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Le bien le plus précieux du jardinier, c'est sa terre, non seulement parce qu'il en est le propriétaire ou légataire (locataire universel au regard des générations à venir devrait-on dire), mais également parce qu’il s'agit du support incontournable de ses cultures. De fait, il aura tout intérêt à investir constamment pour l'améliorer afin d'obtenir des récoltes abondantes et/ou des massifs superbes, bref des plantes en bonne santé, productives et gratifiantes.
Il est maintenant révolu le temps où le jardinier gavait son sol d'engrais chimiques dans l'espoir d'obtenir des récoltes plus abondantes. En fait, il favorisait ainsi son appauvrissement biologique, encourageait les maladies et prédateurs sur ses cultures. Il est grand temps de changer de paradigme à l'aune des avancées de la science et grâce à une approche plus écologique et donc durable. Remettre en question les antiques pratiques culturales permet de profiter de méthodes plus naturelles, respectueuses de l'environnement, augurant un travail moins besogneux.
Faut-il encore bêcher ?
L'apparition d'outils tels que la fameuse Biogrif ou même des rotogrif s'est peu à peu répandu. Ces outils sont en effet adaptés à une nouvelle façon de travailler la terre. Plutôt que de bouleverser les strates géologiques à chaque bêchage, mieux vaut en effet maintenir dans la couche superficielle un équilibre biologique constant qui fait toute la vitalité d'un sol. En effet, en surface (disons les 20 premiers cm.) est ainsi maintenue et entretenue plus durablement une microfaune et une microflore (champignons) des plus utiles. Le jardinier ne soupçonne guère l'intérêt de ces êtres pour la plupart invisibles et qui pourtant s'avèrent indispensables.
Dans cette nouvelle approche de travail du sol, point de bêchage profond d'automne donc, mais bien plutôt l'entretien constant de cette richesse invisible par des opérations fort simples et peu coûteuses.
Fumer le sol
Le jardinier aura toujours intérêt à améliorer la texture de son terrain. Dans la plupart des cas, un apport périodique de matière organique (appelé fumure) sera profitable grâce à du fumier décomposé, du compost maison, des tourteaux divers, du fumier de champignonnière, du terreau de feuilles…). Ces apports représentent, tout à la fois, une ressource d'engrais organique à long terme et un excellent conditionneur du sol, améliorant sur le long terme sa structure. Cette fumure sera profitable en toutes saisons, sauf pour le fumier "frais", à épandre et incorporer traditionnellement en automne. Au potager, il est plus pratique d'épandre ces améliorants lorsque les parcelles sont vides, en automne et en hiver ou au tout début du printemps, cependant jamais sur terre gelée. Dans la mesure où le sol n'est pas compacté, l'incorporation est effectuée en surface par les outils précédemment évoqués, sans mélanger les strates naturelles. Les amendements épandus en automne, on peut aussi se contenter de l'action des vers de terre pour faire le travail à notre place. Ces infatigables travailleurs (s'ils sont naturellement assez nombreux) peuvent en effet se charger d'enfouir ce précieux apport organique.
Pailler (= mulcher)
La nature a horreur du vide. Dès qu'un espace s'avère vacant, les mauvaises herbes ne tardent pas à pointer leur nez à prendre leurs aises. En outre, les pluies risquent de provoquer une croûte "de battance" sur les terres un tantinet "amoureuses", à tendance argileuse. Résultat: le tassement et l'asphyxie des sols. Les intempéries peuvent aussi provoquer des ravinements intempestifs. La parade consiste à recouvrir la terre dès qu'elle est nue avec des matériaux organiques (traditionnellement de la paille broyée, mais aussi des feuilles mortes, du BRF (bois raméal fragmenté), des fines couches successives de tontes de gazon, des broyats, du compost…) voire, éventuellement, des matériaux d'origine minérale (graviers, ardoise pilée, sable grossier…) dans le cas de massifs d'ornement et surtout dans Midi (les plantes méditerranéennes ne sont pas adaptées à des mulchs organiques). En été, cette couverture protectrice limitera efficacement les pertes d'eau par évaporation et donc les arrosages. Les paillis organiques, en se décomposant, apportent leur lot de matières fertilisantes. Il convient de les "recharger" au fur et à mesure de leur désagrégation.
Ne pas tasser et aérer
Un des secrets de cette nouvelle méthode consiste à ne pas marcher ou piétiner les surfaces cultivées afin de maintenir une aération constante du sol. Ainsi, l'eau pénétrera plus aisément jusqu'aux racines et sera donc plus profitable aux cultures. Microfaune et microflore aérobie seront d'autant plus diversifiées et actives. Les mauvaises herbes seront aussi plus faciles à éradiquer manuellement dans une telle terre souple. L'utilisation d'outils adaptés, griffe ou rotogriffe, binette, sarcloir… est, a contrario, indispensable afin de décroûter régulièrement les sols non paillés et tassés.
Fertiliser
L'emploi d'engrais d'origine organique sera bien sûr privilégié. Du reste, l'usage des engrais azotés est de nos jours décrié, car le sol est le plus souvent et naturellement déjà pourvu en éléments azotés. En cas de déficit patent d'azote, l'emploi d'un engrais vert à base de légumineuses (trèfle, lupin, luzerne, vesce…) y pourvoira tout en rechargeant le sol en matières organiques.
Agir dans le temps, peu mais souvent
On ne change guère la qualité d'un sol en une année. Vous l'aurez compris, le raisonnement est ici mené sur le long terme pour une approche progressive et durable. Au fil des ans, vous constaterez alors que votre sol demandera moins de travail et d'apports, sa texture deviendra plus agréable et facile à travailler. Les récoltes, le spectacle des massifs s'avèreront de plus en plus gratifiants.
Dans un souci de respect constant de la nature, encouragez une biodiversité favorisant l'action gratuite et efficace des nombreux alliés du jardinier (oiseaux, insectes utiles, hérissons…). Ces pratiques vous mèneront progressivement vers un jardinage de plus en plus aisé, efficace et satisfaisant.
Philippe Ferret
