de guérir

Afin de maintenir des plantes vigoureuses et en bonne santé et donc moins attrayantes pour les prédateurs et maladies qui attaquent avant tout les plantes affaiblies, chouchoutez vos plantations.

Évitez tout d'abord le tassement du sol qui peut provoquer une asphyxie des racines. Maintenez le feuillage pas trop dense par des tailles légères à l'intérieur des bordures, car tout confinement encourage l'installation et la propagation des maladies. Opérez des coupes aussi légères que possible et peu nombreuses pour éviter tout stress des plantes. Préférez opérer par temps couvert afin d'éviter les effets "coup de soleil" et, de fait, un feuillage brunissant. Pour autant, évitez toute taille en période de pluie, car les coupes sont alors propices à l'ancrage des maladies cryptogamiques. De même, évitez les arrosages par aspersion.

Quelles alternatives choisir

Si vous souhaitez malgré tout planter des buis, choisissez des variétés qui résistent le mieux aux maladies telles que 'Faulkner', 'Rococo', 'National' ou bien 'Trompenburg'.

A contrario, si vous ne souhaitez pas prendre de risque lors de nouvelles plantations, mieux vaut employer des plantes similaires, sachant qu'il est bien difficile de trouver sujet aussi longévif que docile vis-à-vis de la taille. Toutefois, voici plusieurs suggestions :

- Pour les bordures taillées, envisagez l'emploi de santoline, de lavande vraie taillée deux fois l'an, de romarin, d'aurone (Artemisia abrotanum), du houx crenata (en sol acide ou neutre), du fusain du Japon 'Microphyllus', voire des bruyères à feuilles diversement colorées. L'if commun peut aussi être maintenu court (35 cm) par la taille. Pour ma part, je conseille l'emploi du Teucrium x lucidrys qui se taille bien et montre un feuillage proche du buis, petit et vert sombre.

- Toujours taillées, mais saisonnières, adoptez des bordures de marjolaine à coquille ou le thym d'hiver à semer directement sur place. Elles sont odoriférantes.

- Pour des topiaires taillées, envisagez le recours aux ifs bien sûr, aux houx, au laurier du Portugal 'Angustifolia', aux Phyllirea, au charme, au photinia, aux troènes et Lonicera nitida compact comme 'Tidy Tips'. Dans le Midi, envisagez Myrsine africana, le myrte 'Tarentina', la lentisque ou bien Teucrium azureum, grisâtre.

- Certaines variétés de plantes exposent une silhouette topiaire naturelle à l'image de certains berbéris boule comme 'Nana' à feuilles de buis, le Picea glauca 'Conica' en pain de sucre, le Pittosporum 'Golf Ball' ou le Pittospore nain odorant (Pittosporum obira 'Nana'), l'Ugni molinae 'Butterball'.

Philippe Ferret