Partager
Le cardon est une plante potagère que l’on voit dans de nombreux jardins dans certaines régions. D’autant qu’il ne passe pas inaperçu avec ses grandes feuilles, ses pétioles clairs et charnus qui en font son principal intérêt gustatif.
Le cardon est souvent cultivé comme une plante annuelle, que l’on peut ressemer chaque année. Quid de la repousse du cardon ? Car le cardon est une plante vivace, et il peut être cultivé comme tel !
Petit portrait du cardon
Le cardon est un cousin de l’artichaut, tous deux des descendants du chardon sauvage. Il s’agit également d’une plante volumineuse, développant de très grandes feuilles très découpées sur des pétioles partant de la base du plant. Le feuillage est d’un beau gris vert, avec un revers cotonneux. Les feuilles sont naturellement épineuses, on trouve néanmoins aujourd’hui des variétés inermes (sans épines). Le pétiole est très développé et charnu, c’est la partie la plus consommée du cardon.
Les fleurs d’un violet vif sont très semblables à celles de l’artichaut, et sont d’ailleurs tout aussi comestibles quand elles sont jeunes. Elles apparaissent durant l’été de la deuxième année de culture. Car le cardon est une plante à racine (un rhizome) vivace mais dont les parties aériennes sont bisannuelles.
Le saviez-vous ? Les racines du cardon sont elles aussi comestibles et ont un goût proche du panais.
Semer et planter le cardon
Le cardon peut être semé au début du printemps, au mois d’avril, à l’abri, ou au mois de mai. Un éclaircissage est nécessaire après quelques jours, pour ne conserver que les plantules les plus robustes.
Le cardon a une prédilection pour les sols profonds, très fertiles et pour les situations chaudes et ensoleillées. Il supporte mal les températures hivernales inférieures à -10°et les sols trop humides en hiver. Il est d’ailleurs important de le pailler au pied pour le protéger.
Blanchir ou ne pas blanchir ?

La méthode traditionnelle
Le blanchiment des côtes du cardon est une étape habituelle, traditionnelle de la culture de cette plante qui est traitée dans ce cas comme une plante annuelle. Certainement du fait de sa relative frilosité, car il y a beaucoup de régions où la plante ne survit pas à l'hiver.
Le développement du cardon est laissé libre jusqu’en fin d’été ou début d’automne. À ce moment-là, les parties aériennes sont mises à blanchir, dans l’objectif de manger des tiges tendres. Le blanchiment consiste à les priver de lumière afin de provoquer un étiolement de ces tiges.
Pour cela, il suffit simplement de relever les feuilles que vous ramènerez vers le centre et que vous attacherez, sans trop les serrer, à l’aide d’un lien épais, pour ne pas les blesser. Puis on recouvre les tiges et le bas des feuilles avec un matériau opaque pour les priver totalement de lumière. Il peut s’agir de morceaux de bâche, de toile de jute, de cartons…
Ensuite, avec une binette, prenez soin de bien butter la terre autour de la base de la plante sur une hauteur d’environ 30 cm. Laissez trois à quatre semaines avant de retirer la butte pour réaliser la récolte. Celle-ci se fait en coupant la base des côtes à l’aide d’un couteau.
Astuce : réalisez ce blanchiment progressivement sur vos pieds, au fur et à mesure de vos besoins, pour ne pas avoir toute votre production à consommer d’un seul coup !
Dans le cas où cette étape de blanchiment se poursuivrait après les premières gelées, il est conseillé d’arracher le pied et de le mettre en jauge (un bac rempli de sable légèrement humide) installé dans un endroit hors gel et obscur.
L’autre façon de traiter le cardon
On peut cultiver le cardon différemment, comme la plante vivace qu’il est. À condition néanmoins que le climat soit assez doux pour qu’il n’ait pas à supporter des hivers trop rigoureux. Après tout, le cardon est une plante originaire du pourtour de la Méditerranée.
Ici, on va laisser le cardon vivre sa vie de bisannuelle. Il n’est pas touché tout au long de la première année mais seulement la deuxième. Et bien sûr, pas de blanchiment.
Dans ce cas, quand couper les cardons ? C’est donc au printemps de la deuxième année que les côtes du cardon seront prélevées, en fonction de vos besoins, jusqu’au début de l’été. Comme avec la méthode traditionnelle, vous couperez les tiges à la base, pour que la souche puisse repartir au printemps suivant. Une fois que la floraison a commencé à se former, il vaut mieux éviter les prélèvements car les côtes sont alors plus dures.

Laisser repousser le cardon
Dans les deux cas, lorsque les côtes ont été coupées au couteau, la repousse du cardon est tout à fait normale puisque sa racine est vivace. Bien sûr si votre climat est trop froid cette racine risque de geler et de mourir. Mais si ce n’est pas le cas, profitez de ces repousses pour avoir, tout le temps, du cardon à récolter, blanchi ou non. Pensez, lors du prélèvement, à ne garder pour votre consommation que les tiges de l’intérieur qui seront toujours plus tendres car plus jeunes. Profitez-en pour supprimer les tiges du pourtour, cela réduira le volume occupé par ce légume quelque peu encombrant.
Et n’hésitez surtout pas à laisser les fleurs en place, qui apparaîtront donc cette deuxième année. Non seulement elles sont très belles, et elles attirent tout l’été nombre d’abeilles, bourdons et autres butineurs. Et si vous les laissez en place une fois fanées, vous aurez le plaisir de voir des oiseaux s’y percher l’hiver pour y trouver quelques graines restantes. Sans compter que ces fleurs sèches, couvertes de givre, sont superbes.
Et bien sûr, cela permet des pousses spontanées, pour avoir de belles tiges de cardons à récolter tous les printemps. Les plants mal placés pourront facilement être arrachés. De plus, hormis dans un climat très froid, le cardon est peu exigeant et se débrouille tout seul, y compris dans des conditions difficiles. Son seul ennemi parmi les ravageurs étant le rat taupier.
Astuce : avec ses feuilles particulièrement volumineuses, le cardon est également un bon pourvoyeur de matière organique. Vous pouvez jeter les feuilles sur un sol nu pour le couvrir ou les déchirer un peu (attention aux variétés épineuses !) pour servir de paillage au pied d’autres cultures. Et bien sûr elles vont sans problème au compost.
Peut-on manger les repousses des cardons restés en terre ?
On peut effectivement s’inquiéter du caractère trop coriace des tiges d’une plante qui repousse d’une année sur l’autre - ou plutôt de deux années sur deux autres ! D’autant que le cardon est plutôt vigoureux ! Et pourtant, la repousse de cardon, récoltée au bon moment, peut se révéler tout aussi tendre que la première année.
Le mode de préparation est similaire qu’ils soient blanchis ou non : pelez les tiges de vos cardons pour enlever la partie fibreuse, sur une épaisseur suffisante. Vous pourrez ensuite les faire cuire dans de l’eau portée à ébullition, ½ heure ou plus. La cuisson sera d’autant plus longue qu’ils sont durs, vous pourrez les goûter ou piquer la pointe d’un couteau pour tester leur tendreté.
Astuce : si les côtes de vos cardons sont amères, ajoutez un peu de farine à l’eau de cuisson !
Une repousse de cardon qui apparaît brusquement peut étonner le jardinier qui s’attend à devoir ressemer chaque année ce légume. Et pourtant cela n’a rien d’anormal, après un hiver doux, si sa racine a été préservée lors de la récolte des côtes.
