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Jardinage au naturel

Les fourmis et les pucerons

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Les fourmis et les pucerons entretiennent des rapports étroits, c’est fort souvent qu’on les croise ensemble sur la même plante. Ces relations sont fréquemment mutualistes, un échange de bons procédés, mais cela n’empêche pas les pucerons de se retrouver à l’occasion dans le rôle de proie. Cela dépend des espèces, autant du côté des fourmis que de celui des nuisibles, mais aussi des conditions environnantes. Pour autant, la présence de fourmis auprès d'eux peut souvent être un frein à leur élimination par des auxiliaires prédateurs. Élimination souvent nécessaire lorsque ces parasites se retrouvent en colonies sur les plantes du potager ou du jardin d’ornement auxquelles ils causent de nombreux dégâts.

Les fourmis et les pucerons
Les fourmis et les pucerons

Les relations entre fourmis et pucerons

Leur symbiose

Les pucerons consomment la sève des plantes, qu’ils prélèvent en les piquant grâce à leurs pièces buccales, sortes de stylets perforateurs, et à leur salive qui aide à percer les tissus. Cette sève, pauvre en protéines, est par contre riche en divers sucres. Or, les pucerons ont principalement besoin de protéines. Une fois digérés les éléments protéinés dont ils ont besoin, les pucerons excrètent le reliquat qui est le miellat, un liquide chargé en sucres, en acides aminés, vitamines, minéraux. Les fourmis sont friandes de ce miellat. Elles viennent le récupérer directement au bout de l’abdomen des pucerons, c’est la trophobiose. Lorsque le miellat n’arrive pas, elles tapotent l’abdomen du puceron avec leurs antennes. Par trophallaxie, elles le partagent ensuite avec les autres ouvrières. 

Le saviez-vous ? Les fourmis ne sont pas les seules à profiter de ce miellat, certaines petites mouches notamment s’y intéressent, mais il n’y a pas de relation mutualiste entre ces espèces.

Les pucerons des racines vivent sous terre, parfois même dans les galeries des nids de fourmis, accrochés aux racines.

  • Pour conserver ce garde-manger, les fourmis protègent les pucerons contre de nombreux antagonistes. Cette protection n’est cependant pas totale, certains prédateurs ayant adopté des stratégies pour passer le barrage des fourmis.

  • Il arrive également qu’elles les déplacent, par exemple si le végétal n’offre pas des ressources suffisantes pour nourrir la colonie.

  • Le miellat qui n’est pas récupéré par les fourmis va permettre le développement de la fumagine. Celle-ci, en recouvrant le feuillage, rend impossible la consommation de sève par les pucerons. Les fourmis ont donc également un rôle de “nettoyeur” très utile pour les pucerons.

Les pucerons sont les grands gagnants de cette relation : ils vivent plus longtemps et peuvent mieux se reproduire, avec pour résultat un accroissement plus important de la colonie.

Cette relation n’est cependant pas toujours idéale, un équilibre est nécessaire : lorsqu’il y a trop de fourmis, la colonie est stressée par une nécessité de surproduction qui joue sur leur longévité. Si elles sont trop peu nombreuses, elles ne suffisent pas à éloigner les prédateurs ni à empêcher le développement de fumagine. Pour remédier à un éventuel déséquilibre, les pucerons sont capables de jouer sur la composition de leur miellat. Du côté des fourmis, celles-ci vont favoriser l’extension de la colonie des Aphidés si le gain qu’elles en retirent est supérieur au coût (en travail/ouvrières).

Le saviez-vous ? Les pucerons qui entretiennent une telle relation avec les fourmis sont dit myrmécophiles. Les espèces de fourmis principalement concernées par cette association mutualiste sont les Formica, Lasius et Myrmica. En Europe, c’est Lasius niger que l’on trouve le plus souvent parmi les pucerons. Elle peut même construire un nid qui s’élève au-dessus du sol, enserrant des tiges de plantes portant des colonies de pucerons.


Les fourmis mangent-elles les pucerons ?

Cette relation mutualiste n’est pas systématique. Les fourmis ne dépendent pas du miellat pour se nourrir et les pucerons, même s’ils sont aidés par les fourmis, peuvent se débrouiller sans. Certaines espèces entretiennent un rapport obligatoire, d’autres un rapport facultatif, certaines encore n’ont pas ce lien. Lorsqu’il n’y a pas ou plus de relation mutualiste entre les 2 espèces, c’est un lien proie/prédateur qui se développe. On peut également constater que, en manque de protéines, les fourmis dévorent les nuisibles qu’elles protégeaient jusque là. Les fourmis peuvent également profiter d’une colonie trop importante, ou bien réagir à des mouvements brusques de certains individus.


Les pucerons noirs

Le puceron noir de la fève, Aphis fabae, est une espèce myrmécophile. Très polyphage, on le trouve dès le mois de mai sur nombre de plantes potagères et ornementales.


Sur les plantes

Lorsque vous voyez des défilés de fourmis sur une plante, il y a fort à parier que des colonies de pucerons soient venus s’y restaurer. Pour laisser enfin respirer la plante envahie, il est indiqué de repérer de quelle espèce de puceron il s’agit, car tous n’ont pas les mêmes prédateurs ni antagonistes.


Sur l’artichaut

  • C’est principalement le puceron noir de la fève qui se trouve sur les artichauts. Ses hôtes primaires sont le fusain, la viorne obier et le seringat sur lesquels il pond à l’automne, les œufs écloront au début du printemps. Le puceron noir ira tout de suite coloniser de nombreux végétaux comme les fèves et les haricots, mais aussi les artichauts dont il va envahir le revers des feuilles et les capitules. Les ponctions de sève font se déformer les feuilles et le miellat que les nombreuses fourmis présentes n’ont pas absorbé se retrouve couvert de fumagine. Des maladies peuvent se déclarer, transmises par les piqûres du parasite.

  • Le puceron vert du prunier (Brachycaudus helichrysi) choisit également les artichauts et autres Astéracées comme hôtes secondaires, après s’être nourris de jeunes bourgeons, feuilles, fleurs de Prunus. Une fois sur l’artichaut, il se regroupe entre les bractées et provoque leur durcissement et la formation d’une couche cireuse qui les rend impropres à la consommation.

  • Le puceron vert de l’artichaut (Capitophorus horni) ne s’attaque qu’à ceux-ci et aux cardons. Il est présent toute l’année, en grand nombre sur les feuilles en été. Les prélèvements de sève affaiblissent la plante qui a du mal à se développer.

  • Le puceron des racines de la chicorée (Protrama radicis) est particulièrement dangereux pour la production. Ce sont les racines qui sont colonisées, de ce fait l’attaque est difficile à déceler. Il faut dégager le collet de la plante jusqu'au début des racines pour constater la présence des insectes farineux qui s’y agglutinent. Les fourmis sont très présentes auprès de cette espèce de pucerons.

Les auxiliaires de lutte biologique peuvent se montrer utiles pour limiter la population des pucerons noirs ou verts, notamment les coccinelles que les fourmis ne gênent pas particulièrement, ou bien les les guêpes parasitoïdes. L’utilisation de plantes pièges est très efficace pour les mêmes espèces, installez des capucines, des fèves pour attirer les pucerons, les fourmis les suivront. Les plantes aromatiques comme la lavande, le romarin, l’absinthe, la rue officinale... peuvent perturber les parasites. Il est moins aisé de lutter contre les pucerons lanigères des racines. L’utilisation de carabes peut être tentée. L’emploi de produits à base de pyrèthre est à envisager, mais préférez le purin de fougère ou la décoction de tanaisie. En prévention, évitez les fertilisations trop riches en azote et respectez la rotation des cultures.


Sur le rosier

Le puceron vert et rose du rosier, Macrosiphum rosae, est très présent au jardin sur de nombreux végétaux dont le rosier. Il s’agglutine sur les jeunes pousses et les bourgeons. Les feuilles se déforment et la croissance est ralentie car l’arbuste est affaibli. La floraison elle aussi pâtit de la présence du parasite car les boutons floraux n’arrivent pas à terme. En cas d’absence de fourmis, on voit un développement de fumagine sur le feuillage qui va également contribuer à affaiblir le rosier. D’autres espèces de pucerons peuvent se rencontrer sur le rosier. L’utilisation d’auxiliaires de lutte biologique est possible, mais, mis à part les guêpes parasitoïdes et les coccinelles adultes qui ont la possibilité de s’envoler facilement pour se mettre à l’abri, il faut au préalable empêcher les fourmis de porter secours à leur “troupeau”, par exemple en utilisant des bandes de glue.


Coccinelles contre fourmis avec une colonie de pucerons
Coccinelles contre fourmis avec une colonie de pucerons - © Michael Tieck - stock.adobe.com

Des pulvérisations de savon noir peuvent venir à bout de la colonie, ou encore des macérations de fougère, d’absinthe ou de rhubarbe. En prévention : attention aux engrais coup de fouet très dosés en azote.


Sur les arbres

Pour se débarrasser des pucerons qui attaquent les fruitiers, il faut traiter l’arbre à l’huile blanche en hiver puis au printemps. Les auxiliaires peuvent aussi être utilisés une fois que les fourmis ont disparu. Favoriser le développement des insectes auxiliaires reste la méthode la plus efficace à long terme. Dans tous les cas, comme les fourmis favorisent le développement des colonies de pucerons, la pose de bandes de glu ou tout autre système les empêchant d’aider les parasites est conseillée.


Sur le cerisier

Le cerisier est susceptible d’être attaqué par plusieurs espèces de pucerons, notamment le puceron noir du cerisier (Myzus cerasi). Il s’installe à l’extrémité des pousses et sur le revers des feuilles. Celles-ci s’enroulent, se gaufrent, puis se collent les unes aux autres. Les fourmis y sont très nombreuses, car la production de miellat est importante. Il provoque sur les feuilles des brûlures et leur dessèchement. Le miellat peut également se répandre sur les cerises.


Sur le poirier

Le puceron cendré du poirier est gris brun, recouvert d’une sorte de poudre violacée. Il s’attaque uniquement au poirier, puis au gaillet en hôte secondaire. Il commence à attaquer les bourgeons et les feuilles au mois de mars et revient sur l’arbre après l’été. Les feuilles jaunissent et se recroquevillent, le miellat les brûle.


Sur le pommier

Le pommier est victime de nombreuses espèces de pucerons : le puceron cendré du pommier et le puceron vert du pommier sont les principaux. Les dégâts du premier sont les plus importants : les feuilles s’enroulent et se déforment, tout comme les jeunes fruits voire les rameaux sont abîmés par les prélèvements de sève. La présence étant forte sur les jeunes pousses, la croissance de l’arbre peut être complètement stoppée. Le puceron vert entraîne lui aussi l’enroulage des feuilles, mais il faut de grosses colonies pour que l’arbre soit affaibli.

Fourmis et pucerons ont une relation complexe d’échanges, dans laquelle les fourmis sont toujours dominantes car elles peuvent se retourner contre leur allié dès qu’elles l’estiment nécessaire. Pour autant, ce sont les pucerons qui retirent le plus d’avantages à ce troc. En effet, les fourmis leur permettent d’accroître leurs colonies et améliorent leurs conditions de vie. En contrepartie, les pucerons leur réservent le précieux miellat, riche en éléments nutritifs. Cette relation mutualiste n’existe pas chez toutes les espèces ni dans tous les contextes, bien qu’on les trouve ensemble sur de nombreuses plantes de nos jardins. Un subtil exemple de chaîne alimentaire.