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Aussi minuscules soient-ils, les thrips sont des ravageurs redoutés par les jardiniers, contre lesquels la lutte biologique est engagée. Certes certains d’entre eux se montrent fort utiles, mais de nombreux autres s’attaquent entre autres aux plantes potagères et les affaiblissent en suçant leur sève. Ils sont également vecteurs de maladies et peuvent se propager très vite si l’on n’y prête pas attention. Pour savoir comment les repérer, il faut avant tout bien les connaître. Mais comment lutter contre eux s’ils envahissent les fraises ou les tomates ? Existe-t’il des insecticides efficaces ? Et des traitements naturels ?
Bien connaître le thrips
Un petit insecte
Son environnement
Insectes de l’ordre des Thysanoptères, les thrips sont répandus un peu partout autour du globe et dans tous les climats. Il en existe des centaines de genres et des milliers d’espèces. Minuscules, de l’ordre d’1 millimètre en moyenne, leurs 2 paires d’ailes étroites sont bordées d’une frange de cils qui les rend très reconnaissables (à condition de disposer d’une loupe !! ). Ils vivent uniquement en groupes et se cachent sous les feuilles, voire dans les fleurs. Malgré leurs ailes, ces petits insectes volent assez peu du fait de leur légèreté, et pas du tout lorsque les températures sont inférieures à 15° ou supérieures à 35° ni lorsqu’il y a du vent. Ils sont également très sensibles à la pluie, celle-ci les projette au sol et en tue un grand nombre.
Sa biologie
Ces insectes nuisibles passent par 6 stades entre l’œuf et l’adulte, en un cycle dont la longueur peut beaucoup varier selon la température, leur hôte, les conditions, en moyenne entre 9 et 45 jours. Les femelles sont équipées d’un ovipositeur, un appendice qui leur permet de déposer leurs œufs à l’intérieur des tissus végétaux, principalement les feuilles. Les larves commencent à se nourrir très vite en suçant le contenu des cellules des végétaux, et restent sur la plante jusqu’au second stade de leur développement. Elles sont assez mobiles bien que lentes. À la fin du deuxième stade larvaire, elles se laissent tomber au sol pour y devenir nymphes. C’est durant leur nymphose que leurs ailes se formeront. Ils sortiront de leur cache sous forme d’adultes, qui voleront jusqu’au premier végétal attractif, pour y pondre. Leur reproduction est très rapide et rend leur contrôle difficile une fois qu’ils sont installés, c’est pourquoi il est important de bien surveiller potager et jardin d’ornement. Ces petits insectes entrent en diapause dès que les températures baissent et sortent de leur hibernation dès lors que les températures remontent. Ils sont à l’abri tout l’hiver sous forme d’adulte ou de nymphe, réfugiés dans le sol (jusqu’à 8 cm), sous des débris végétaux. Les vols se produisent principalement entre mai et septembre.
Le thrips au potager
Les espèces de thrips sont nombreuses et attaquent les cultures en tous genres. Certaines sont polyphages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent un peu indifféremment de nombreux aliments, mais la plupart est phytophage et s’alimente en piquant-suçant le contenu des cellules de nombreux végétaux. Nombreux d'entre eux ont des des plantes-hôtes bien spécifiques : le blé, des graminées, de l’olivier, du pêcher, ... Celles que l’on a le plus à craindre dans les potagers sont les suivantes :
Le thrips californien (ou des petits fruits), Frankliniella occidentalis : ce petit insecte affiche une couleur variable, allant de l’orangé au brun, et ses œufs sont blanc crème. La femelle pond sa quarantaine d’œufs (jusqu’à 100 œufs en fonction de l’hôte)) en les enfonçant légèrement dans le végétal, ce qui le blesse, souvent à l’envers des feuilles. Les larves jaunâtres aux yeux rouges se nourrissent en piquant le végétal (feuilles, fleurs, fruits), c’est leur salive qui a des effets toxiques sur les plants attaqués. À la fin de leur deuxième stade, elles tombent sur le sol pour y terminer leur cycle biologique. Selon le climat, il peut y avoir jusqu’à 7 générations en une année. Les parties végétales attaquées peuvent être décolorées, voire déformées. Cette espèce peut aussi bien vivre en serre qu’à l’extérieur et apprécie de nombreux arbres fruitiers et plantes potagères (poivrons, fraises, tomates, aubergines, haricots, …). Originaire des États-Unis, ce n’est que dans les années 1980 qu’elle a malheureusement été introduit en France.
Le thrips du pois, Frankliniella robusta, est un petit insecte brun noir, avec des ailes très étroites et nervurées. Il est attiré par les légumineuses principalement, et a un cycle beaucoup plus long, ne donnant naissance qu’à une génération dans l’année. Les larves, très mobiles, se nourrissent des jeunes pousses, des gousses, ainsi que du nectar. Les parties attaquées ne se développent pas, s’affaiblissent, et peuvent présenter des taches brillantes là où les ravageurs ont puisé les sucs.
Le thrips du tabac et de l’oignon, Frankliniella tabaci : petit insecte jaunâtre, avec des ailes marron clair. La femelle, après s’être nourrie, pond une trentaine d’œufs blanchâtres dans les tissus mous des plantes. Les générations se succèdent, jusqu’à 5 fois à l’extérieur et plus de 10 fois sous serre, surtout lorsqu’elles sont chauffées. Les colonies peuvent être très importantes, surtout sous abri. Cet agresseur a de nombreuses plantes-hôtes au potager : oignon, poireau, tomate, tabac, pomme de terre, chou, betterave, ...
Cela dit, tous ne sont pas des nuisibles : nombre d’entre eux sont très utiles pour la pollinisation et d’autres sont des prédateurs utilisés comme auxiliaires.
Les thrips des tomates
Il y a principalement deux espèces qui sont attirés par les tomates, celui du tabac et le californien. En plus des dégâts qu’ils provoquent, ils sont également porteurs de virus, notamment celui de la maladie bronzée de la tomate (TSWV) qui affecte un grand nombre de productions légumières et ornementales. Apparaissent sur les feuilles des taches argentées irrégulières parsemées de points noirs (les déjections des ravageurs). Les feuilles sont atteintes de chlorose et finissent par se dessécher. Lorsque les femelles pondent sur les fruits, jeunes en général, on peut voir des points bruns cerclés de clair sous la peau. Lorsque les tomates sont mûres, ces zones se sont transformés en taches jaunes bien visibles. Ils peuvent se disséminer dans les plantations en volant ou en étant transportés par le vent, les outils, ...
À savoir : ces espèces attaquent également des plantes ornementales, car ils consomment aussi du pollen et du nectar.
Le thrips des fraises
Frankliniella occidentalis : ce nuisible assiège autant les fleurs du fraisier que les fruits dès que les températures sont élevées et que le temps est sec. On repère la présence des ravageur à l’avortement des fleurs, qui peuvent se dessécher, et à des taches claires ou ternes sur les fraises, que l’on appelle le bronzage. Elles correspondent aux zones piquées et aspirées : en aspirant le suc contenu dans les cellules, les larves provoquent leur mort et des dégradations dues à l’oxydation. Les fraises prennent alors un aspect cuivré irrégulier, principalement sous les sépales (c’est un des endroits où ce petit insecte se cache). Elles peuvent également présenter des déformations. On voit par contre peu de dégâts sur les feuilles, excepté lorsque la colonie est très importante. Dans ce cas, des traces beiges à argenté se développent.
Les thrips font partie des ravageurs les plus importants sur les variétés remontantes. On considère qu’ils sont nuisibles dès qu’il y a un individu par fleur.
Cas 1 : Les thrips ont envahi mes fraises
Comment lutter biologiquement contre les thrips sur les fraises ?
Évitez de laisser vos plants de fraises avoir soif, ça les rend plus fragiles.
L’ail est un répulsif contre eux, installez au moins 1 pied au milieu de vos plants de fraises.
Un acarien prédateur est communément utilisé en lutte biologique contre ceux des petits fruitiers, Amblyseius cucumeris. Celui-ci se nourrit des larves et des nymphes, il faut donc veiller à l’introduire assez tôt dans la saison. C’est sous serre principalement que l’on introduit cet agent de lutte, à raison de 1 à 5 individus par m2.
Certaines punaises sont également des agents de lutte efficaces, comme Orius tristicolor, laevigatus ou bien insidiosus, dont les proies sont aussi bien les larves que les adultes. Les Orius sont très voraces et ont une alimentation généraliste, pouvant également se nourrir de pollen. Elles peuvent être introduites en combinaison avec des acariens et ont un rôle préventif certain en présence d’autre nourriture. En volant, elle repèrent sans mal les colonies de ravageurs. Déposer 1 individu pour 2 m².
Les pièges chromatiques bleus : la couleur attire les adultes, qui se retrouvent collés sur le panneau. Celui-ci sera remplacé une fois plein. On peut installer 1 piège pour 10 m², jusqu’à 50 m².
Quels traitements biologiques contre les thrips sur les fraises ?
Amblyseius cucumeris peut également être employé en curatif.
Les punaises également : de 1 à 10 Orius par m².
Beauveria bassiana est un champignon pathogène, que l’on pulvérise sur les fraisiers. Il agit par contact, infectant les nuisibles.
Les chrysopes (Chrysoperla lucasina), belles demoiselles aux yeux d’or, sont de grandes prédatrices de petits insectes comme les cochenilles, les araignées rouges et les thrips. Les larves sont les prédatrices, les chrysopes adultes ont un régime de pollen et de nectar. Les œufs de chrysopes sont placés à proximité des proies, 120 pour 10 plants de fraises. Ils éclosent sous 3 jours et se déplacent pour trouver leur pitance. La chrysope peut être implantée au jardin en multipliant ses plantes refuges. Elle aime à s’installer dans des haies variées composées de noisetier, sureau, aubépine, fusain, saules, … et disposer auprès de son gîte des plantes à fleurs variées. Procurez lui également de quoi passer l’hiver, hôtel à insecte adapté ou lierre, haies touffues.
Cas 2 : Les thrips ont envahi mes tomates
Comment lutter contre les thrips sur les tomates ?
Arrosez vos pieds de tomates en période sèche, ils seront moins susceptibles d’être envahis par les ravageurs.
Plantez de l’ail à proximité des pieds de tomates, 1 plant pour 25 m2.
Amblyseius swirskii est un acarien vorace, que l’on peut lâcher dans les cultures (25 par m2) afin qu’il se nourrisse de leurs œufs et de leurs larves, évitant leur prolifération.
Quels traitements contre les thrips sur les tomates ?
Amblyseius mckenzie (syn. Amblyseius barkeri) est un acarien qui se nourrit, entre autres, de celui du tabac.
Macrolophus pygmaeus, bien que plutôt utilisé contre l’aleurode et Tuta absoluta, se révèle assez efficace dans la lutte contre ces Thysanoptères une fois qu’il est bien installé autour des pieds de tomates.
Le champignon Metarhizium anisopliae est un entomopathogène utilisé contre les eux, dont les spores parasitent le bioagresseur et finissent par le tuer.
Amblyseius swirskii peut également être introduit alors que ils ont déjà envahi les plants. De plus, il peut se nourrir de tétranyques, d’aleurodes, et même de pollen en cas d’absence de ses proies.
Plusieurs espèces de nématodes sont employées en lutte biologique contre les bioagresseurs du jardin et du potager (carpocapses, tordeuses, mouches, fourmis, …). Steinernema feltiae en fait partie, qui s’attaque entre autres aux eux. Ce ver microscopique s’introduit dans l’insecte et utilise ses tissus comme nourriture pour se développer, tuant rapidement son hôte. Pulvérisez les nématodes sur les plants de tomates lorsqu’il fait assez sombre, à une température comprise entre 10 et 30°. Mélangez 5 millions de nématodes dans 10 litres d’eau pour 40 m².
Combattre les thrips avec un insecticide
Les traitements chimiques contre ces insectes nuisibles sont limités car ils sont résistants et généralement difficiles à atteindre bien cachés sous les feuilles et les fleurs.
Quels insecticides pour les thrips ?
Les pyréthrinoïdes de synthèse : deltaméthrine, alphaméthrine, alpha-cyperméthrine, acrinathrine. Insecticides à large spectre, ils sont assez polyvalents et agissent contre un grand nombre de ravageurs, dont les thrips. Ils ont une toxicité sélective ciblant principalement les insectes, mais attention aux chats et aux animaux à sang froid.
L’abamectine est issu d’une fermentation microbienne. Cet insecticide agit par ingestion pour les thrips. À large spectre, il fait partie de la famille des Avermectines.
Quels insecticides biologiques pour les thrips ?
Les pyréthrines végétales, issues des fleurs de certaines Astéracées, sont autorisées en culture biologique. Agissant par contact, elles paralysent le système nerveux des insectes
L’huile essentielle d’orange douce : ce sont les terpènes qu’elle contient qui détruisent la cuticule protégeant les tissus mous du corps des insectes.
Le spinosad est issu d’une bactérie, Saccharopolyspora spinosa. Il est autorisé en agriculture bio depuis 2008, mais il est également toxique envers les pollinisateurs et certains autres auxiliaires, donc à utiliser avec précaution.
La terre de diatomée : la diatomée est une algue dont le squelette externe est composé de silice. Réduite en poudre très fine elle est utilisée contre de nombreux insectes nuisibles. Elle agit par contact, par sa capacité d’absorption de l’eau et des lipides des insectes.
Quel insecticide systémique pour les thrips ?
L'Imidaclopride est une substance active couramment utilisée contre de nombreux ravageurs, dont les thrips. Toxique pour l’environnement et pour les auxiliaires, évitez son usage au potager et ne l’utilisez qu’en dernier recours pour les plantes ornementales hors floraison.
Quel traitement naturel contre les thrips ?
Le savon noir est-il efficace contre les thrips ?
Le savon noir naturel est fabriqué à base d’une huile végétale, généralement d’olive ou de lin, et de potasse (hydroxyde de potassium). Il a de multiples usages, notamment au jardin car il est totalement biodégradable.
Réalisez une dilution à 5% de savon noir liquide dans de l’eau (4 à 5 cuillères à soupe dans un litre d’eau). Utilisez de l’eau tiède pour un mélange homogène et laissez refroidir. Attention à la composition du savon noir, il ne doit comporter ni additifs ni colorants, ni être dit “à base de savon noir”.
Certains jardiniers utilisent une solution maison : ils mélangent une décoction à base d’ail avec du savon noir et de l’eau ou ajoutent de l’huile de colza à la dilution.
Comment appliquer le traitement au savon noir contre les thrips ?
Pulvérisez vos plantes envahies en quantité, sans oublier le revers des feuilles. Agissez de préférence le soir lorsqu’il fait plus frais, moins de 20°. Une grande partie des insectes vont être chassés par l’eau et ceux qui restent seront tués car le savon bloque leur système respiratoire. Les pulvérisations peuvent être répétées jusqu’à disparition du ravageur.
Comment prévenir de nouvelles attaques ?
Les végétaux qui ont soif sont plus sensibles à ces agressions. Arrosez vos plantes en fonction de leurs besoins. De plus ces nuisibles n’aiment pas l’humidité, profitez-en pour vaporiser tous ceux de vos végétaux qui ne craignent pas les maladies cryptogamiques.
Semez des engrais verts comme le trèfle ou le lin entre vos rotations. Ne faisant pas partie des plantes appréciées de ces insectes nuisibles, ces cultures rompent leur cycle.
Lorsque des plants sont envahis, éliminez les insectes avant de les arracher pour qu’ils ne se dispersent pas, puis détruisez les plants.
Changez le substrat sur quelques centimètres autour des plants qui ont été infestés, pour éviter que les nymphes qui s’y trouvent n’émergent à l’âge adulte.
Conclusion
Malgré leur taille microscopique, les thrips sont des insectes vraiment nuisibles au jardin, notamment au potager où ils peuvent abîmer les récoltes. Heureusement, bien qu’ils soient assez résistants, il existe des méthodes variées, naturelles ou pas, bio ou chimiques, qui permettent de les éliminer. Les produits phytopharmaceutiques sont bien sûr à n’utiliser qu’en dernier recours, car ils n’éliminent pas que les nuisibles visés. Et comme toujours dans la lutte bio, la prévention est la clé de la réussite !
