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C’est contre de petits ravageurs de culture que l’on utilise la lutte biologique avec les coccinelles. Elles sont en effet très efficaces contre certains d’entre eux. Les colonies de pucerons en particulier font les frais de leur voracité, mais ce ne sont pas les seuls mets préférés des coccinelles. Selon leur espèce, celles-ci peuvent avoir au menu divers nuisibles, comme les cochenilles ou encore les acariens. Très communes en France, c’est pourtant en Asie que l’on est allé chercher la plus vorace d’entre elles, mais malgré son efficacité avérée, la coccinelle asiatique n’est plus la bienvenue.
Qu’est-ce que la lutte biologique avec les coccinelles ?
Description de la coccinelle
La coccinelle est un insecte appartenant à la famille des coléoptères. Il en existe de multiples espèces, environ 5000, dont la taille varie entre 1 et 10 mm. Les coccinelles sortent de diapause et s’accouplent au printemps, lorsque la température le leur permet. Chaque femelle va ensuite pondre plusieurs centaines d’œufs par groupes de 10 à 30 au revers des feuilles, à proximité immédiate d’un garde-manger. Les œufs éclosent très rapidement, après 5 jours maximum, d’où sortent des larves qui se développeront en 10 à 25 jours au cours de 4 stades successifs. Après quoi elles se nymphosent, et l’adulte émergera après environ 10 jours. La totalité du processus dure un mois au plus. Selon les espèces et le climat, il peut y avoir entre 1 et 4 générations en une année. Ce sont des adultes qui hibernent. Ils peuvent vivre entre plusieurs semaines et plusieurs mois selon leur espèce.
Les œufs sont fuselés, généralement de couleur jaune orangé.
La larve est de couleur sombre avec des taches jaunes pour les espèces communes. Son corps est allongé et composé de 8 segments étroits qui finissent en pointe. Leurs 3 paires de pattes sont courtes et épaisses.
La pupe (stade nymphal) est accrochée au végétal. Elle est courte et enflée, parfois tachetée et colorée comme le futur adulte.
Les adultes ont un corps tout rond, aux élytres bombées et parsemées de taches le plus souvent rondes. Ces élytres peuvent être décorées différemment au sein d’une même espèce, voire présenter des couleurs différentes. La tête elle aussi est ornée de taches.
La lutte biologique et les coccinelles
C’est la coccinelle qui a “lancé” la lutte biologique, à la fin du 19ème siècle. En Californie, les agrumes étaient envahis par des cochenilles. On y a introduit une coccinelle, Rodolia cardinalis, qui a rapidement mis un terme à cette invasion. On utilise aujourd’hui des agents très variés pour la lutte biologique, mais ce sont toujours des organismes vivants : insectes prédateurs, parasites, agents pathogènes, champignons. Ces auxiliaires sont sélectionnés selon le bio-agresseur ciblé, qui peut être un parasite, une maladie ou encore une plante indésirable. La lutte biologique permet le retour à l’équilibre entre les ravageurs et les auxiliaires dans un écosystème défini (jardin, champ, …), elle n’a pas pour but l’élimination totale de ces ravageurs. Il y a plusieurs méthodes de lutte biologique. C’est dans la lutte classique, dite par acclimatation, que l’on introduit généralement la coccinelle : des individus (œufs ou adultes) appartenant à une espèce prédatrice naturelle du ravageur visé vont être lâchés dans un milieu infesté afin qu’ils s’y établissent. Une autre méthode, appelée méthode douce, consiste à améliorer un milieu afin qu’il attire des coccinelles (ou autre auxiliaire), notamment en installant des plantes-hôtes et des abris adaptés pour la diapause.
On distingue 2 types de coccinelles : les phytophages, qui ne sont représentées que par 2 espèces, et les prédatrices, beaucoup plus nombreuses, qui sont les auxiliaires du jardinier. Parmi elles, certaines espèces de coccinelles se nourrissent de champignons, d’acariens ou encore de cochenilles. Mais les consommatrices de pucerons sont les plus fréquentes (65%), elles sont appelées coccinelles aphidiphages. Certaines d’entre elles sont des prédateurs spécifiques à certaines espèces de pucerons, tandis que d’autres seront plus généralistes. La coccinelle est un auxiliaire particulièrement intéressant pour la lutte biologique car elle s’adapte à la quantité de nourriture : plus les proies abondent, plus elle est vorace, plus le nombre d’œufs qu’elle pond est important. De ce fait, son installation durable dans les jardins doit être visée, ainsi que la multiplication des espèces afin de couvrir une plus grande période d’activité sur un plus grand nombre de strates (herbacée, arbustes, arbres).
Pour cela il est indispensable de cesser toute utilisation de produits chimiques auxquels la coccinelle est très sensible.
Nombreuses sont celles qui se mettent à l’abri pour l’hiver au pied des haies, dans des tas de végétaux secs (tiges, feuilles, herbe), leurs abris doivent être conservés.
Les adultes se nourrissant également de pollen et de nectar, installer des plantes à fleurs est un bon moyen pour les attirer.
Exemples de coccinelles pour la lutte biologique
Adalia bipunctata : elle est susceptible d’aller sur tout type de plantes, herbacées ou ligneuses. Son régime est généraliste, et bien qu’elle préfère les pucerons elle pourra également se tourner vers des acariens, des cochenilles, ou encore du pollen et des champignons.
Cryptolaemus montrouzieri : cette coccinelle élimine les cochenilles farineuses et pulvinaires en pondant leurs œufs à l’intérieur des œufs du ravageur. Commençant son travail à l’intérieur de l’œuf, la larve de cette coccinelle va continuer à l’extérieur en dévorant les cochenilles à l’état de larves et adultes.
Delphastus pusillus est une toute petite coccinelle noire qui se nourrit d’aleurodes à tous les stades, ainsi que d’acariens tétranyques et de pucerons. Comme elle n’entre pas en diapause, elle peut être lâchée à tous moments entre 16 et 35°.
Stethorus punctillum, également petite et noire, se nourrit exclusivement d’acariens phytophages comme le tétranyque tisserand. Larves et adultes s’attaquent à tous les stades de développement de ces nuisibles. Les adultes sont particulièrement efficaces et nettoient entièrement une colonie avant de passer à une autre.
La lutte biologique avec les coccinelles contre les pucerons
La coccinelle aphidiphage est un grand prédateur de pucerons, et ce à tous les stades de son évolution. Les larves se nourrissent tout au long de leur vie, pouvant dévorer jusqu’à 2000 pucerons. Les adultes, eux, en consomment jusqu’à 100 par jour, mais ils sont omnivores, ils peuvent également se nourrir de pollen, de nectar, d’œufs d’insectes, …
Quelles coccinelles contre les pucerons ?
Les coccinelles aphidiphages sont réparties dans 3 familles :
Les Coccinellini : de couleur vive, elles font plus de 3 mm.
Les Hippodamini : mêmes caractéristiques
Les Scymnini : couleur sombre, taille en-dessous de 3 mm.
Adalia bipunctata est très utilisée car elle a pour proie de nombreuses espèces de pucerons. Elle colonise de nombreux milieux, tout comme Coccinella septempunctata. Adalia decempunctata sera plus utilisée dans les feuillus, les conifères et les haies.
Comment utiliser les coccinelles contre les pucerons ?

Les coccinelles peuvent être vendues au stade d’œufs. Il faut alors les déposer directement sur une colonie de pucerons à l’aide d’un pinceau. Comptez entre 1 et 3 larves par colonie.
On peut également les acheter adultes. Elles sont alors vendues en sachets qui s’accrochent sur les végétaux attaqués.
Il est judicieux, avant toute chose, de se débarrasser des fourmis qui défendent les pucerons. Agissez entre mars et juillet, à une température minimum de 12°.
La lutte biologique avec la coccinelle asiatique
La coccinelle asiatique, Harmonia axyridis, a été introduite en Europe à la fin des années 1980 pour sa réputation de grande prédatrice, dans le cadre de la lutte biologique contre les pucerons. La larve est en effet particulièrement vorace, puisqu’elle peut à elle seule décimer plus de 100 pucerons par jour. L’adulte, lui, peut manger presque 300 pucerons par jour. Cette espèce possède d’autres atouts non négligeables :
Elle est moins frileuse que les espèces régionales et commence donc à se nourrir plus tôt dans la saison.
Elle a une grande capacité de reproduction et est facile à élever en grandes quantités car elle peut être nourrie avec les œufs d’un lépidoptère élevé industriellement.
Elle est capable de coloniser tous les milieux.
Elle consomme également des psylles, des cochenilles et autres ravageurs.
Les dangers de la coccinelle asiatique
Malheureusement, la coccinelle asiatique ne s’est que trop bien adaptée à son nouveau milieu et y est devenue une espèce invasive, qui fait courir un danger d’extinction à de nombreuses espèces locales.
Elle ne s’attaque pas qu’aux pucerons, mais aussi aux coccinelles locales de plus petite taille. De plus, elle leur fait concurrence, autant au niveau de l’habitat que de la nourriture. La seule qui résiste bien et dont la population reste à peu près stable est Coccinella septempunctata, car elle est plus grande et ne fréquente pas les mêmes plantes-hôtes.
Elle véhicule des parasites, les microsporidies, qui tuent les autres espèces de coccinelles. Ces parasites unicellulaires sont présents dans la lymphe de la coccinelle asiatique (à tous les stades). Or, il est fréquent que les coccinelles (toutes espèces confondues) mangent des œufs d’autres espèces. Nos coccinelles locales s’empoisonnent ainsi, et elles ne semblent pas être les seuls insectes dans ce cas.
Utilisée dans la vigne, elle se rassemble dans les grappes juste avant les vendanges pour y trouver du sucre et va donc être ramassée en même temps que le raisin. Le problème est qu’elle sécrète des alkylméthoxpyrazines lorsqu’elle est écrasée, qui peuvent donner un goût au vin. Elle peut également s’abattre en grand nombre sur des fruits variés, toujours en fin de saison.
Reconnaître la coccinelle asiatique

Elle est très difficile à différencier des autres espèces car elle peut présenter un grand nombre de “robes” très variées. Elle est de grande taille, en moyenne 7 mm, comme notre coccinelle a 7 points. C’est notamment au niveau de son pronotum (partie en chitine qui protège sa tête) qu’il est possible de la distinguer. Même si elle peut présenter diverses décorations, on peut les regrouper en 3 types qui ne se retrouvent que chez des espèces locales plus petites comme Adalia bipunctata (5 mm) ou decempunctata.
Une tache centrale noire entourée de 4 demi-cercles noirs, comme une patte de chat.
Une tache en forme de M.
Une tache noire en trapèze avec 2 bandes blanches.
Les larves, elles, sont plus reconnaissables. D’environ 10 mm, leur corps sombre est marqué de 2 taches longitudinales jaune orangé et de 2 petites pointes centrales de la même couleur en forme de carré. Son corps est également couvert d’épines souples. Dans les régions où elle est présente on en rencontre fréquemment agrégées dans les maisons en hiver.
Conclusion
La nature a bien fait les choses et chaque organisme vivant est à la fois la proie de l’un et le prédateur de l’autre. C’est en utilisant ces relations naturelles de prédation que la lutte biologique s’est mise en place puis développée, et la coccinelle en est le porte-drapeau. Elle est le premier agent de lutte biologique (du moins défini comme tel) et continue à effectuer consciencieusement les missions qui lui sont confiées. C’est à elle que l’on recourt en cas d’infestation de pucerons, et elle est également très efficace contre d’autres ravageurs, comme les cochenilles, acariens ou les aleurodes, chaque espèce ayant sa spécialité. Ce si joli petit insecte ne fait décidément pas mentir sa réputation !
