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Au potager, la lutte biologique contre les pucerons des plantes potagères est très diversifiée. Les espèces de pucerons sont en effet extrêmement nombreuses, et souvent spécifiques de plantes ou d’espèces de plantes. C’est pourquoi se contenter de lutter à l’aide des coccinelles est un peu réducteur, bien que souvent efficace. Heureusement leurs antagonistes sont multiples, mais parfois une bonne identification sera nécessaire pour employer le bon agent de lutte. À vos microscopes !
Les prédateurs des pucerons du potager
Les aphidés forment une ressource alimentaire importante et répandue dans presque tous les milieux. Ils ont de ce fait beaucoup de prédateurs, spécifiques ou non, chez les insectes pour la plupart. Certains oiseaux, des arachnides ainsi que des champignons sont également de remarquables consommateurs.
Lutte biologique grâce aux insectes
Les coccinelles
On connaît bien la coccinelle rouge à points noir (Adalia bipunctata et A. decempunctata), que l’on utilise d’ailleurs depuis longtemps pour lutter contre ces ravageurs. Mais la famille des coccinelles se compose d’un grand nombre d’espèces dont 65% sont aphidiphages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de pucerons.
Adalia bipunctata : la coccinelle à 2 points se régale de tous types de pucerons ainsi que de pollen, nectar, miellat, acariens, cochenilles, moisissures. On la trouve partout sur tous les végétaux. Elle s’introduit au potager, à raison de 10 à 50 larves par m2. Les adultes consomment 60 unités par jour, les larves une centaine.
Coccinella septempunctata : la coccinelle a 7 points est élevée pour la lutte biologique car elle s’adapte à tous les milieux et est un prédateur extrêmement vorace : les larves consomment jusqu’à 100 pucerons par jour, les adultes entre 100 et 200 larves.
Les hémérobes
Micromus variegatus est un tout petit névroptère au long corps fin beige tacheté de brun et aux longues antennes. Larves et adultes sont des prédateurs généralistes qui se nourrissent notamment de pucerons. Ils peuvent être introduits aussi bien en serre qu’à l’extérieur, entre autres pour toutes les plantes potagères et les petits fruitiers. Conditions optimales : entre 20 et 31° mais ils restent actifs à basse température. Chaque individu, larve et adulte, peut consommer une vingtaine de pucerons par jour et chaque femelle pond de 100 à 150 œufs. En préventif, on dépose 0.1 hémérobe par m², 1 en curatif.
Les chrysopes
Chrysoperla carnea est une jolie névroptère au long et fin corps vert clair, avec des ailes allongées translucides aux nombreuses nervures argentées. Totalement végétarienne à l’âge adulte, sa larve par contre se nourrit essentiellement de pucerons et autres insectes à corps mou. Durant la vingtaine de jours que dure le stade larvaire, chaque individu consomme jusqu’à 50 individus par jour. On les surnomme d’ailleurs les “lions des pucerons”. Conditions optimales : entre 20 et 31°, humidité 30% au moins. Les espèces ciblées : principalement Aphis gossypii, Aulacorthum solani, Myzus persicae, Macrosiphum euphorbiae. On peut introduire soit des œufs, à raison de 3 à 20 par m², soit des larves, entre 30 et 100.
Les syrphes
Ressemblant beaucoup à de petites guêpes, les syrphes sont en fait des mouches. Sphaerophoria rueppellii se nourrit de nombreuses espèces de pucerons. Il peut être introduit facilement dans un écosystème car, en l’absence d’aphidés, il trouvera d’autres proies. Les femelles repèrent en volant les importantes colonies de pucerons et pondent à proximité immédiate. Les larves avaleront au cours de ce stade qui dure environ 10 jours (en fonction de la température) jusqu’à 200 individus.
Les cécidomyies
Les larves de la cécidomyie du puceron, Aphidoletes aphidimyza consomment une vingtaine de pucerons par jour. Elles sont un prédateur de nombreuses espèces de pucerons. Les femelles pondent leurs quelques 200 œufs près de colonies. Chaque larve consomme entre 5 et 50 pucerons par jour pendant une dizaine de jours. Cette cécidomyie est très résistante au froid durant son hibernation, par contre elle a besoin de beaucoup de lumière pendant sa période d’activité, au moins 16 heures. Ses conditions optimales de températures : entre 21 et 25°, bonne humidité. L’introduction est de 0.25 à 0.50 individus par m² en prévention. En cas d’infestation importante, il est possible d’introduire jusqu’à 1000 cécidomyies par m².
Les parasites des pucerons
Chez les parasites, les œufs sont pondus à l’intérieur de l’hôte et une fois qu’ils ont éclos, la larve se nourrit de sa victime et la transforme en momie, dont elle sortira sous sa forme adulte.
Aphidius ervi est un parasite des pucerons verts et roses (pomme de terre) et autres pucerons de grande taille.
Aphelinus abdominalis : petit hyménoptère que l’on emploie pour lutter contre le puceron vert de la tomate et le puceron strié de la pomme de terre. Introduction de 2 à 4 individus par m2. En plus de parasiter les pucerons, les adultes femelles en consomme également.
Aphidius colemani est une guêpe parasitoïde que l’on utilise principalement sous serre contre de nombreuses espèces de pucerons du potager. Conditions optimales : entre 18 et 25°, humidité importante. La larve met 7 jours pour momifier son hôte. On introduit de 0.25 à 2 individus par m2.
Aphidius matricariae : ce parasitoïde met une dizaine de jour après la ponte pour transformer son hôte en momie. Il est particulièrement efficace sur Myzus persicae. On introduit de 0.25 à 2 individus par m2. La femelle peut parasiter 100 à 200 pucerons.
Les agents pathogènes des pucerons du potager
Verticillium lecanii est un champignon, dont les spores envahissent le corps du puceron et absorbent les nutriments qu’il contient, jusqu’à provoquer la mort de l’hôte. Il s’utilise avec une bonne humidité et une température de 15 à 25°, généralement sous serre.
Utiliser des plantes-réservoirs
Le principe de ces plantes est le suivant : on installe autour du potager ou dans la serre, des plantes qui attirent un grand nombre de pucerons spécifiques à ces plantes (les végétaux en question peuvent être vendus préinoculés). On introduit ensuite des auxiliaires aphidiphages mais plus généralistes. De cette façon, on constitue une réserve d’auxiliaires toujours présents.
Conclusion
La lutte biologique offre un grand nombre de possibilités pour limiter les populations de nuisibles au jardin. Les pucerons font partie des ravageurs les plus nombreux et communs, qui peuvent faire beaucoup de dégâts dans les potagers. Ils ont heureusement beaucoup d’ennemis, qu’il vous suffira d’introduire à proximité des plantes potagères pour voir décroître ces colonies de nuisibles.
A voir : Encyclop’Aphid est un site très riche de l’INRA sur les tous les pucerons, leurs cibles et leurs antagonistes.
