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Le label Agriculture bio

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Il peut être compliqué de s’y retrouver dans les labels bio, la feuille européenne et le très connu logo AB se confrontant sur les étiquettes avec d’autres mentions : Nature & Progrès, Biocohérence, Ecocert et autres Demeter. Il faut en fait distinguer les labels gouvernementaux des labels privés, pas forcément opposés puisque certains s’appuient malgré tout sur l’Eurofeuille pour établir leur propre certification. Petit résumé des labels bio d’agriculture en France.

Le label Agriculture bio

AB versus Eurofeuille

Le label d’agriculture bio vise à encadrer les productions végétales et animales, ainsi que les produits transformés. Sa charte s’appuie non seulement sur l’interdiction des produits chimiques de synthèse et des OGM mais aussi sur le recyclage des matières organiques, sur l’utilisation privilégiée de la lutte biologique, sur le bien-être des animaux en élevage… Mais les produits bio sont aujourd’hui marqués par 2 logos différents, le label AB et un autre label, qui est le label bio européen. La comparaison entre le label agriculture bio en Europe et en France est rapide, il n’y a en fait pas de différence ! Label AB ou label bio européen, souvent accolés, font en effet aujourd’hui référence à la même réglementation mais ça n’a pas toujours été le cas. Petit retour en arrière...


Le label AB français

Les premiers pas de l’agriculture biologique datent des années 1920, initiés par un groupe réunissant des médecins, des agronomes, des consommateurs, et bien sûr des agriculteurs. La filière bio française a fait suite, dans les années 1970 et l’État a reconnu l’agriculture biologique en 1981. Mais ce n’est qu’en 1985 que le label AB est créé ; il est composé de critères définis par le ministère de l’Agriculture, le critère de base étant d’interdire les produits venant de la chimie de synthèse.

Le logo : le label AB est facile à reconnaître, les majuscules A et B surmontées de 2 petites feuilles, avec 2 couleurs, le vert et le blanc.

À savoir : l’aquaponie ne peut obtenir un label bio car il s’agit d’une culture hors-sol et seule l’agriculture (la “culture de la terre”), peut être labellisée bio en Europe (excepté des dérogations notamment dans les pays du nord de l’Europe). Aux USA par contre, les cultures hors sol peuvent prétendre au label bio américain depuis le 1er novembre 2017.


Le label AB français

Le label bio européen

En 1991 apparaît la première réglementation européenne sur le sujet, entrée en vigueur en 1992 et concernant les productions végétales. Les élevages et les produits qui en découlent n’en ont fait partie qu’à partir de 2000. Le label bio européen en cours a été ratifié en 2007 par les états membres de l’UE. Il définit entre autres que :

  • L’utilisation de pesticides et de traitements chimiques (après la récolte) est interdite.

  • Les animaux ne peuvent pas être nourris avec de l’alimentation contenant des pesticides chimiques.

  • L’alimentation des animaux doit être composée majoritairement de céréales, qui peuvent être produites dans d’autres exploitations bio, situées dans la même région.

  • Les OGM sont interdits, mais il peut s’y glisser jusqu’à 0,9 % de ces matières (suite à une contamination “accidentelle”).

  • Au moins 95 % d’ingrédients sont issus de production biologique,

  • et sont certifiés par un organisme agréé par l’État.

  • Le producteur bio est autorisé, dans certains cas, à produire également du non bio (exploitations mixtes).

  • Les animaux ne doivent être traités qu’à bon escient, avec des limites en nombre quant aux traitements vétérinaires.

  • Les animaux doivent avoir accès au plein air et disposer de suffisamment d’espace.

  • La collecte mixte bio et non bio du vrac (lait, céréales, œufs…) est autorisée.

Le logo : des étoiles qui forment une feuille blanche sur un fond vert (Eurofeuille). En sus de son caractère strictement indicatif, le label européen indique également (pour les produits alimentaires d’origine européenne), la provenance de la matière première agricole (UE, non UE, UE et non UE) ainsi que le code de l’organisme certificateur.


AB + Eurofeuille

Le label bio européen prévaut sur tous les labels nationaux depuis le 1er janvier 2009 (son étiquetage est obligatoire depuis le 1er juillet 2010), chaque agriculteur européen devant respecter le même cahier des charges. Depuis cette date, le label AB est donc aligné avec l’Eurofeuille.


Eurofeuille

Jusqu’à cette date, chaque état avait le droit d’appliquer le principe de subsidiarité, c’est à dire de l’adapter à son propre territoire. C’est ce qu’avait fait la France, prenant le parti de le garder plus contraignant. Face à la levée de bouclier qu’a entraîné ce label considéré comme trop souple, le Parlement européen a signé un nouveau règlement, plus dur, qui entrera en vigueur en 2021. Le label AB peut encore être utilisé (il est connu par les consommateurs) mais il ne s’appuie plus sur une réglementation française mais sur la réglementation européenne. Il est peu à peu remplacé par le label bio européen.

À savoir : le label AB existe encore indépendamment pour certains produits qui ne sont, pour l’heure, pas homologués au niveau européen : les produits issus de l’élevage de lapins, d’escargots, d’autruches, de poulettes, les produits issus de l’aquaculture, l’alimentation pour les animaux de compagnie.

Ce sont des organismes certificateurs qui sont chargés de donner les certifications, organismes indépendants validés par l’État dans lequel ils vont officier. En France, les plus connus sont Ecocert, Veritas (Bureau Veritas Certification), Agrocert et Qualité France. Ils sont tenus d’effectuer 2 contrôles annuels (l’OC effectue un contrôle annuel sur rendez-vous, plus un contrôle inopiné) dans les exploitations disposant du label et ont la liberté de fixer leur propre tarif. Lors de sa première visite, l’organisme certificateur peut délivrer directement le label ou imposer un délai de conversion dont la durée dépend de l’activité de l’exploitation : 6 mois pour l’aviculture, entre 1 et 3 ans pour le maraîchage….


Label bio et agriculture dans l’Union européenne

En 2017, on comptait quelques 12,5 millions d’hectares bio dans l’ensemble de l’UE, c’est-à-dire 7 % des terres cultivées. La France, elle, était légèrement en-deçà avec 6 % et était de ce fait en mauvaise position. On peut constater une très grande disparité selon les états, puisque l’Autriche consacre près de 25 % de sa SAU (Surface Agricole Utile) à l’agriculture biologique tandis que le Royaume-Uni et l’Irlande en affichent moins de 3 %.

  1. Autriche : 23,4

  2. Estonie : 19,6

  3. Suède : 19,2

  4. Italie : 14,9

  5. République tchèque : 14,1

  6. Lettonie : 13,6

  7. Finlande : 11,4

  8. Slovaquie : 9,9

  9. Slovénie : 9,6

  10. Espagne : 8,7

  11. Danemark : 8,6

  12. Lituanie : 8

  13. Grèce : 8

  14. Portugal : 7

  15. Allemagne : 6,8

  16. Croatie : 6,5

  17. Belgique : 6,3

  18. France : 6

  19. Chypre : 4,6

  20. Luxembourg : 4,2

  21. Hongrie : 3,7

  22. Pologne : 3,4

  23. Pays-Bas : 3,1

  24. Royaume-Uni : 2,9

  25. Bulgarie : 2,7

  26. Roumanie : 1,9

  27. Irlande : 1,7

Le pourcentage en label bio dans l’agriculture française augmente cependant d’année en année. En 2018, la France affichait 7,5 % de SAU en bio, c’est-à-dire plus de 2 millions d’hectares. De plus, l’augmentation des surfaces bio et des entreprises (distributeurs, préparateurs, import/export) est de plus en plus rapide.


Des labels bio français

Nombreux sont ceux qui ont trouvé trop laxiste le cahier des charges du label bio européen. Les labels se sont donc multipliés, alors que d’autres préexistaient à ce changement. Ils refusent “l’agriculture biologique industrielle” et vont donc plus loin que la réglementation européenne.


Biocohérence

Ce label a été créé en 2010 par une association d’acteurs variés de la filière bio (la FNAB, Filière Nationale Biologique des Régions de France, Biocoop, Demeter France, Agrosemens...), regroupés au sein d’Alternative Bio 2009. Plus contraignant que l’Eurofeuille, Biocohérence est très proche de l’ancien label AB. Il ajoute à l’Eurofeuille ses propres exigences : exigences sociales, notamment en terme de contrat de travail et d’entreprise à taille humaine, exigences en terme de lien au sol, d’environnement et de bien-être animal.

  • Pas de mixité bio et non bio.

  • L’alimentation des animaux doit être produite à hauteur de 50 % dans l’exploitation, 80 % dans le cas des herbivores.

  • Aucun OGM.

  • Les produits transformés doivent contenir exclusivement des ingrédients bio.

  • Les traitements vétérinaires sont plus limités que dans le label bio européen.

  • Collecte 100 % bio (sauf œufs identifiés).

  • La vente de ces produits ne se fait qu’en magasins spécialisés, excepté les points de vente directe et les supermarchés locaux (sans intermédiaire).

  • Interdiction de chauffage des serres.

  • Limitation de l’ensilage.

Les demandeurs doivent déjà disposer du label bio européen pour pouvoir se porter candidats. C’est un organisme certificateur agréé (les mêmes que pour le label AB) qui accorde ce label.


Nature & Progrès

Label ancien (1964), Nature & Progrès est très exigeant et prône l’agriculture paysanne et locale. Il refuse les exploitations mixtes, demande une alimentation des élevages exclusivement bio et de préférence sous label Nature & Progrès, avec 0 % d’OGM. Les exploitations doivent également répondre à des impératifs d’environnement : éloignement de grands axes ou d’entreprises polluantes, respect des ressources… Trouvant trop onéreux et exemptes de liens et d’échanges les certifications par des tiers (organismes de certifications), Nature & Progrès a mis en place un SPG, Système Participatif de Garantie. Ce sont ici des enquêtes annuelles, gratuites, qui sont réalisées chez les adhérents par d’autres adhérents.


Demeter

Ce label certifie les agriculteurs bio qui sont passés en biodynamie, mouvement qui s’appuie sur les flux énergétiques et les préparations naturelles. Les exploitations en biodynamie sont de taille humaine, limitée. C’est l’association Demeter elle-même qui délivre la certification mais les contrôles annuels sont effectués par les organismes certificateurs habituels.

Conclusion Les différents labels bio indiquent en fait un niveau d’exigence, plus ou moins élevé selon qu’il soit de source officielle ou privée. Il est cependant évident que l’établissement de règles encadrant l’agriculture et la production agricole est bien plus complexe entre 28 pays membres que dans une sphère réduite... Malgré sa tolérance, le label bio européen a enclenché un processus salutaire chez certains de nos voisins, et l’on ne peut qu’espérer que cette tolérance ira peu à peu vers une réglementation moins permissive.