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SNHF : Qu’entend t-on par biodiversité ? Vincent Albouy : 80% des plantes supérieures sont pollinisées par des animaux, quasiment exclusivement des insectes. Au jardin, pas de tomate, de courgette, de fraise ou de cerise sans insectes. La relation fleur-insecte connaît plusieurs degrés. Au début l’insecte broutait la fleur comme les coléoptères, puis il a bu le nectar, qu’il a du mal à atteindre avec des pièces buccales non transformées comme les mouches et les guêpes. Les papillons avec leur trompe déroulante plongeant au fond des fleurs les plus profondes ou les abeilles solitaires munies d’une langue et de corbeilles à pollen sur les pattes sont mieux équipées. Les espèces les plus efficaces sont sociales, comme les bourdons ou l’abeille domestique. Dans une approche écologique du jardin, un insecte comme le puceron, classé par tout le monde dans les « nuisibles », doit être considéré comme utile. En effet, sans pucerons, pas de coccinelle. Ce qui peut poser problème, ce n’est pas la présence des pucerons, c’est la croissance de leurs populations au-delà d’un certain seuil, au dessus duquel ils causent des dégâts. Les insectes représentent la moitié de la biodiversité à eux seuls, et les ¾ des animaux. La faune du jardin est donc essentiellement constituée d’insectes, même si autres arthropodes, mollusques, vers et vertébrés y jouent aussi un rôle important.

SNHF : La faune des jardins se limite-elle aux insectes ? Vincent Albouy : La matière organique morte, d’origine végétale ou animale, est composée de molécules trop complexes pour être assimilable par les racines des plantes. Pour que le sol soit fertile, cette matière organique doit être minéralisée. Cette minéralisation est surtout le fait des bactéries, mais leur action est fortement accélérée par celle de nombreux animaux qui fragmentent et prédigèrent la matière organique : les collemboles de la litière, les vers de terre du sol, les larves du bois, les bousiers et les asticots des crottins, les nécrophores des cadavres. Toute cette masse d’invertébrés représente une ressource alimentaire importante pour de nombreux vertébrés. Le crapaud et l’orvet chassent au sol et la nuit vers, mollusques et insectes. Les oiseaux sont très nombreux à chasser les insectes, qu’ils soient exclusivement insectivores comme les mésanges, ou qu’ils chassent seulement pour nourrir leur couvée comme les moineaux. Parmi les mammifères, hérissons et musaraignes chassent au sol, alors que les chauve-souris sont spécialisés dans la capture des papillons de nuit.
SNHF : Comment favoriser la faune au jardin ? Vincent Albouy : Pour obtenir un jardin plein de vies, réduisez autant que faire se peut l’utilisation de produits chimiques. Laissez une large place à la nature, et en particulier aux plantes sauvages. La haie champêtre et son ourlet de graminées, la friche laissant s’épanouir toutes ces « mauvaises herbes » si attractives pour la vie sauvage, la prairie fleurie qui peut remplacer le gazon tondu ras, la zone sèche accueillante aux plantes aromatiques, la zone humide et la mare à la flore et à la faune si particulières, tous ces milieux semi-naturels miniatures peuvent trouver leur place dans un simple jardin. Les parterres de fleurs, en accueillant des espèces anciennement cultivées, fourniront une abondante ressource à diverses espèces végétariennes et aux butineurs. Il faut privilégier les variétés à fleurs simples, et non à fleurs doubles, et veiller à étaler les floraisons. Au potager, en abandonnant quelques plantes aux chenilles, en laissant fleurir légumes ou engrais verts, prédateurs et parasites seront attirés et maintiendront les « nuisibles » à un niveau suffisamment bas pour qu’ils ne soient pas gênants. Mais ils ne doivent pas disparaître : sans pucerons à manger, les coccinelles quittent le jardin, et le laissent sans défense face à la prochaine infestation qui ne tardera pas à arriver par les airs. Un jardin plein de vies est un jardin « négligé », au moins à ses marges. Feuilles mortes, mousse, tiges mortes constituent autant de refuges et de sources de nourriture pour de nombreux animaux, à respecter et non plus à détruire.
SNHF : Donnez-nous d’autres astuces pour attirer la faune au jardin ? Vincent Albouy : Des aménagements plus artificiels peuvent aussi être envisagés. Un tas de rondins laissés à pourrir dans la haie, l’herbe coupée entassée en meule, un tas de sable contre un mur bien exposé, les déchets verts de la cuisine et du jardin mis à composter, un tas de pierre oublié dans un coin, autant d’idées pour fournir nourriture et abris à de nombreuses petites bêtes du jardin. Des structures plus complexes peuvent être construites, comme une spirale en pierre permettant de cultiver des plantes de terrain sec, en ajoutant dans le mur divers abris pour les petits vertébrés et les insectes. En matière d’abris et de nichoirs, le choix est vaste : abris d’hivernage ou simple refuge journalier, trous et galeries pour nidifier. L’expérience a montré que les fagots de tiges de ronce ou de bambou installés en bordure des planches de légume pour attirer les guêpes chasseresses de pucerons, ou les bûches percées de trous de divers diamètres attirent très vite des locataires variés.
Sachez aussi que la Société Nationale d’Horticulture de France a créé une commission Végétal et Développement Durable, chargée de diffuser des informations sur les bonnes pratiques au jardin, dresser un état des lieux des acquis en matière de développement durable et exercer une veille sur les initiatives identifiées partout en France.
