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Conseils jardinage et plantes

La greffe de l'abricotier

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La greffe, ce geste à la fois impressionnant et magique pour les néophytes, est absolument indispensable pour multiplier un abricotier, comme n’importe quel autre arbre fruitier d’ailleurs. La greffe de l’abricotier peut se réaliser au printemps ou durant l’été, selon diverses méthodes. Chacune demandant beaucoup de précision, il est conseillé aux débutants de choisir celle qui l’impressionne le moins, même si c’est la greffe à l’écusson qui est généralement choisie car la plus adaptée à l’abricotier. Mais avant toute chose, il vous faudra choisir le porte-greffe qui convient le mieux à la situation, à votre terrain, et à votre abricotier !

La greffe de l'abricotier

Quel type de greffe sur l’abricotier ?

L’abricotier, Prunus armeniaca, est originaire de Chine, ramené en Europe par les légions romaines. Il est cultivé en France depuis le XVIIIe siècle. Ce n’est pas le fruitier le plus simple à greffer. On peut lui appliquer 3 méthodes : la greffe en écusson au cours de l’été, la greffe en demi-fente ou en incrustation au début du printemps, ou encore le chip-budding hors période hivernale. Mais la meilleure période de greffe de l’abricotier se situe en été, à œil dormant.


La greffe en écusson

La greffe en écusson est la plus simple, souvent recommandée aux débutants tout en étant couramment pratiquée par les professionnels car gage d’un bon taux de réussite. Cette méthode de greffe est dite “à œil dormant”, car elle se pratique en été, après la montée de sève printanière. Des arrosages réguliers du greffon et du porte-greffe pendant 15 jours avant le greffage favorisent la circulation de la sève et donc le décollement de l’écorce.


La greffe en écusson

  1. Étêtez le porte-greffe et ôtez les feuilles et rameaux s’il y en a. Nettoyez la coupe qui doit être parfaitement nette.

  2. Entaillez l’écorce en T en réalisant d’abord l’incision horizontale de 2 cm, puis la verticale de 4 cm environ. Vous devez enfoncer la lame du greffoir jusqu’à sentir la résistance du bois.

  3. Prélevez le greffon, un rameau de l’année d’une vingtaine de centimètres de long. Choisissez un bel œil (un œil à bois, petit et pointu) à l’aisselle d’une feuille dont vous garderez le pétiole et supprimez les feuilles.

  4. Réalisez l’écusson : à 1,5 cm environ sous l’œil, de chaque côté, pratiquez une petite incision dans l’écorce puis, à l’aide du plat de la lame, soulevez le morceau d’écorce (et uniquement l’écorce) qui forme une languette. S’il reste un quelconque fragment de bois sur l’écusson, supprimez-le délicatement, il pourrait empêcher la reprise de la greffe.

  5. Soulevez l’écorce de l’entaille du porte-greffe délicatement avec la lame du greffoir.

  6. Insérez l’écusson jusqu'au fond de l’incision puis coupez proprement le haut de l’écusson s’il dépasse.

  7. Appuyez avec vos pouces de chaque côté de l’entaille pour expulser l’air.

  8. Ligaturez fermement sans couvrir l’œil.

  9. Arrosez.

  10. Si le pétiole devient jaune et tombe (il faut une quinzaine de jours), c’est le signe que la greffe a pris.

  11. Vous pouvez ôter la ligature dès que le rameau fait 5 cm, au printemps.

  12. Si besoin, lorsque le rameau de l’abricotier mesure 20 cm, rabattez le porte-greffe à une quinzaine de centimètres maximum au-dessus du point de greffe.

La greffe en incrustation

Cette méthode de greffe de l’abricotier se pratique au printemps, vers mars avril, elle est dite “à œil poussant’. Le greffon est prélevé durant l’hiver et stocké au frais.

  1. Rabattez le porte greffe à la hauteur souhaitée et parez la coupe afin qu’elle soit propre. Ôtez les feuilles et rameaux éventuellement présents.

  2. Réalisez une entaille verticale en V dans cette coupe.

  3. Prélevez un rameau dont vous allez supprimer les feuilles en laissant par contre leurs pétioles. Gardez-en un morceau possédant 3 yeux.

  4. Coupez l’extrémité du greffon en sifflet de la même dimension que l’entaille du porte-greffe.

  5. Glissez le greffon dans l’entaille en forçant un peu, le greffon doit tenir seul.

  6. Ligaturez puis mastiquez en pensant également à l’extrémité du greffon. Le but est de rendre l’ensemble hermétique à l’air et aux pathogènes.

  7. Lorsque les pétioles du greffon tombent, la reprise est assurée et vous pouvez alors ôter les ligatures.

Astuce : pour conserver vos greffons au sec durant l’hiver, placez les dans un sac congélation que vous fermerez à l’aide d’un ruban adhésif. N’oubliez pas de marquer sur le sac le nom de la variété ! Placez ce sac au réfrigérateur.


La greffe en chip-budding

La greffe en chip-budding d’un abricotier se réalise à œil poussant, dès que les bourgeons du porte-greffe commencent à débourrer ou bien à œil dormant en été. Bien que moins souvent pratiquée sur l’abricotier, certains jardiniers ont avec elle de nets succès.

  1. Le porte-greffe n’est pas étêté, par contre la zone en dessous du point de greffe est déshabillée de toute végétation.

  2. Découpez un creux dans une partie plane de l’écorce : d’abord une incision d’un angle de 60° vers le bas d’une profondeur de 3 mm. 3 cm plus haut, réalisez la même incision mais laissez cette fois votre lame descendre pour rejoindre le fond de la première entaille. Ôtez la partie découpée.

  3. Réalisez la même découpe dans votre greffon qui doit par contre ici entourer un œil.

  4. Récupérez cette languette que vous allez placer sur l’endroit évidé du porte greffe, bien coincée dans l’encoche.

  5. Ligaturez l’ensemble sans couvrir l’œil.

  6. Si la greffe a été faite au printemps sur un porte-greffe en végétation, vous pourrez au bout d’une vingtaine de jours étêter le porte-greffe et mastiquer la coupe. Cela forcera le démarrage du greffon. Si le porte-greffe était encore en repos végétatif, vous attendrez au moins 1 mois.

  7. Si la greffe a été faite en été, vous ôterez la ligature 1,5 mois après. Le porte-greffe sera étêté seulement au printemps suivant, lorsque le greffon aura bien démarré

Pour aller plus loin, lisez notre article Faut-il greffer un abricotier pour avoir des fruits ?

Quel porte-greffe choisir ?

Pourquoi greffer les arbres fruitiers ?

La greffe des arbres fruitiers se justifie par de nombreuses raisons. La principale et incontournable est que les fruits d’un fruitier poussé d’un semis de noyau ou de pépin ne présenteront pas les mêmes caractéristiques que le fruit originel. Le mode de multiplication sexuée est donc à exclure. Quant aux modes de multiplication végétative, bouturage et greffage, seul le second fonctionne, les boutures de fruitiers ne donnant rien excepté chez les petits fruits type framboisier ou groseillier. Ceci étant, cette obligation est une bonne chose car elle offre de nombreux avantages car le porte-greffe apporte ses forces à l’arbre fruitier : il va lui permettre d’être compatible avec des sols que le fruitier seul ne tolère pas ; il va lui donner un système racinaire plus profond et donc plus de facilité à se nourrir et à s’hydrater ; il va le faire se développer plus rapidement, lui donner de la vigueur, certains influent même sur la taille et sur le goût des fruits ; il va lui donner une résistance face aux maladies. Pour cela bien sûr il faut choisir le porte-greffe qui correspond aux conditions de culture. En terme de vigueur, le porte-greffe a une grande importance pour la conduite de l’arbre fruitier. Vous choisirez un porte-greffe vigoureux si vous souhaitez des arbres de plein vent ou des demi-tiges. Par contre, pour conduire une palmette ou autre forme palissée, vous préfèrerez un porte-greffe peu vigoureux.


Les porte-greffe

Le choix d’un porte-greffe pour un abricotier va dépendre de l'environnement où il va être planté. La nature du sol, le climat, la forme fruitière voulue selon l’espace dont vous disposez sont les principaux, mais vous pourrez également opter pour un porte-greffe résistant aux maladies potentielles ou dont le système racinaire profond apporte de manière autonome la plupart des nutriments dont l’arbre a besoin. Le greffage se réalise le plus souvent sur un arbre de même espèce, donc ici un abricotier, mais celui-ci peut se greffer sur d’autres membres du genre Prunus. Vous pouvez donc faire une greffe d’abricotier sur un prunier (y compris le prunier sauvage), sur un amandier, sur un pêcher. La greffe d’abricotier sur prunellier est possible mais il y a de nombreux cas d’incompatibilité et le prunellier a l’inconvénient d’émettre un grand nombre de drageons. Il semble cependant qu’il drageonne moins lorsque utilisé comme porte-greffe, et qu’il permette de nanifier l’abricotier. La réussite d’une greffe de l’abricotier sur cerisier est par contre peu probable.

À savoir : le porte-greffe choisi doit avoir 2 ou 3 ans.

  • Le franc d’abricotier : une grande vigueur qui sera adaptée pour les hautes tiges et les demi-tiges. Ce porte-greffe sera utilisé en cas de terrain sec et caillouteux, neutre à légèrement calcaire, plutôt sud de la France car il craint l’humidité. La mise à fruit est tardive, par contre il offre une bonne productivité. La compatibilité est bonne avec la plupart des variétés d’abricotiers. Il montre une grande longévité.

  • Le franc de prunier : à utiliser en sols compacts et froids.

  • Le prunier myrobolan GF 31: sa vigueur moyenne permet de former basses-tiges, gobelets ou encore palmettes et autres formes. Il est adapté à tous types de sols, y compris humides ou calcaires mais surtout les terrains secs. Sa croissance est rapide, comme sa mise à fruit. Il affiche une bonne résistance au pourridié. Par contre sa compatibilité est moyenne, vous éviterez par exemple de greffer ‘Rouge du Roussillon’ ou encore ‘Camino’ (le rejet de la greffe est tardif). Il est drageonnant.

  • Le prunier ‘Saint-Julien’ : il convient pour les demi-tiges voire basses-tiges et palmettes. Il se plaît en sol frais.

  • Le prunier ‘Mariana’ GF 8-1 : de grande vigueur, il convient à des demi-tiges ou à des gobelets. Il est adapté à tous les sols mais se plaît surtout en sols humides et lourds type loess et alluvions. Mise à fruit rapide. Il a tendance à drageonner et est sensible au dépérissement bactérien. Il est moyennement rustique.

  • Le prunier reine-claude 1380 : grande vigueur, pour demi-tiges et gobelets. Très adapté pour les sols compacts.

  • Le prunier ‘Brompton’ : grande vigueur pour hautes-tiges. Il a un bon enracinement et une bonne résistance au froid. Mise à fruit rapide. Il est sensible aux viroses.

  • Le prunier ‘Torinel’® : de faible à moyenne vigueur, il permet la culture de l’abricot en pot ou petites formes. Pour les sols compacts et neutres à légèrement calcaires. La mise à fruit est rapide et la productivité excellente.

  • Le prunier ‘Julior Ferdor’® : issu de ‘Saint-Julien’, il est de vigueur moyenne, adapté aux demi-tiges, gobelets ainsi qu’aux petites formes. Il apprécie les sols lourds et pauvres, peu calcaires. Il est compatible avec un grand nombre de variétés.

  • Le franc d’amandier : sa grande vigueur le prête aux formes de plein vent par contre sa croissance est lente. Il tolère tous les types de sols même pauvres ou calcaires, sauf humides et compacts. Il offre une bonne productivité.

  • L’hybride pêcher amandier GF 677 : de forte vigueur, pour demi-tiges ou hautes-tiges. Il aime les sols calcaires et très drainants et secs. Craint l’humidité.

  • Le franc de pêcher : grande vigueur, pour demi-tiges ou hautes-tiges. Il apprécie les sols calcaires et limoneux. Sa mise à fruit est rapide.

  • Le pêcher ‘Montclar’ : de bonne vigueur. Il tolère tous les types de sols tant qu’ils sont bien drainés et non calcaires. La productivité est bonne. Il est relativement résistant au chancre bactérien.

  • Le pêcher GF 305 : similaire à ‘Montclar’ mais incompatible avec certaines variétés.

  • Le pêcher ‘Rubira’ : de vigueur moyenne. Il se plaît en tous sols granitiques, il est par contre sensible à l’asphyxie, à éviter en sol lourd. Il est résistant à la bactériose.

Pour en savoir plus, lisez nos articles sur les porte-greffes de l'abricotier et sur la bactériose de l'abricotier.

Et après la greffe ?

Il est important de bien surveiller vos sujets greffés jusqu’à la reprise et même après. La ligature par exemple peut étrangler l’arbre si vous avez utilisé du raphia, qui n’est pas extensible. Il faut dans ce cas la desserrer légèrement, un mois après l’opération. Les ligatures extensibles peuvent être laissées plus longtemps sur l’arbre, elles ne peuvent pas l’abîmer et au contraire le protègent. Vous pouvez attendre pour les ôter que le jeune rameau soit aoûté. Il arrive que plusieurs pousses partent du greffon, ne conservez alors que la plus vigoureuse, que vous tuteurerez à la verticale. Le tuteurage des pousses est de toute façon nécessaire car il les protège également d’un coup de vent malheureux. Les oiseaux peuvent parfois venir abîmer les jeunes bourgeons, une protection peut être nécessaire mais si cela arrive, il est probable que le greffon reprenne malgré tout grâce à des bourgeons de secours (les bourgeons stipulaires).

Conclusion C’est en multipliant les essais et les techniques que le jardinier devient un “toqué du greffage”. Selon son habileté, mais aussi selon les conditions il va tenter des méthodes qui ne fonctionneront pas chez lui alors qu’elles fonctionnent ailleurs, et inversement ! Et comme le greffage devient un jeu, le jardinier va s’essayer à former des arbres fruitiers avec de plus en plus d’espèces ou à faire des associations improbables, à greffer des essences ingreffables. Mais c’est de cette manière que les belles découvertes se font, alors à vos greffoirs !