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Philippe Ferret vous emmène faire un tour du monde des jardins de France. Découvrez les particularités de chaque région (climat, sol), leurs paysages, et les plantes qui s'y plaisent naturellement, celles qui s'y adaptent facilement et celles à éviter !
Le climat
"Normand", il est réputé frais et plutôt humide avec une influence maritime qui écrête des amplitudes thermiques aussi bien en été qu'en hiver.
Le sol
Il est souvent lourd et argileux, à tendance calcaire. Toutefois, ce calcaire n'est pas toujours actif comme sous les pins où, en crête de falaise, et il est alors aisé de cultiver les plantes acidophiles (rhododendrons, azalées, magnolias...) comme à Varangéville sur Mer. Le jardinier avisé saura diligenter une analyse de terre avant d'entreprendre quelques plantations que ce soit.
Les paysages
Des plaines intérieures du pays de Caux où se plaît le lin, des clos entourés de talus plantés de hêtres du bocage, des vergers tant chantés de la Basse-Normandie et jusqu'aux bocages du Cotentin… les paysages sont variés.
Ils signent la toile de fond de très nombreux jardins. Nombre de ces derniers sont du reste ouverts au public ce qui facilite des raids jardiniers efficaces et fort inspirants tels que, de haut en bas, le Vastérival et le Bois des Moutiers, le jardin de Valériane, le jardin Plume près de Rouen, les jardins de Planbessin et du Pays d'Auge jusqu'aux nombreux jardins du Cotentin qui font d'ailleurs l'objet d'un récent guide spécifique.
Les plantes
Par les caractéristiques particulières de ces terroirs, les jardiniers s'autorisent des acclimatations de plantes aimant les ambiances pas trop chaudes et toujours fraîches comme c'est le cas de nombreuses asiatiques et chinoises en particulier. Elles retrouvent ici un peu un succédané de mousson estivale indispensable. C'est ainsi l'occasion rêvée de collectionner les hortensias comme la référence en la matière, Shamrock près de Dieppe, ou les mythiques pavots bleus de l'Himalaya, les primevères asiatiques, les magnolias et lis géants à l'image des Jardins de Bellevue (76).
Une floppée de belles plantes vivaces se plaira à composer des ambiances naturalistes à l'instar des jardins contemporains et si en vogue de Piet Oudolf. Ainsi, les plantes robustes et foisonnantes que sont les véronicastrums, les eupatoires, les phlox ou encore les monardes ne demandent rien tant que ces atmosphères sereines, ces brumes matinales ou ciels bas d'automne. Elles y font d'ailleurs, bien "campées dans leurs bottes", belle figure jusqu'au cœur de l'hiver avec leur silhouette fantomatique. Allez les découvrir, mises en scène en majesté, au "Jardin Plume" (76).
En revanche, les plantes exotiques exigeantes en chaleur et les espèces méditerranéennes ne se plairont que dans des microclimats bien drainés, voire sur talus ou avec un apport de gravillons, à des expositions chaudes, plein sud par exemple contre un mur emmagasinant les calories. Il en est ainsi dans les Jardins d'Agapanthe (76). Elles y sont mises en valeur sur des dénivelées et présentées sur mulch de sable grossier ce qui conjugue un drainage parfait de leur collet et une forte luminosité grâce à la réverbération du soleil. Evitez-leur à tout prix les fonds de vallées ou bas de coteau où stagnent les brouillards et frimas.
En ces terroirs au sol riche et profond, les collections d'arbres deviennent magnifiques et plantureuses avec des sujets de haute qualité esthétique. C'est le royaume des hêtres majestueux, des conifères et magnolias. Pour preuve, les forêts y sont envoûtantes comme Eawy au nord, Lyons auprès de la Seine ou encore à Bellême dans le Perche.
Erables précieux, dont les délicates variétés originaires du Japon, bouleaux au tronc décoratif ou encore liquidambar assument ainsi, dans les parcs et jardins, des dimensions appréciables pour des toiles de fond de belle venue.
Tout comme en Bretagne, ces jardins baignés par l'influence maritime offrent même au cœur de l'été leurs plus belles nuances de verts et le gazon n'y souffre guère. C'est ce qui fait le charme intemporel des prairies normandes que ponctuent les vergers si pimpants lors de leur floraison printanière, odorants au moment des récoltes. Ainsi, on ne compte plus les variétés anciennes et préservées qui servent encore à fournir les pommes pour le cidre, les poires pour le poiré et différents alcools prisés.
Vous le voyez donc, la Normandie offre à tout jardinier ou visiteur averti des potentialités et richesses qui ne demandent qu'à être expérimentées.
