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La lutte biologique contre les acariens prend de plus en plus d’importance car ces minuscules arachnides ont développé au fil des ans une résistance face aux traitements chimiques qui leur étaient infligés. La famille des acariens est composée de très nombreuses espèces, parmi lesquelles se trouvent des nuisibles fort dangereuses pour les plantations. Heureusement la nature a bien fait les choses et il existe des prédateurs variés contre ces acariens ravageurs. Auxiliaires craints de nombreuses espèces ou acariens fratricides sont lâchés dans les colonies, ces petites araignées n’ont qu’à bien se tenir !
Qui sont les acariens nuisibles ?
Les acariens sont des Arachnides et non des insectes, ils montrent en effet 4 paires de pattes à l'âge adulte. Ce ne sont pas tous des nuisibles du jardin mais les espèces phytophages sont néanmoins assez nombreuses. Ils apprécient les environnements secs et chauds dans lesquels ils peuvent se multiplier et se développer extrêmement rapidement, donnant naissance à plusieurs générations durant l’été. Très légers, ils peuvent aller d’une plante à l’autre grâce au vent, aux toiles que tissent certaines espèces ou tout simplement portés par les outils.
Les tétranyques
Le tétranyque tisserand (Tetranychus urticae), appelé aussi “araignée rouge” peut s’attaquer à de très nombreuses plantes (2000 recensées) et y faire de gros dégâts. Il est notamment présent sur les cultures potagères ou ornementales sous abri car les conditions y sont particulièrement favorables. La lutte biologique contre ces acariens est primordiale car ils ont développé une certaine résistance aux acaricides traditionnellement employés. Les signes : pratiquement invisible à l’œil nu, la présence du tétranyque se repère à des minuscules taches claires sur le feuillage qui se répandent, faisant jaunir voire se dessécher les feuilles en cas d’infestation importante. On peut également distinguer de fines toiles sur les extrémités de la plante. Tiges et fruits peuvent également être atteints.
Panonychus ulmi est appelé “tétranyque du pommier et de la vigne”. Il apprécie en réalité tous les arbres fruitiers : cerisiers, poiriers, pruniers, … et certaines rosacées ornementales, les rosiers notamment. Les signes : en piquant l’envers des feuilles (au début de l’infestation, ensuite il passe sur les parties indemnes du feuillage), l’acarien leur donne une teinte plombée, notamment aux plus vieilles. Les autres garderont une couleur saine plus longtemps. Ces atteintes provoquent une diminution de la photosynthèse et une chute rapide des feuilles.
Les Eriophyidés
Aculops lycopersici est responsable de l’acariose bronzée qui peut toucher de nombreuses plantes de la famille des Solanacées : pommes de terre, aubergines, poivrons, tabac, pétunias, … mais plus particulièrement les tomates. Il se répand aussi bien sous abri qu’en extérieur. Les signes : c’est sur l’envers des feuilles basses que l’on peut voir une coloration métallique au départ, qui vire ensuite au roux. Tiges, pétioles et fruits peuvent être touchés. Les tomates sont souvent déformées et prennent une teinte brun rouge tandis que la peau devient rêche. Sans traitement, la plante peut totalement roussir puis se dessécher.
Les tarsonèmes
Encore plus petit que ses cousins, le tarsonème des serres, Polyphagotarsonemus latus, a comme plantes-hôtes les agrumes, ainsi que de nombreuses plantes ornementales ou potagères sous abri. Parmi les légumes, poivrons, concombres, tomates, aubergines sont les plus touchés. En régions tempérées, on ne le trouve que sous serre car il n’hiberne pas. Les signes : les feuilles s’enroulent et brunissent, les rameaux se racornissent. Sur les agrumes ce sont surtout les fruits qui sont victimes du tarsonème, dès leur naissance. Les piqûres leur donne sur la face ombragée une coloration argentée ou liégeuse selon les végétaux. Chez d’autres végétaux ce sont les jeunes feuilles et l’apex (l’extrémité) des plants qui sont le plus atteints. Les feuilles peuvent totalement brunir, excepté la nervure principale, les bourgeons cessent de se développer tout comme la plante qui peut mourir.
Le tarsonème du cyclamen est un ravageur de nombre de plantes ornementales : azalées, gerberas, aralias, cyclamens, … Les signes : les plantes se déforment et se développent de manière anarchique, en fonction de l’espèce végétale.
Lutte biologique contre les acariens nuisibles
La lutte biologique repose sur l’utilisation d’organismes vivants pour défendre les végétaux contre leurs agresseurs, parasites ou maladies. Peuvent être utilisés des prédateurs, d’autres parasites, des bactéries, des champignons, ….
Contre les acariens nuisibles présents sous serre comme à l’extérieur on pourra lâcher des auxiliaires au stade d’œufs ou d’adultes directement sur les plants infestés, mais hors abri il sera judicieux d’appliquer la lutte biologique par conservation : offrir aux auxiliaires un environnement attrayant.
Les acariens
Les phytoséiides sont des acariens prédateurs qui consomment d’autres espèces d’acariens à tous les stades de leur développement. On va notamment utiliser Phytoseiulus persimilis ou Neoseiulus californicus contre les tétranyques ou des espèces d’Amblyseius contre le tarsonème des serres ou contre l’Aculops lycopersici. Très efficaces, on ne peut cependant les lâcher que lorsque des proies sont présentes et en nombre suffisant, sans quoi ils ne pourraient pas se nourrir. Le Phytoseiulus a besoin pour être efficace d’une bonne hygrométrie, au moins 75%, et d’une température supérieure à 20°. Il s’attaque à tous les stades de développement du tétranyque dont il dévore les tissus. La meilleure période d’utilisation se situe en plein été. On applique entre 5 et 20 individus au m2, de préférence le soir lorsqu’il fait un peu plus frais. Amblyseius swirskii est utilisé pour lutter contre le coupable de l’acariose bronzée (Aculops lycopersici). Il peut être utilisé en toute saison car il n’entre pas en diapause l’hiver mais ce n’est entre 20 et 22° qu’il peut se développer.
Les punaises
Macrolophus caliginosus est en réalité un prédateur des aleurodes, mais cette punaise peut être utilisée en complément d’autres auxiliaires contre les acariens. Adultes et larves sont des insectes polyphages. Son utilisation se fait par temps sec et plutôt frais, le soir ou le matin. Les larves sont lâchées à raison de 20 à 50 par m2 et l’application devra être renouvelée 15 jours plus tard. Elle sera utilisée en curation.
Les coccinelles
Stethorus punctillum peut être employée dans la lutte contre le tétranyque tisserand et celui du pommier. Cette petite coccinelle noire montre beaucoup d’efficacité car elle vole pour repérer les foyers et y pondre. Adultes comme larves de cette espèce sont des prédateurs, mais les larves sont les plus voraces. Elle peut être lâchée à un taux d’hygrométrie faible, entre 30 et 90%. La température optimale d’utilisation est située entre 16 et 35°, plus il fait chaud plus le nombre d’œufs sera important et plus la consommation sera élevée. La coccinelle à tête d’épingle sera idéale en complément d’acariens prédateurs. On introduira entre 0.5 et 100 adultes par m2 en fonction de la gravité de l’infestation. Les applications sont à renouveler plusieurs fois.
Les cécidomyies
Feltiella acarisuga est un prédateur spécialisé de nombreuses espèces d’acariens, surtout lorsque les foyers sont importants. Les adultes déposent leurs œufs auprès de colonies importantes et ce sont les larves de cette cécidomyie qui consomment les acariens, à tous les stades. Très voraces, elles sont capables d’adapter la quantité consommée à la quantité de proies présentes. Elles sont souvent présentes lorsqu’il y a des colonies d’acariens mais pas forcément en nombre suffisant. Les adultes ne se nourrissant que de nectar et de pollen, ils peuvent être déposés en prévention. Une hygrométrie élevée et une température entre 20 et 27° sont des conditions idéales.
Les chrysopes
La larve de Chrysoperla lucasina se nourrit de nombreux ravageurs, dont les tétranyques. L’application se fait uniquement en présence de proies et lorsque la température est modérée, moins de 25°. Le nombre d’individus dépendra du type de plantes : arbustes ou plantes basses. La chrysope commune, Chrysoperla carnea, est également une féroce prédatrice de divers invertébrés comme les acariens. Toutes deux, comme de nombreux auxiliaires, sont très sensibles à la présence de produits chimiques.
Conclusion
La lutte biologique n’a pas pour but d’éliminer totalement les agresseurs, elle vise seulement à maintenir leur nombre en équilibre avec le nombre de leurs ennemis naturels présents dans le biotope. Chacun a sa place et son rôle, ne serait-il que de servir de nourriture aux auxiliaires du jardin ! Les acariens sont précisément dans ce cas. Ravageurs notables de nombreuses cultures du fait de leur développement rapide et de la quantité d’individus, ils sont un menu de choix pour d’autres acariens ou des insectes utiles comme la coccinelle et la chrysope.
