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Jardinage au naturel

Comment désherber la prêle ?

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La prêle est souvent considérée comme invasive du fait de son mode de propagation agressif. Lorsque l’on a de la prêle dans son jardin, la première idée est de chercher à s’en débarrasser ! Pourtant il s’agit d’une plante intéressante à plus d’un titre. Très esthétique, elle a en plus de nombreuses propriétés qui en font notamment l’une des plantes les plus utilisées en phytothérapie et dans la lutte biologique. Vous trouverez dans cet article des méthodes (tondeuse, bâche, chaulage...) pour éliminer ou désherber la prêle des champs, mais aussi pour l’utiliser dans votre jardin.

 

Comme désherber cette plante envahissante qu'est la prêle ?

Quelques mots sur la prêle

La prêle des champs, Equisetum arvense, est une plante vivace et herbacée qui se développe à partir de tubercules et de rhizomes vigoureux qui ont tendance à beaucoup se reproduire, c’est pourquoi elle a une mauvaise réputation, vue comme une plante invasive. Mais elle n’est pas que ça.


Portrait

Les prêles, qu’elles soient des champs ou d’ailleurs, forment un genre de plantes très ancien, datant du Dévonien, il y a quelques 400 000 000 d’années. D’ailleurs ce genre est le seul à avoir survécu dans la famille des Equisétacées ! Comme les fougères, il s’agit de plantes préhistoriques qui se reproduisent à l’aide de spores.

Apparaît tout d’abord au printemps la hampe florale, une tige lisse et rougeâtre portant à son extrémité un épi terminal beige rosé très particulier puisqu’il porte des sporanges, c’est-à-dire des organes qui fabriquent des spores. Une fois ces spores mûrs et dispersés, cette tige sèche et disparaît.


De jeunes pousses de prêle au printemps

Cette reproduction sexuée n’est pas très efficace, car les conditions pour que ces spores germent sont difficiles à réunir et leur pouvoir germinatif est de courte durée. Ce n’est pas le cas de la reproduction végétative de la prêle, les rhizomes se reproduisant rapidement et efficacement.

Apparaissent ensuite les tiges dites stériles, bien vertes, grêles, aux nœuds marqués, d’où partent régulièrement des rameaux de section carrée insérés en cercle au même niveau, très caractéristiques de la prêle (on dit de cette disposition des rameaux qu’ils sont verticillés ou en verticille). Ses feuilles sont si réduites que la plante semble ne pas en avoir, de simples collerettes au niveau des nœuds. Ces tiges stériles peuvent mesurer de 20 à 60 cm et sont ramifiées, faisant ressembler la plante à un petit sapin.

La prêle des champs se développe naturellement sur le bord des chemins au bord des fossés, sur les talus ou sur les berges, partout là où le sol est humide, jusqu’à une altitude de 2500 m. Elle est présente presque partout dans le monde, excepté en Australie, Nouvelle-Zélande...


Utilisations

La prêle est comestible mais très peu consommée du fait de sa teneur élevée en silice qui la rend désagréable sous la dent, excepté au Japon où ils se régalent de ses jeunes pousses.

Quels sont les bienfaits de la prêle ? Cette plante est couramment utilisée pour ses propriétés médicinales, et ce depuis très longtemps (comme nombre d’autres prêles d’ailleurs). Elle est diurétique et elle est efficace dans le cas de maladies génito-urinaires, elle est également anti-inflammatoire, cicatrisante et peut aider en cas d’hypertension.

Sa richesse en éléments minéraux permet de l’utiliser en infusions pour une reminéralisation de l’organisme.

Elle semble aussi avoir des effets positifs sur le sommeil et l’anxiété.

De nombreuses études passées et en cours visent à démontrer nombre d’autres propriétés.

Mais la prêle n’est pas reconnue que comme plante médicinale, elle fait partie des substances de base autorisées en tant que PNPP (Préparations Naturelles Non Préoccupantes), c’est-à-dire utilisables en agriculture pour protéger les végétaux de maladies ou de parasites (on les appelle également des agents de biocontrôle). En tant que PNPP donc, elle pourra être utilisée, y compris en Agriculture Biologique, en tant que fongicide : contre le mildiou, la rouille, l’oïdium, la cloque du pêcher, la tavelure ou encore la fonte des semis.


Quelles méthodes pour désherber la prêle ?

Pour savoir comment désherber la prêle, il faut un peu la connaître.

  • Déjà, elle est dotée d’un rhizome robuste, et surtout qui s'enfonce très profondément sous terre, se développant en réseau, pour aller chercher de l’eau (puisque ce sont des plantes qui ont besoin de beaucoup d’eau). Lorsque vous sarclez, si vous coupez les rhizomes, vous ne ferez qu’empirer le problème, car chaque morceau est une propagule, capable de se reproduire et de se développer. Quant aux tubercules, ils sont installés trop profondément pour que vous y accédiez, à partir de 50 cm (et plus ils sont profonds, plus ils sont volumineux).

  • Elle est très résistante aux produits chimiques, l’utilisation d’un désherbant pour éliminer la prêle est donc vain.

Découvrez aussi notre article : Peut-on utiliser l’eau de javel pour désherber ?

  • La prêle est considérée comme une plante bio-indicatrice, c’est-à-dire qu’elle pousse spontanément dans des sols qui regroupent certaines caractéristiques : vallée alluviale, sol limoneux, argilo-sableux à sableux, sol pauvre en calcium, à pH neutre à légèrement acide (entre 4,2 et 6,6), souvent compact, présence d’une nappe d’eau ou sol non drainé, sol destructuré.

  • Dans un sol riche en azote, la prêle va plus développer ses parties aériennes mais au détriment des tubercules, ce qui va l’amener à plus rapidement épuiser ses réserves. De plus, dans un environnement où la prêle est soumise à la compétition avec d’autres plantes, l’azote va plus profiter aux autres végétaux.

  • La prêle a une croissance optimale lorsqu’elle est en plein soleil, et c’est en début de saison que l’impact d’un manque de soleil est le plus important sur son développement futur.

Éliminer la prêle

Pour désherber de la prêle installée au jardin, la tondeuse est un bon outil. Tondez lorsque les tiges stériles ont poussé, ce sont elles surtout qui vont contribuer aux ressources nécessaires pour que les rhizomes croissent, si possible tant qu’elles ne sont que des jeunes pousses. Vous pouvez bien sûr les arracher ou biner régulièrement. Sans photosynthèse, le pied finira par s’épuiser mais il vous faudra être patient et persévérant, et revenir sur votre tache à chaque repousse.

Même résultat avec une bâche, assez efficace pour désherber de la prêle. Toutes les plantes ont besoin de lumière pour se développer ! Posez une bâche noire au sol (la chaleur va contribuer à fatiguer la prêle) et bloquez-la avec des cailloux posés sur le tour. Vous allez devoir la laisser en place au moins 1 an, 2 ans c’est mieux, donc pour ne pas vous gâcher la vue pendant tout ce temps, couvrez la bâche avec de la paille, des pots de fleurs, du broyat, ou profitez-en pour faire des plantations…

Notre sélection de tondeuses :


Mise en place d'une bâche pour détruire la prêle

L’utilisation d’une barrière anti-rhizome, comme pour les bambous de type cespiteux, est également une possibilité.

Quand elle n’est pas encore installée et que vous voyez des petites pousses, humidifiez le sol, si besoin, et arrachez le pied en douceur, avec sa racine bien sûr. En veillant à éliminer systématiquement les petits plants qui poussent vous ne devriez pas avoir de souci d'envahissement.

Adoptez des oies, leur appétit pour cette plante est un atout pour désherber la prêle sans effort !

Pour totalement éliminer la prêle par contre, c’est sur le sol en lui-même qu’il va falloir agir.


Chauler

À partir d’un pH de 6,7, la prêle commence à décliner car elle a plus de mal à absorber des nutriments dans le sol. Il est conseillé de tester le pH de votre sol avant toute action visant à le rendre plus calcaire.

Apportez des petites quantités de chaux régulièrement, ce qui va augmenter peu à peu le pH du sol, l’amenant à un état plus calcaire qui plaira moins à la prêle. Le fait de chauler va également modifier la structure du sol qui se montrera plus meuble et aéré.

Le chaulage se réalise de préférence entre septembre et octobre.

L’apport de matières organiques type paillis ou compost va contribuer à basifier un terrain. Vous pouvez également apporter de la cendre en l’intégrant immédiatement (si vous ne chaulez pas bien sûr), mais la cendre est riche en potassium qui est un élément indispensable à la prêle.

Envie d'en savoir plus ? Découvrez nos conseils : que mettre dans le compost ?

Drainer

La meilleure méthode pour drainer un terrain est d’amener l’eau ailleurs, grâce à des rigoles ou des tuyaux. Profitez-en pour réaliser une petite mare !

Planter certains engrais verts qui ont besoin de beaucoup d’eau peut permettre d’assécher le sol, mais l’effet n’est pas durable : les pois et les féveroles par exemple.

Planter un saule peut résoudre définitivement le problème. Tout d’abord c’est un assoiffé, il pompera toute l’eau et la prêle ne fera pas le poids. Ensuite il a des racines profondes et volumineuses qui profiteront de toutes les ressources.


Décompacter

Pour des petites surfaces, vous pouvez utiliser une fourche à bêcher ou une grelinette, mais il sera plus aisé de faire le travail à la moto-bineuse. Une fois les mottes bien décompactées, un ajout de sable de rivière allégera la terre qui sera ainsi plus souple et mieux drainée par la même occasion.

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Il est cependant préférable, pour préserver au mieux la vie du sol, d’agir plus lentement, à l’aide de plantes adaptées :

  • la luzerne est couramment conseillée pour décompacter les sols car elle possède des racines puissantes qui descendent profondément,

  • le seigle est une graminée au système racinaire puissant et dense,

  • le lupin et le trèfle sont également efficaces.

Concurrencer

La prêle a beau être vigoureuse, certaines conditions de compétition lui posent problème et peuvent grandement limiter son développement. La mise en place d’une concurrence doit être cependant poursuivie durant plusieurs saisons pour être totalement efficace.

  • Semez des crucifères, en mélange avec les autres engrais verts, comme ils poussent très rapidement, ils limiteront le développement de la prêle qui a besoin de beaucoup de soleil.

  • Pour compléter, ajoutez des légumineuses, qui vont amener de l’azote dans le sol.

L’utilisation d’engrais verts a un autre intérêt, c’est que chacun à sa manière va enrichir le sol. En complément d’un apport de matières organiques type compost et fumier, broyat, paille, tout ceci va contribuer à améliorer la structure du sol et donc à améliorer quelque peu son drainage, sa structure.


Utiliser la prêle

La prêle est reconnue pour ses propriétés fongicides, fort utiles pour protéger vos cultures des champignons pathogènes. Il est donc judicieux de conserver un peu de prêle au jardin, tout en maîtrisant son développement, cela va sans dire. Certains la cultivent d’ailleurs dans un pot, en zinc par exemple, pour que son rhizome ne puisse se développer.

Vous pouvez aussi profiter d’avoir désherbé la prêle dans votre jardin pour confectionner un antifongique maison.

La prêle se prépare en décoction :

  • Faites macérer 20 g de tiges de prêle 3 minutes dans 1 litre d’eau.

  • Puis faites bouillir l’ensemble durant 45 minutes.

  • Laissez refroidir et filtrez.

  • Pour l’utiliser, diluez la décoction à raison de 1 litre dans 9 litres d’eau.

  • Pulvérisez sur les plants à traiter ou apportez en arrosage par goutte-à-goutte. Pour les légumes, pas d’utilisation à moins de 15 jours avant la récolte.

  • Utilisez le jour même ou stockez au frais (6° maximum) pendant 6 jours.

Pour une utilisation sur les fraises, framboises et pommes de terre la quantité de prêle est de 22,5 grammes / 1 litre d’eau.

La prêle, une fois séchée, peut aussi être intégrée dans un paillage, environ 90 grammes par litre de paillis.

Vous pouvez aussi vous servir de la prêle en l’acceptant tout simplement comme plante ornementale. Ses tiges d’un vert lumineux et son look très graphique la rendent très esthétique, et d’autres prêles valent d’ailleurs tout autant le détour et pourront venir la rejoindre dans votre jardin !

  • La prêle d’hiver ou prêle du Japon, Equisetum hyemale, montre des tiges très vertes striées à intervalle régulier d’une bande sombre.

  • Equisetum scirpoides, une prêle naine de 20 cm de haut, est une jolie plante à tiges fines et non ramifiées.

  • La prêle des eaux, Equisetum fluviatile, est particulièrement ornementale installée dans un bassin.

  • ...

D’autant plus que cette plante n’est pas une concurrente déloyale pour vos cultures, elle peut assez aisément s’y mêler.


Ne désherbez pas la prêle, appréciez-la !

Éliminer ou désherber la prêle n’est pas de tout repos, ses tubercules et rhizomes profonds et qui se multiplient en font une adversaire de taille. Cela n’est cependant pas impossible, car elle a malgré tout quelques faiblesses que le jardinier avisé pourra utiliser contre elle. Autre possibilité, faire avec, et profiter de son allure pour embellir encore le jardin et de ses bienfaits pour protéger les cultures. Car elle est dans ce dernier rôle très efficace et évitera à vos plantations des déboires avec quelques champignons malintentionnés.

Découvrez aussi notre article : 7 façons de désherber efficacement les mauvaises herbes