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Le savon noir est un produit souvent utilisé au jardin mais peut-il servir à lutter contre la pyrale du buis ? Ce ravageur venu d’ailleurs s’est imposé en France et dans le reste de l’Europe comme une menace importante, détruisant les buis centenaires dans les jardins à la française comme les buis communs dans la nature. Pour protéger les buis, plusieurs méthodes peuvent être utilisées, du ramassage manuel à la solution de biocontrôle utilisant des parasitoïdes spécifiques. Le savon noir fait-il partie de ces solutions ? Que faire contre cette dangereuse pyrale ?
Présentation de la pyrale du buis
La pyrale du buis est un insecte appartenant à la famille des lépidoptères, un papillon donc. Indigène de l’est de l’Asie, elle habite les régions tropicales et humides. C’est grâce au commerce international de végétaux qu’elle est arrivée en Europe, apparaissant pour la première fois en 2006 en Allemagne. Dès 2008, on signale sa présence en France, dans le Haut-Rhin, tout prêt des communes allemandes où elle a commencé sa progression en Europe. Elle se disperse notamment via les achats et échanges de végétaux, car le papillon ne peut pas parcourir un grand nombre de kilomètres. La pyrale du buis s’est aujourd’hui répandue dans un grand nombre de pays en Europe et dans la majorité des départements français.
Papillon nocturne et chenille vorace
Description
Cydalima perspectalis est un papillon nocturne aux ailes irisées blanches, bordées tout autour d’une bande brune. Certains spécimens sont entièrement bruns, irisés, mais cette forme est plus rare que la bicolore. Il est de grande taille, environ 40 mm, avec une très longue trompe enroulée en spirale qui lui permet de butiner le pollen des fleurs. Le mâle possède une sorte de pinceau en écailles au niveau de l’abdomen. Le papillon s’abrite tout le jour dans des feuillages, mais il s’envole au moindre danger et peut donc être vu même en journée. Le buis ne constitue pas forcément son refuge, on peut le trouver dans d’autres végétaux aux alentours, notamment des feuillus surplombant des buis. La pyrale pond des œufs jaunes translucides, ronds et aplatis, par plaques de 5 à 30 œufs. Une fois éclose, la chenille affiche un habit vert acide et jaune, orné de bandes vert sombre et blanches. Elle est ponctuée de verrues noires comme sa tête, et porte quelques longs poils blancs isolés. Elle est dotée de 6 pattes thoraciques et 10 fausses pattes abdominales. Après être sortie de l’œuf, elle ne mesure pas plus de 3 mm, et se développera jusqu’à atteindre environ 40 mm avant de devenir nymphe. La chrysalide porte la même livrée que la chenille au début de la nymphose, mais par la suite elle vire au brun.
Chenille de la pyrale versus buis commun
Composé de fusains, de houx et de buis dans ses pays d’origine, le régime alimentaire de la pyrale s’est réduit en changeant de zone géographique. Elle ne s’attaque en effet qu’aux buis, faisant dans les rangs de ces arbustes des dommages considérables. Les buis sont très répandus en France. On en trouve dans les parcs, dans lesquels ils forment les massifs représentatifs des jardins à la française, comme dans les jardins où ils sont utilisés aussi bien en haies que taillés en topiaires ou installés en pots. Les buis sont également une composante importante des sous-bois, abritant la faune et conservant une certaine fraîcheur au pied des arbres. Au début concentrés dans les parcs et jardins, les pyrales ont tôt fait de se déverser aussi dans ces buxaies naturelles. Elles détruisent le patrimoine culturel comme le patrimoine naturel du pays. Les risques encourus sont importants, à ajouter aux conséquences sur l’aspect esthétique de ces parcs, jardins et forêts : les papillons en grande densité peuvent représenter une gêne importante dans la vie quotidienne et les massifs de buis, naturels comme ornementaux, font effet de repoussoir une fois défoliés, desséchés et couverts de chenilles et de leurs toiles ponctuées de crottes. Les zones naturelles où les buis sont atteints sont la proie d’incendies plus fréquents et plus graves. La disparition de ces buxaies entraîne également une perte de la biodiversité et des risques d’instabilité des pentes qu’elles contribuent à maintenir.

Cycle de vie et d’alimentation
Le premier vol de l’année de la pyrale du buis a lieu vers fin mai début juin. Les femelles, qui vivent 15 jours, commencent à pondre entre 7 et 10 jours plus tard. Elles déposent leurs œufs minuscules et translucides sur le revers des feuilles, les rendant parfaitement indétectables. La ponte est fractionnée, la femelle va pondre entre 800 et 1200 œufs en 2 à 4 fois au cours de sa courte vie.
Ces œufs éclosent à peu près 7 jours plus tard, donnant naissance à des chenilles tout aussi invisibles.
Au 1er stade larvaire, la pyrale ne peut ronger que la cuticule des feuilles, restant sur leur revers.
Au 2e stade, elle fait de même mais sur le dessus des feuilles. Les rameaux portant des chenilles commencent à prendre un aspect sec.
Aux 3e et 4e stade, la chenille de la pyrale a des mâchoires suffisamment développer pour grignoter la feuille entière. Le buis, commençant à se défolier, peut difficilement faire sa photosynthèse et il commence à dépérir. Très vorace, chaque chenille peut consommer jusqu’à 45 feuilles de buis durant le mois que dure la phase larvaire. Et si elle ne trouve plus de feuilles et de bourgeons, c’est à l’écorce qu’elle s’attaque.
Après 20 à 30 jours, la chenille entre en nymphose pour environ 3 semaines. Elle forme un cocon en rassemblant des petits rameaux ou des feuilles à l’aide de ses fils.
La pyrale sort de sa chrysalide vers la fin juillet et prend son envol pour se reproduire. Un 2e cycle commence, qui peut être suivi par un 3e, voire un 4e dans les régions aux hivers les plus doux.
Les chenilles qui ont dépassé le 1er stade vont alors hiverner dans un cocon serré tissé entre 2 feuilles.
Elles sortiront de leur sommeil hivernal lorsque les températures dépasseront 7°, généralement vers le mois de mars. Elles commenceront aussitôt à se nourrir sur le buis jusqu’à leur nymphose entre avril et mai. S’ensuit le 1er vol de l’année...
La force de la pyrale tient à 2 paramètres : la rapidité de son cycle de reproduction et sa discrétion durant les premiers stades de sa vie. À moins d’une inspection fréquente de l’intérieur des buis, il est impossible de s’apercevoir de sa présence avant le 2e, voire le 3e stade. C’est lorsque les buis commence à montrer des signes de dessèchement que l’on y prête attention. Pourtant, dès ce 2e stade, la chenille commence à tisser des fils de soie pour se déplacer et se protéger, et elle éjecte dès le début de sa vie des excréments vert clair qui se prennent dans les fils de soie et jonchent le sol. Il est donc très important pour arriver à gagner cette lutte contre la pyrale du buis de surveiller attentivement les arbustes.
Comment protéger les buis contre la pyrale ?
Les solutions contre la pyrale ne sont pas très nombreuses et aucune d’entre elles n’est satisfaisante à 100 % à cause de la reproduction rapide de la pyrale et du nombre d’individus. C’est pourquoi il est conseillé de multiplier les moyens utilisés pour avoir plus de chance de sauvegarder vos buis.
Peut-on utiliser le savon noir contre la pyrale du buis ?
Le savon noir est composé uniquement de potasse et d’huile végétale, ce qui le rend tout à fait biodégradable. Produit de base, naturel, il s’utilise couramment pour l’entretien de la maison, mais son efficacité est également très appréciée au jardin. Il y est employé comme agent mouillant pour améliorer l’efficacité d’un autre produit (par exemple la bouillie bordelaise), mais aussi pour nettoyer les feuilles de végétaux attaqués par les pucerons du miellat excrété par ces parasites et de la fumagine que ce dépôt entraîne.
Le savon noir n’a par contre aucune action insecticide. Ce qu’il peut faire cependant c’est rendre les feuilles du buis (et des végétaux en général) moins appêtantes pour les parasites et agresseurs variés. De plus, son odeur assez forte peut éventuellement perturber leur odorat.
Et à part le savon noir ?
Les traitements naturels
C’est l’odeur puissante du marc de café qui a un effet répulsif contre de nombreux insectes. Paillez abondamment le pied de vos buis avec ce résidu de cuisine qui perturbera les femelles dans leur ponte. Cerise sur le gâteau : en se décomposant, cette matière organique fertilisera vos arbustes !
La terre de diatomée est composée d’algues microscopiques fossilisées. Extrêmement fine, elle inflige aux insectes des micro-lésions externes et internes. Ils meurent rapidement de déshydratation. La terre de diatomée doit être saupoudrée sur le feuillage de vos buis. Elle sera éliminée par la pluie, il faudra à ce moment là saupoudrer à nouveau vos buis.
La lutte mécanique contre la pyrale
Tout comme les adultes, la pyrale du buis au stade larvaire est très réactive et se laissera tomber au sol si elle se sent agressée physiquement. De forts coups portés à l’arbuste provoquent des vibrations, et la chute d’un grand nombre de chenilles de la pyrale. Il faudra prévoir une bâche à étendre au sol pour récupérer les larves, et les détruire. Une autre méthode consiste à arroser le feuillage des buis avec une forte pression (on ne parle pas de jet à haute pression mais d’un pistolet d’arrosage réglé pour avoir un jet étroit et assez puissant). Cela déloge également de nombreuses chenilles. Le jet doit être puissant et il est important de bien insister sur et sous les feuilles pour éliminer le plus grand nombre d’individus. Les chenilles doivent ensuite être ramassées et détruites. Cette méthode peut également être employée sur les œufs, à condition de bien repérer la période de ponte, 7 à 10 jours après l’envol des pyrales adultes.
La lutte biologique contre la pyrale
Favoriser les prédateurs Contrairement aux ravageurs indigènes, la pyrale du buis ne connaît malheureusement pas de prédateurs spécifiques en France, et aucun prédateur habituel de chenilles ne s’est encore particulièrement intéressé à cette espèce exotique. Le régime alimentaire de la chenille de la pyrale explique certainement ce désintérêt, au moins partiellement. En effet, les feuilles de buis, et plus particulièrement les plus vieilles, celles que préfèrent la pyrale, sont riches en alcaloïdes toxiques. En les ingérant, l’organisme de la chenille se charge de ces substances toxiques et les accumule. On a comptabilisé jusqu’à 20 fois plus de ces substances que dans les feuilles mêmes.
Certains oiseaux s’intéressent cependant aux larves, notamment en période de nourrissage de leurs oisillons. Mésanges bleues ou charbonnières, moineaux domestiques entre autres ont été vus en train de déloger des chenilles de leurs fils de soie. Offrez des nichoirs à ces espèces pour les attirer dans votre jardin.
Originaire lui aussi d’Asie orientale, le frelon asiatique semble retrouver une proie connue avec la pyrale, de nombreux actes de prédations ont en effet été observés.
Les chauves-souris ont les mêmes mœurs nocturnes que le papillon de la pyrale et apprécient d’en attraper en plein vol. Le papillon, lui, ne contient plus aucun alcaloïde.
Le biocontrôle
La solution la plus utilisée reste le Bt, Bacillus thuringiensis. Il s’agit d’une bactérie qui est ingérée par la chenille (à n’importe quel stade) et qui émet des toxines paralysant le système digestif de son hôte. Étant dans l’impossibilité de s’alimenter, les chenilles meurent rapidement. Le mélange au savon noir peut être utilisé en complément, mais appliquez-le de préférence une fois que le Bt n’agit plus, généralement après 7 à 10 jours.
Les trichogrammes sont souvent utilisées en lutte biologique. Ce sont des guêpes microscopiques qui parasitent les œufs de certains insectes. La larve de l’hyménoptère se développe à l’intérieur de l’œuf de la pyrale, se nourrissant des restes de l’embryon de l’hôte. Attention cependant, ces guêpes semblent moins pondre dans des insectes traités au savon noir, celui-ci sera plutôt utilisé après les trichogrammes, pour “terminer le travail”.
Le bon moment
Pour agir au bon moment, il est judicieux de procéder à une surveillance attentive des buis. Les chenilles commencent à s’alimenter vers le mois de mars, il faut chercher bien au cœur des buissons pour pouvoir les observer. Elles seront actives jusqu'au mois d’avril où elles entreront en nymphose. Il sera alors inutile de traiter, les nymphes sont protégées. La prochaine période de traitement se situe vers la fin du mois de juin où les femelles de la pyrale du buis auront pondu et que les œufs seront éclos. Les chenilles du premier stade sont plus vulnérables, il est judicieux de repérer cette période et d’appliquer le traitement à ce moment-là. Les pontes suivantes sont plus échelonnées, vous pourrez alors traiter périodiquement, tous les 15 jours jusqu’à la fin du mois d’octobre, soit inspecter au moins 2 fois par semaine vos arbustes pour connaître la progression du développement du ravageur. Une autre application pourra être faite si les chenilles ne sont pas encore entrées en nymphose, ce qui est possible en cas de températures un peu fraîches et que la première application a eu lieu dès éclosion des œufs.
Et après les traitements ?
Une fois les buis traités, la pression exercée par la pyrale peut se relâcher et permettre aux buis de se remettre de l’attaque, et ce même si cette attaque les a laissés sans aucune feuille. Ils ont par contre besoin d’aide pour repartir. Des arrosages copieux, de bons apports de matières organiques à leur pied (compost, fumier) leur donneront les moyens de se refaire une santé et vous aurez la joie de voir de nouveau des feuilles au printemps suivant. Par contre, après une année aussi sévère, il est crucial pour sauver vos arbustes de surveiller attentivement un éventuel retour de la pyrale. Une nouvelle attaque serait en effet catastrophique et entraînerait immanquablement la mort des buis. Durant l’hiver, scrutez l’intérieur des buissons pour repérer des chenilles hivernantes. Elles sont réfugiées dans leur hibernarium, ces cocons de fils de soie isolants, il est également possible de trouver des nymphes. Celles-ci sont également dans un cocon, mais qui est plus lâche que celui des hivernantes, installé entre de fins rameaux ou des feuilles. Elles peuvent parfois pendre des feuilles. Ramassez et détruisez tous les individus que vous trouvez.

Vers le mois de mars, les températures qui radoucissent provoquent le réveil des chenilles en diapause. Surveillez donc vos buis à ce moment là pour pouvoir aussitôt recommencer les traitements. Si les chenilles sont en petite quantité, vous pouvez commencer par les ôter à la main (elles ne sont pas urticantes) et bien sûr les détruire, avant de réaliser une première application. Même si vous pensez avoir éliminé toutes les pyrales, surveillez les alentours de vos buis au début du mois de juin. Durant la journée, secouez les feuillages pour vérifier la présence de ce papillon facilement reconnaissable, ou bien inspectez le jardin le soir avec une lampe torche. La mise en place de pièges à phéromones dans les buis peut vous aider dans ce repérage. Ils émettent des phéromones sexuelles de femelles qui attirent les mâles et les capturent. Les pièges empêchent donc la reproduction des mâles capturés, mais ils sont aussi fort utiles pour repérer les vols de ces papillons et indiquer les périodes favorables aux traitements.
Bien que difficile à combattre, la présence de la pyrale du buis peut être modérée grâce à la lutte biologique. Ce ne sera pourtant pas suffisant pour réellement éradiquer ce ravageur exotique, tous les moyens doivent être utilisés, en complément les uns des autres, afin de se débarrasser de cette pyrale et sauvegarder les buis qui peuplent depuis fort longtemps nos forêts et nos jardins.
