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Expérience vécue
Depuis fort longtemps, mon épouse Claudie rêvait d'un ruisseau dans le jardin. Lorsqu'elle dessina et planta ce dernier, il y a près de vingt ans déjà, elle dessina même son emplacement et son relief qui, depuis, était devenu une "rivière sèche". Forts de l'aide précieuse d'amis avertis, nous avons entrepris cet été la transformation tant attendue. Depuis, règne dans notre jardin un nouveau décor de fraîcheur que nous apprécions au quotidien et surtout en pleine canicule. Pour vous aider dans une telle réalisation, voici mes réflexions et conseils forgés à l'aune de l'expérience.
La préparation du terrain
Choisissez de préférence en emplacement en plein soleil, loin des arbres et arbustes à feuillage caduc. Sinon, leurs feuilles mortes compromettraient l'équilibre aquatique par leur décomposition. Tirez parti d'une pente naturelle, d'un relief du terrain. Le terrassement sera effectué de préférence par temps sec, lorsque le sol est compact et se travaille facilement. Creusez plusieurs "paliers" qui seront autant de niveaux propices à des effets de cascades, voire des chutes d'eau. Cuvelez le lit du futur ruisseau en retenues irrégulières dans leur forme et leur profondeur. Au point le plus bas, creusez un grand trou (en prévoyant des gradins pour installer ultérieurement des plantes aquatiques en bac ou bien, si la profondeur le permet, de constituer une assise pour se relaxer – façon bain bouillonnant – dans l'eau) d'au moins 80 cm de profondeur permettant d'obtenir un bon volume de réserve d'eau (mini 3 mètres cube). Pensez à ménager des bords plats sur le pourtour afin de maintenir les pierres en place. Épandez ensuite sur toute la surface une bonne couche de sable afin d'éviter tout risque de perforation ultérieure. Posez un molleton protecteur épais afin de parfaire ce dernier point. Il est alors temps de dérouler la bâche à bassin épaisse. Ne lésinez pas sur sa qualité et prévoyez large. Au besoin, assemblez plusieurs lés avec une colle spéciale.
Installez la pompe
Au point le plus bas du trou profond, disposez la pompe immergée puis percez la bâche pour faire passer tuyau de refoulement et câble électrique. Vous trouverez des kits d'étanchéité spécialement conçus pour cela. Ainsi, vous masquerez plus facilement les éléments techniques de l'installation. Creusez une tranchée le long de la berge pour enfouir câble et tuyau (il est d'assez gros diamètre !) que vous recouvrirez d'une trame de protection. Prévoyez un filtre très efficace pour maintenir l'eau claire et propre et éviter la prolifération des bactéries et algues vertes. Ce type de filtre se place en surplomb de la chute d'eau, à peine enterré et il vous faudra prévoir de le cacher avec une plantation de vivaces ou petits arbustes persistants. J'ai choisi un modèle à fonctionnement automatique tout à la fois à filtration mécanique et biologique et comprenant une lampe UV. La puissance de la pompe (calculée suivant la dénivellation, le volume d'eau et la longueur de tuyau) doit être en adéquation avec les caractéristiques du filtre. D'où l'intérêt de choisir un kit de marque. Marquez bien les plis de la bâche pour qu'ils soient discrets. Mettez en eau le trou profond afin de tendre la bâche.

La mise en scène
Commencez à disposer les pierres sur le pourtour du bassin. Choisissez des pierres de taille variable, de préférence avec un côté plan et dépourvues d'arêtes coupantes. Au besoin, disposez un bout de bâche supplémentaire sous les pierres anguleuses. Faites de même ensuite pour chaque palier, du bas vers le haut. Employez un niveau à bulle afin d'obtenir des berges. Évitez de panacher différents types de pierres. Au besoin, recourez à des galets minces pour le calage des grosses pierres. Cassez les effets d'alignement en disposant de plus grosses pierres proéminentes et placées en débord. Au niveau de chaque déversement, disposez un grand galet plat sous la bâche, positionné légèrement en débord. Calez ensuite juste en dessous, côté cascade, une large pierre plate sur laquelle retombera naturellement l'eau.

Quelques ajustements
L'idéal est bien sûr de masquer la bâche sur les côtés, l'eau effleurant au moins la base des pierres. Aussi convient-il de faire remonter la bâche dernière les pierres et de la caler à la verticale avec la terre alentour. Ne soyez pas impatient pour découper l'excédent de bâche. Attendez d'avoir mis en eau tout le circuit et vérifié l'étanchéité de l'ensemble, une fois la bâche bien tendue. Sachez que, pour obtenir un joli bruit de cascade, l'eau doit se déverser sur des pierres plates disposées en aval, façon larmier naturel. De même, pour accentuer l'impression de débit, réduisez le diamètre d'arrivée d'eau (ajutage réducteur ou tuyau aplati en sortie). Procédez ensuite au masquage de la bâche dans le lit du ruisseau. Employez des pierres plates, du gravillon roulé et/ou des galets. Évitez là encore les pierres et éléments anguleux. Composez des éboulis par endroits, des plages en d'autres. Mettez en eau et améliorez chaque déversoir, canalisez le flux de l'eau. C'est un moment passionnant où l'on apprend à "maîtriser" l'eau selon son désir (!). Complétez le tableau en installant des plantes aquatiques et/ou semi-aquatiques ou de berges, plantées en paniers immergés. Pour mettre en valeur votre nouveau décor, l'idéal est de profiter du branchement électrique pour installer un éclairage approprié. Alors, vous profiterez pleinement, jour et nuit de ce nouvel aménagement qui donne vie au jardin. Et quel plaisir, au cœur de la canicule de lire un bon bouquin les pieds dans l'eau vive !
Philippe Ferret
