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L’eau de javel est un blanchissant et un détachant, mais c’est surtout un désinfectant puissant qui détruit un grand nombre de microorganismes et qui libère du chlore, un produit toxique pour l’environnement. Appliquer ce type de produit pour désherber est donc déconseillés. D’autant plus que les méthodes de désherbages existantes sont nombreuses et variées. Du faux semis au désherbeur thermique en passant par les produits de biocontrôle et la couverture du sol, choisissez, combinez, et désherbez bien !
L’eau de javel : un produit (trop) puissant
Petite histoire de l’eau de javel
C’est en 1787 que fût réalisée pour la première fois ce que l’on a appelé la liqueur de Javel, par un chimiste du nom de Claude Louis Berthollet qui cherchait à reproduire les effets du blanchiment du linge par les rayons du soleil. La liqueur de javel (du nom du village où était installée la manufacture dans laquelle elle a été fabriquée) était issue de la dissolution du chlore gazeux dans de la potasse. Plus tard, en 1820, un pharmacien utilisa de la soude à la place de la potasse, ce qui est restée la formule de l’eau de javel.
Utilisation de l’eau de javel
C’est un produit polyvalent, qui a des propriétés détachantes, blanchissantes et désinfectantes. Elle est très utilisée pour détruire les agents pathogènes, qu’ils soient virus, bactéries, champignons ou autres (notamment en France puisque l’on détient le 5e rang d’utilisation mondiale de javel), aussi bien dans la sphère domestique que publique. On la trouve dans de nombreuses entreprises, elle a été utilisée dans les hôpitaux, elle participe à l’épuration de l’eau, on la trouve dans la plupart des produits ménagers domestiques… Or, non seulement elle détruit aussi bien les bonnes bactéries que les mauvaises, mais en plus elle peut provoquer un phénomène de résistance bien connu avec des produits tels que les antibiotiques, les pesticides.... Au jardin, elle peut jouer un rôle en tant que fongicide, et l'eau de javel concentrée pour désherber est parfois employée du fait de ses propriétés hautement corrosives.
L’utilisation de l’eau de javel est soumise à des précautions importantes, le sigle de tête de mort appliqué sur son emballage est d’ailleurs la preuve de sa toxicité : très corrosive, son contact entraîne des brûlures sur la peau et sur les muqueuses, et même ses émanations sont toxiques, pouvant provoquer des nausées, des maux de tête, voire des réactions respiratoires qui peuvent être graves et perdurer durant des années.
Attention : il ne faut surtout pas mélanger l’eau de javel, ni à des agents nettoyants, ni à d’autres acides (notamment des détartrants, ni même à de l’eau chaude). De nombreux accidents domestiques sont d’ailleurs le résultat de telles combinaisons.
L’eau de javel, un biocide et un oxydant puissant
L’eau de javel concentrée est de l’hypochlorite de sodium, c’est-à-dire le produit d’une réaction entre de la soude et du dichlore. C’est un biocide puissant, dangereux pour l’environnement lorsqu’elle se disperse dans le sol, dans les réseaux d’eaux domestiques ou encore dans les nappes phréatiques. Elle va détruire nombre d’organismes vivant dans le sol, dont la plupart assurent la bonne santé et la décomposition des matières organiques qui s’y trouvent. La fiche de toxicité de l’eau de javel indique d’ailleurs : “Éviter le rejet dans l'environnement. Ne laissez pas le produit de pénétrer dans les égouts ou les eaux superficielles. Endiguer et absorber sur un matériau inerte.” Instable et volatile, elle a une décomposition relativement rapide qui dépend de sa concentration et du milieu dans laquelle elle se trouve (température, contact avec des métaux). Une fois dégradée, elle est transformée en chlorure de sodium (sel), oxygène et eau. Mais elle libère également du chlore, notamment sous forme d’AOX (halogène organique absorbable). Cet élément est lui aussi toxique pour l’environnement. Il a la propriété d’oxyder la matière organique et de former d’autres substances nocives, notamment des organochlorés qui se révèlent très persistants tant dans l’air que dans l’eau ou dans les sols, sous forme de résidus mutagènes qui s’accumulent via la chaîne alimentaire. Les AOX sont particulièrement toxiques pour tous les organismes aquatiques.
L’eau de javel au jardin
De l'eau de javel pour désherber
Certains jardiniers conseillent l’eau de javel pour désherber les indésirables qui poussent dans le gravier ou entre des pavés. Elle dessèche rapidement les feuilles des plantes ainsi traitées, aidée par sa texture qui tient bien sur le feuillage. Le dosage d’eau de javel pour désherber est le suivant : versez 1 tasse d’eau de javel dans 1 litre d’eau.
À ne pas faire :
Désherber à l’eau de javel + eau bouillante : cette méthode est dangereuse car, diluée dans de l’eau chaude, l’eau de javel libère des substances chlorées qui sont toxiques et provoquent au mieux des irritations des voies aériennes.
On voit des recettes de désherbants mêlant l’eau de javel à du liquide vaisselle, voire à du vinaigre. Ce mélange peut provoquer une réaction chimique dégageant des gaz dangereux pour l’utilisateur.
Pulvériser une dilution d’eau de javel pour désherber les massifs : attention à ne pas pulvériser les végétaux aux alentours qui seraient également détruits. De plus, l’eau de javel va s’insinuer dans le sol et pourra se trouver au contact des plantes avoisinantes. Il est “préférable” de n’utiliser la javel que dans des endroits non cultivés, allées ou terrasses.
À savoir : appliquer de l’eau de javel pour désherber vos pavés ou le gravier de vos allées risque de provoquer chez les chats de votre quartier des envies soudaines d’y faire leurs besoins ! En effet, ce produit est fréquemment utilisé pour attirer les jeunes chats dans leur litière grâce à son odeur…

D’autres solutions pour désherber
Pour désherber, l’eau de javel, le sel, le vinaigre et autres produits agressifs peuvent heureusement être remplacés par des méthodes plus douces pour l’environnement.
En prévention dans les surfaces pavées ou gravillonnées
Une surface pavée peut être brossée et lavée régulièrement pour perturber le développement des herbes indésirables.
Jointer l’espace entre les pavés pour empêcher des végétaux de s’y installer.
Sans lumière, pas d’indésirable
Tous les végétaux de nos jardins, désirés ou non (!), ont besoin de lumière et d’espace pour se développer. C’est pourquoi les priver de lumière et/ou de place est une méthode efficace pour se débarrasser des indésirables.
Si vous souhaitez désherber entièrement une zone, il vous faudra la couvrir intégralement à l’aide de cartons, de tapis, de bâches (noires de préférence) ou encore de toiles de paillage. Selon les végétaux présents, il vous faudra laisser le couvert en place plus ou moins longtemps. Les annuelles seront plus faciles à éradiquer que les vivaces installées depuis longtemps.
Le paillage a le même rôle de couverture totale, mais il va être installé entre les végétaux d’un massif ou du potager. Il doit être en couche bien épaisse, au minimum 10 voire 15 cm pour offrir une réelle efficacité. Organique ou minéral, il va donc empêcher les adventices de réaliser leur processus vital de photosynthèse mais ce n’est pas son seul avantage. Il maintient le sol frais pour vos plantations et évite le tassement. Du coup, si quelques indésirables parviennent à se frayer un chemin, elles seront facilement arrachées de terre.
Le feutre géotextile est aussi un bon moyen pour éviter le développement de ces herbes, mais c’est sous le sol qu’il se place, lors de la réalisation d’une allée pavée ou gravillonnée, d’une terrasse… Ce matériau malléable, imputrescible et indéchirable limitera drastiquement la repousse des indésirables. Dans certains cas il vous faudra désherber avant son installation.
Offrez-leur de la concurrence : ne tondez pas votre gazon à ras, préférez une tonte haute avec laquelle les indésirables auront moins de lumière, moins de nutriments et moins d’espace pour se développer. Et en plus, votre gazon aura moins chaud cet été ! Les plantes couvre-sol vont avoir le même rôle, d'autant plus qu’elles sont généralement assez vigoureuses pour étouffer toute velléité de développement d’autres plantes. Même méthode avec les engrais verts qui ne laisseront rien pousser d’autre et en plus apporteront à vos planches potagères de bons nutriments pour vos futures plantations.
Désherber à l’huile de coude
Le désherbage doit commencer dès les premiers jours de redoux en fin d’hiver, lorsque les plantules lèvent la tête. Elles sont alors très faciles à arracher de terre, d’autant plus que celle-ci est alors bien humide. Il faut cependant veiller à ôter en même temps que la tige les jeunes racines. De nombreuses adventices vivaces sont en effet promptes à repartir du moindre petit bout de racine restant dans le sol, tandis que d’autres développent de longs stolons qui courent à la surface du sol. C’est notamment le cas du trèfle ou encore de l’ortie. Laissés au sol, leurs stolons poursuivront le développement de la plante… Ces indésirables sont à déraciner avec un couteau-désherbeur et vous prendrez soin de suivre et de déraciner également ces racines superficielles. Les plus grosses touffes, comme le chiendent, doivent être arrachées du sol à l’aide d’une fourche-bêche. Les indésirables annuelles sont à supprimer avant la fin de leur floraison. Vous éviterez ainsi qu’elles ne dispersent leurs trop nombreuses graines. Vous les arracherez le matin de bonne heure un jour ensoleillé. L’automne offre aux végétaux un sol chaud et humide qui leur plaît beaucoup. C’est notamment le cas du chiendent qui choisit cette période pour développer de nouvelles racines. Un arrachage global sera donc également de mise à cette saison.
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Utiliser la méthode du faux-semis
C’est au printemps que l’on applique cette méthode, pour préparer un sol à recevoir des plantations pour un massif, des plates-bandes ou des planches de potager. Le faux-semis consiste à travailler le sol comme avant des plantations, puis à l’arroser. Plusieurs jours plus tard (selon le temps), toutes les graines présentes dans le sol vont lever, et les racines vont elles aussi développer des petites feuilles. Il sera alors temps de nettoyer la surface, tout simplement avec un râteau ou un sarcloir.
Le biocontrôle c’est bio !
Le biocontrôle est une démarche globale qui a pour but de protéger les végétaux en s’appuyant sur les mécanismes et les relations entre les êtres vivants déjà existants dans la nature. Parmi les substances naturelles qui peuvent être utilisées comme produits de biocontrôle, on trouve des acides végétaux qui ont des propriétés désherbantes : acide pélargonique, acide acétique, acide caprique, acide caprylique. Leur mode d’action est le suivant : ils détruisent la couche superficielle du végétal, semblable à notre épiderme, qui protège l’organisme des rayons UV et des autres agressions. Privées de ce bouclier, les plantes traitées meurent rapidement, en quelques heures, jusqu’à 24 heures avec les acides capriques et capryliques. Ils s’utilisent par pulvérisations sur les herbes indésirables, de préférence par temps doux (15° minimum mais plutôt 20°) et sec. Des végétaux déjà stressés par manque d’eau sont plus vulnérables à ces acides herbicides. Agissez lorsque les indésirables sont jeunes et recommencez l’application quelques jours plus tard.
Les désherbeurs thermiques à l’action
Une forte chaleur appliquée sur des végétaux dessèchent leurs tissus et en tuent un grand nombre en quelques jours. Les plus vigoureuses ou âgées demanderont quelques passages supplémentaires. Cette chaleur va avoir pour effet de faire démarrer des graines d’autres plantes spontanées mais il sera facile de les détruire lors d’un second passage. Le principe est de ne pas “brûler” la plante visée, lui donner un bon coup de chaud est suffisant pour faire exploser ses cellules sans pour autant la pousser à une réaction de survie qui provoquerait des départs de tiges dans tous les sens. Le désherbeur à gaz est puissant et consomme beaucoup, mais il a de ce fait une action rapide. Il nécessite cependant de se promener avec sa bouteille de gaz, sur un chariot ou un harnais prévus à cet effet. Le désherbeur électrique a pour lui sa facilité d’utilisation puisqu’il suffit de le brancher. De plus, il consomme très peu d’énergie et dégage moins de chaleur que le désherbeur à gaz, se révélant moins risqué pour les végétaux à proximité immédiate. Par contre son fil à la patte peut être contraignant.
Attention : ne désherbez pas avec un désherbeur thermique en période de sécheresse. Protégez-vous des risques de brûlures avec des gants, des chaussures fermées et des manches et jambes longues.
L’eau de javel pour désinfecter
Il est judicieux de désinfecter outils, contenants et autres objets du jardin entre deux utilisations, afin d’éviter de propager les maladies. L’eau de javel, diluée dans de l’eau froide (l’eau chaude fait perdre à l’eau de javel ses propriétés désinfectantes), peut tout à fait être employée pour cet usage.
Nettoyez vos pots de fleurs à la fin de la saison : préparez 10 cl d’eau de javel dans un litre d’eau et lavez l’extérieur et l’intérieur de vos contenants. Vous laisserez agir une quinzaine de minutes avant de rincer soigneusement à l’eau froide.
Les cagettes où vous stockez vos fruits et celles où vous réalisez vos semis seront elles aussi désinfectées de la même manière une fois vidées. Rincez et laissez sécher avant de réutiliser les cagettes.
Les tuteurs à tomates, à grimpantes et autres auront eux aussi besoin d’une désinfection avant de faire leur pause hivernale. Brossez la terre qui y est collée avant de les frotter avec une éponge imbibée de javel (toujours diluée à 10%). patientez 15 minutes avant de les rincer et de les stocker jusqu’à l’année prochaine.
Les outils de coupe doivent être désinfectés entre chaque sujet. On utilise fréquemment l’alcool à 90° mais l’eau de javel sera également efficace, non diluée.
Choisir les méthodes les plus rapides et les moins coûteuses, que ce soit en temps, en effort ou en argent n’offre souvent que des avantages à court terme. L’eau de javel est un produit bien trop agressif pour en répandre dans le sol, il est d’ailleurs indiqué comme “Dangereux pour l’environnement”. Par contre, ses propriétés biocides peuvent être employées à bon escient pour régler leur compte à quelques maladies cryptogamiques et aux parasites qui s’attaquent à vos plantations !
