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Espèce hautement invasive, la pyrale du buis est un papillon arrivé de son Asie natale il y a une dizaine d’années. Loin de ses prédateurs naturels, sa progression n’a aucun frein et les buis, qui constituent son régime alimentaire, sont gravement touchés. Tout d’abord dispersée par les activités humaines, elle a aujourd’hui assez d’emprise pour agrandir seule son territoire. En effet, avec un cycle de reproduction de 3 voire 4 générations dans l’année, l’accroissement de sa population est ultra rapide et il est très compliqué de contrer cet densité croissante, notamment dans les zones naturelles. Dans les espaces privés, la lutte est plus simple mais nécessite quand même une surveillance attentive pour des traitements ad hoc.
Un papillon exotique invasif
La pyrale du buis est un lépidoptère appartenant à la famille des Crambidae. De nombreuses espèces de pyrales sont présentes en France : la pyrale du maïs, du sureau, des choux, de la vigne… Nombre d’entre elles sont des espèces locales, mais également considérées comme des nuisibles. Arrivée depuis peu en Europe (repérée en Allemagne en mai 2007 mais certainement présente depuis 2005), c’est en 2008 que la présence de la pyrale du buis a été remarquée en France. Apparue dans le département du Haut-Rhin, elle a depuis fait beaucoup de chemin puisqu’elle occupe désormais tout le territoire, à plus ou moins haute densité. Elle est également présente dans plusieurs pays d’Europe, Suisse, Angleterre, Autriche, Italie, Pays-Bas... Cydalima perspectalis est originaire d’Asie orientale (notamment Japon, Chine, Corée). Elle y occupe des environnements tropicaux humides. Dans sa zone d’origine, sa nourriture se compose de diverses essences : houx, fusains, buis. En France et dans le reste de l’Europe, il semble qu’elle “se contente” de consommer le buis : Buxus sempervirens, microphylla, sinica.
La pyrale et le buis
C’est la chenille de la pyrale qui pose problème, le papillon lui ne fait que butiner. En effet, tout au long de son stade larvaire, la chenille est monophage, se nourrissant exclusivement de buis. À l’arrivée de la pyrale en France, les buis atteints étaient des buis ornementaux et l’aire d’expansion du papillon a tout d’abord touché les zones urbaines puisqu’elle se répand surtout (sur les grandes distances) du fait des activités humaines : vente ou échanges de buis infectés (jardineries, pépiniéristes, paysagistes, services municipaux d’espaces verts), c’est d’ailleurs du fait de ce commerce qu’elle a fait son entrée dans nos contrées. Mais les zones naturelles, les buxaies spontanées parfois fort anciennes n’ont pas tardé à être elles-mêmes victimes de l’appétit de la chenille de la pyrale et les dégâts commis sont parfois catastrophiques. Cette expansion lui ouvre de véritables corridors qui lui permettent d’envahir encore plus rapidement de nouveaux territoires. La présence de la pyrale du buis a de multiples conséquences :
perte d’un patrimoine naturel, culturel et historique,
risques accrus d’incendies dans les zones naturelles atteintes,
baisse du tourisme,
perte de biodiversité et modifications de températures du biotope dans les zones naturelles,
gêne dans les activités humaines nocturnes,
risque de concurrence dommageable pour les espèces locales vis-vis du nectar dans les zones à forte densité de pyrale.
Elle commence par grignoter la surface des feuilles, uniquement sur leur revers durant le premier stade durant lequel elle est peu mobile. Elle va ensuite continuer avec la surface du dessus des feuilles. Cette phase voit débuter le dessèchement du feuillage de l’arbuste. La chenille, de plus en plus grosse, peut rapidement s’attaquer aux feuilles entières. Le buis va alors s’affaiblir, car il peine à effectuer la photosynthèse indispensable à sa survie. Les feuilles ressemblent à de la dentelle, parfois sur la surface entière de l’arbuste (on estime que chaque chenille va dévorer 45 feuilles de buis au cours de sa vie). Lorsque les chenilles n’ont plus aucune partie verte à se mettre sous la dent, elles peuvent attaquer l’écorce, parfois jusqu'au collet de la plante. Celle-ci aura alors beaucoup de mal à survivre, d’autant que les 2e et 3e générations ne lui laisseront pas le temps de se remettre. Et les blessures infligées à la plante sont une parfaite porte d’entrée pour des organismes pathogènes (notamment les champignons qui entraînent la maladie du dépérissement du buis), qui trouvent de plus un organisme trop faible pour se défendre.

Cycle de vie de la pyrale du buis
Le cycle de vie de la pyrale du buis se compose du stade œuf, de 5 stades larvaires (4 chenilles + nymphe), et pour finir du stade imago, l’adulte. Il se déroule de la manière suivante (ce sont les températures qui lancent et stoppent l’activité, donc les dates varient selon le climat) :
En février-mars les chenilles hivernantes se réveillent et recommencent à se nourrir jusqu’à atteindre leur stade de nymphose. La température minimale pour le réveil est de 7°.
Dès que l’imago est “naît”, la pyrale s’envole et se reproduit, vers le début du mois de juin. Dans ces nouveaux adultes on trouve également des individus qui se sont trouvés en stade de nymphose à l’arrivée de l’hiver et qui ont attendu que les températures soient suffisamment douces pour terminer leur développement. Entre la nymphose et la ponte suivante, les buis ont généralement le temps de fabriquer de nouvelles feuilles.
Les femelles déposent leurs œufs sur l’envers des feuilles de buis, qui peuvent éclore en 7 jours (selon les températures). Les petites chenilles commencent aussitôt à s’alimenter, durant environ 1 mois, après quoi elles entrent en nymphose, vers le mois de juillet.
Cette nymphose va durer environ 3 semaines, l’adulte va ensuite sortir, se reproduire… C’est la deuxième génération, dont l’envol a lieu entre la mi-juillet et le mois d’août. À partir de là, les générations se superposent car les cycles de ponte sont échelonnés.
La dernière génération (3e ou 4e selon la date d’arrivée du froid) naît peu de temps avant l’hiver. Les larves vont alors s’enfermer dans un cocon, dont elles sortiront dès le redoux. Ce cocon, ou hibernarium, est composé de fils de soie qui tiennent ensemble 2 feuilles. Il est très isolant pour leur permettre de rester à l’abri du froid, mais aussi de leurs éventuels prédateurs.
Ce papillon a besoin d’une température de 15° pour effectuer la totalité de son cycle de vie, mais la température optimale se situe entre 18 et 30°.
La reproduction de la pyrale du buis Malheureusement pour les buis, le cycle de reproduction de la pyrale est assez rapide, lui permettant de donner naissance à 3, voire 4 générations dans l’année. La femelle a une durée de vie d’environ 15 jours, temps qu’elle va mettre à profit pour pondre jusqu’à 1200 œufs dès le 7ème jour de sa vie (sa vie est particulièrement longue pour un papillon nocturne, du fait de sa capacité à butiner grâce à sa longue trompe, la plupart de ces espèces en étant privée ou possédant un organe atrophié). Sa ponte est fractionnée en 2 à 4 fois, au cours desquelles elle va déposer ses ooplaques sous le revers des feuilles de buis. L’éclosion des œufs est rapide, environ une semaine.
La durée du cycle de la pyrale du buis va durer entre 40 et 60 jours, à une température moyenne de 25°, donc 2 mois maximum d’œuf à œuf. Cette courte durée entre 2 générations explique l’ampleur des dégâts qu’elle peut commettre sur les buis.
Les différents stades de vie de la pyrale
Les œufs
Ils se présentent sous la forme de plaques (ooplaques) de quelques œufs sphériques (entre 5 et 30) disposés comme des écailles. Plats et arrondis, d’un jaune translucide, ils affichent juste avant l’éclosion (environ 48 heures) une petite tache noire qui est la capsule céphalique de la future larve. Situés sous les feuilles, ils sont difficilement repérables. La formation de la jeune chenille prend à peine quelques jours.
La chenille
Un corps vert clair marqué de rayures longitudinales blanches, vert sombre (presque noir) et jaunes, des verrues noires et quelques longs poils blancs, une tête noire, 6 pattes thoraciques et 10 abdominales, la chenille de la pyrale présente le même aspect durant tous ses stades larvaires. Sa taille par contre évolue beaucoup, passant de 3 mm au premier stade à 35 voire 40 mm au dernier. Au premier stade (L1), elle est indétectable, restant sur l’envers de la feuille dont elle ronge la cuticule. C’est au 2e stade qu’elle se déplace, commençant à tisser ses fils de soie. Elle est de plus en plus vorace, pouvant en L4 dévorer aussi bien l’écorce que le feuillage. La nymphe a un aspect assez proche de celui de la chenille. Elle est de teinte vert clair, avec des bandes sombres alternant avec des bandes claires sur le dos, plus brune à la fin de sa nymphose. Elle fait 21 mm de long. On trouve les chrysalides dans un cocon lâche constitué de quelques fins rameaux rassemblés par des fils de soie. Elles sont parfois installées tête à l’envers, pendant au revers des feuilles. Il leur arrive de ne pas rester dans les buis pour réaliser leur nymphose.

L’imago
L’imago de la pyrale est un papillon le plus souvent blanc aux ailes soulignées d’une bordure brune. Ses ailes sont irisées, montrant des reflets violets sur les parties blanches, dorés orangés sur les parties brunes. Une variante a cependant été remarquée, qui est totalement brune, hormis une tache discale blanche nacrée caractéristique présente sur les ailes antérieures, mais cette forme est assez rare. Le papillon affiche une forme triangulaire et une envergure de 36 mm pour les plus petits, jusqu’à 44 mm pour les individus les plus grands. Les mâles et les femelles sont très semblables, excepté une légère différence au niveau de l’extrémité du corps, qui présente de longues écailles terminales, comme un pinceau, chez le mâle. Au repos durant le jour, le papillon est généralement caché dans les feuillages, mais il est très réactif et s’envole à la moindre alerte.
À savoir : la pyrale peut difficilement être confondue avec une autre espèce. Au stade de chenille, seule la tordeuse peut se retrouver sur le buis et elle est très différente. La piéride du chou est par contre assez ressemblante, mais elle ne va jamais sur les buis. L’imago, lui, est très caractéristique du fait de sa grande taille et de ses ailes blanches et brunes.
Traiter la pyrale du buis
Le cycle de traitement contre la pyrale du buis doit être calqué sur son cycle de vie pour une bonne efficacité, quel que soit ce traitement. Certaine méthodes ne s’adressent en effet qu’aux chenilles, d’autres seulement aux œufs, ou encore aux hivernantes.
Le repérage
La pyrale du buis est très difficile à apercevoir au début de son implantation. Le papillon vit la nuit et reste caché tout le jour, c’est le soir, grâce aux éclairages, que l’on peut déceler sa présence. La chenille, elle, excepté au dernier stade où sa taille est assez imposante, vit dissimulée dans les feuilles du buis. Il faut aller chercher à l’intérieur du buisson pour parvenir à la déceler. Mais d’autres signes indiquent sa présence, en dehors de l’état même des buis : les fils de soie que les chenilles tissent dès le 2e stade larvaire et les nombreux excréments vert sombre (plus clairs quand ils sont secs), cylindriques, qui jonchent le sol et sont pris dans ces fils de soie. Bien sûr lorsque l’arbuste est bien défolié elle est bien plus visible…
Bien que le buis soit un végétal persistant, l’hiver reste la meilleure période pour repérer la pyrale et agir. Les chenilles hivernantes sont alors à l’abri dans un cocon réalisé avec 2 ou 3 feuilles collées entre elles à l’aide de fils de soie. Entre ces feuilles, elles ont fabriqué un hibernarium de fils de soie qui les isole de l’extérieur. Ces cocons sont souvent à l’apex des rameaux. Les chrysalides peuvent être trouvées en “tâtant” le feuillage ou en écartant celui-ci.
L’utilisation de pièges n’est pas efficiente à 100 % pour diminuer le nombre de pyrales dans un secteur, elle se révèle surtout utile lorsque les individus sont encore peu nombreux. Par contre, les pièges sont très adaptés au repérage : ils permettent de déterminer la date d’arrivée des imagos, leur pic de densité, afin de savoir à quel moment appliquer les traitements. Ces pièges sont installés au mois d’avril pour ne pas rater les premiers vols (de plus il semble que certains soient plus efficaces s’ils sont à l’extérieur depuis un petit moment). Ils contiennent des phéromones qui attirent les mâles et les capturent. Choisissez de préférence des pièges qui demandent peu d’entretien.
Une surveillance hebdomadaire est utile pour repérer des arrivées, entre le mois juin et le mois d’octobre. Il est judicieux d’associer repérages visuels et pièges à phéromones pour plus de sûreté.
Le traitement
Il est conseillé d’adapter le choix du traitement en fonction du nombre d’individus, mais aussi du nombre de buis à traiter ! Opérez aux différents stades du cycle de la pyrale du buis.
Entre novembre et mars, des opérations manuelles seront efficaces dans le cas d’une faible présence. Agir au plus tôt est préférable, dès les premiers repérages des chenilles voire avant, quand elles ne sont pas sorties de leur diapause. Les chenilles peuvent être ôtées à la main (elles ne sont pas urticantes), ou bien être délogées par des coups sur le buis qui les feront tomber sur une bâche préalablement étendue au sol. Elles seront ensuite détruites, de préférence brûlées. Certains utilisent la pression d’un jet d’eau pour les éliminer, méthode plus rapide et efficace si la pression est importante.
Dès le mois de mars, un traitement à base du bacille de Thuringe peut être réalisé pour les hivernantes qui sortent de leur diapause, puis au mois de juin (7 à 10 jours après le premier vol) pour la seconde phase. Cette bactérie agit en libérant des toxines une fois qu’elle est ingérée par l’insecte, qui provoquent un arrêt total de l’alimentation et la mort.
Le traitement à base de trichogrammes s’effectue uniquement 7 à 10 jours après les premiers vols d’une période. En effet, les trichogrammes sont des micro-guêpes parasitoïdes qui pondent dans les œufs de la pyrale, leur progéniture se développant au détriment des larves du lépidoptère. La première application se fera donc vers le début du mois de juin, la suivante entre la mi-juillet et la mi-août, puis si besoin vers le mois de septembre, en prenant soin à chaque fois de repérer au préalable les périodes de vol. Les diffuseurs sont actifs 2 semaines, ils couvrent donc toutes les pontes pendant ce laps de temps. De plus, dès que les œufs de la première génération de trichogrammes éclosent, les parasites se reproduisent et pondent donc à nouveau très vite s’ils trouvent d’autres œufs.
Les traitements peuvent se compléter les uns les autres, il n’y a pas de contre-indications !
Mesures prophylactiques
Certaines précautions peuvent aider à lutter contre la pyrale du buis de manière préventive :
Nettoyez bien le dessous de vos buis pour éviter que des larves ne s’y dissimulent.
Installez des filets à insectes autour des arbustes durant les périodes à risque.
Favorisez dans votre jardin l’implantation d’oiseaux prédateurs opportunistes tels que les mésanges ou les moineaux, et des chauve-souris. Les premiers pourront se régaler des chenilles tandis que les secondes s’attaqueront aux adultes dont elles partagent la vie nocturne.
Inspectez soigneusement chaque buis que vous achetez ou récupérez.
Conclusion
C’est le cycle de reproduction très rapide de la pyrale du buis qui lui permet une telle expansion, puisqu’il lui a fallu moins de 10 ans pour prendre possession de tout le territoire. Bien que le papillon adulte puisse poser quelques problèmes, c’est sa chenille qui est dangereuse. Sa voracité est telle qu’elle vient rapidement à bout de buis centenaires, abimant le paysage et les jardins. Sans prédateurs naturels pour contenir sa progression, les 3 ou 4 générations qu’elle engendre chaque année risquent de produire une croissance exponentielle de sa population. C’est pourquoi il est important que chacun, même à un petit niveau, même ne possédant qu’1 ou 2 petits buis, participe à la lutte contre ce ravageur.
