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Jardinage au naturel

Que sont les produits de bio-contrôle ?

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Suite à l’interdiction des produits phytosanitaires chimiques, des méthodes plus respectueuses de la nature et de la santé humaine sont désormais les seules disponibles à la vente pour les particuliers. Parmi ces nouvelles solutions, on trouve des produits dits de biocontrôle. Que recouvre cette appellation et quels sont ces produits ? Présentent-ils des avantages particuliers ? Comment les utilise-t-on au jardin ? Voici quelques réponses à vos questions, et quelques conseils pour les utiliser au mieux !

Les produits de bio-contrôle

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Qu’est-ce qu’un produit de biocontrôle ?

Description

Le biocontrôle vise à réguler les bioagresseurs (et non à les éradiquer) en s’appuyant sur les mécanismes et relations naturels entre les divers organismes vivants pour atteindre des niveaux acceptables pour les cultures. En effet, éliminer ces ravageurs revient à priver de nourriture tous les auxiliaires utiles de nos jardins. Le biocontrôle cherche donc à obtenir un équilibre entre les diverses populations. Démarche globale, il s’accompagne d’autres mesures : entre autres la connaissance du sol, une fertilisation adaptée aux végétaux, des végétaux adaptés au terroir.

L’utilisation de produits de biocontrôle s’inscrit dans la protection intégrée des végétaux et elle est un des outils de la lutte par conservation via les macroorganismes. On distingue 4 grandes familles de produits de biocontrôle.

Les macroorganismes On trouve dans cette famille des animaux invertébrés (divers insectes, des acariens et des nématodes) qui sont sélectionnés pour leur antagonisme naturel envers les ravageurs. Ils agissent soit par prédation, soit par parasitisme.


Larve de coccinelle

Les macroorganismes sont présents dans la nature, mais s’ils sont absents de votre jardin, vous pouvez soit les y attirer en leur offrant gîte (hôtel à insecte, friche, bois mort, pierres…) et couvert (fleurs, friche), soit les y introduire en les achetant en jardinerie (dans ce cas il est conseillé de leur offrir également les conditions nécessaires pour qu’ils restent ! ).

Les microorganismes Ce sont les champignons, bactéries et virus qui, par leurs modes d’actions variés, perturbent les ravageurs ou les agents pathogènes.


Bacillus

Leurs modes d’action :

  • L’antibiose : effet inhibiteur sur l’agent pathogène. Exemple : la bactérie Bacillus subtilis inhibe la germination de champignons provoquant des maladies cryptogamiques.

  • L’hyperparasitisme : effet destructeur des tissus du pathogène. Exemple : le champignon Metarhizium anisopliae s’installe dans l’organisme de l’otiorhynque de la vigne et le détruit.

  • La compétition au niveau de l’espace ou de l’alimentation. Exemple : des champignons qui se développent autour des racines empêchent des champignons pathogènes de s’y installer.

  • L’induction de résistance : ce sont des SDP, des Stimulateurs de Défense des Plantes. Exemple : la même bactérie Bacillus subtilis mime une attaque, ce qui oblige la plante à préparer son système de défense.

Cinq maladies cryptogamiques majeures (botrytis, oïdiums, rouilles, mildious, moniliose) des végétaux sont ainsi prises en charge par ces microorganismes, champignons, virus, levures, bactéries.

Les substances naturelles Présentes dans la nature, on y trouve aussi bien des substances végétales que minérales ou animales. Elles remplacent les pesticides de synthèse, s’emploient comme répulsifs, comme SDP ou encore comme stimulateurs de vitalité. Parmi ces substances on trouve :

  • des substances végétales : les pyrèthres (insecticides), des huiles essentielles (orange douce, eucalyptus et girofle comme fongicides), l’acide pélargonique (désherbant), l’huile de colza, la laminarine (une algue brune)...


Fleurs Pyrèthre

  • des substances minérales : le bicarbonate de potassium, le kaolin, le phosphate ferrique (insecticide), le cuivre, le soufre… Certaines comme le cuivre et le soufre jouent un rôle non négligeable dans la protection contre les maladies cryptogamiques : tavelure,

  • des substances animales : le petit lait est traditionnellement employé pour lutter contre l'oïdium.

Les médiateurs chimiques Ce sont des “clones” de synthèse de molécules émises par les végétaux ou par les animaux pour interagir à l’intérieur de leur propre espèce (phéromones) ou pour déclencher une réaction comportementale chez un individu d’une autre espèce (les substances allélopathiques, kairomones, allomones et synomones). Les phéromones sont couramment utilisées pour le piégeage d’individus mâles, la confusion sexuelle (la diffusion de trop de signaux sexuels perturbe le papillon mâle qui n’arrivera pas à trouver une femelle pour s’accoupler), et la détection (savoir quand les populations d’agresseurs sont en place pour agir au meilleur moment)

Le saviez-vous ? On appelle agents de protection biologique ces macro et micro-organismes chargés de protéger les cultures contre les ravageurs et les pathogènes.



Le biocontrôle et la législation

Depuis le 1er janvier 2019, seuls les produits autorisés en agriculture biologique, les substances de base et les produits de biocontrôle peuvent être achetés et utilisés par les particuliers. La loi française définit les produits de biocontrôle comme “des agents et des produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures. Ils comprennent en particulier :

  • les macro-organismes

  • et les produits phytopharmaceutiques qui sont composés de micro-organismes, de médiateurs chimiques tels que les phéromones et les kairomones, ou de substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale”.

Les micro et macroorganismes peuvent même être autorisés en agriculture biologique s’ils ne sont pas des OGM. Les phéromones utilisées dans les pièges, diffuseurs ou distributeurs le sont aussi à partir du moment où elles disposent d’une AMM. Les substances naturelles sont autorisées en bio lorsqu’elles sont autorisées par les règlements CE. Les formules sont basées uniquement sur des substances naturelles ou bien sur des molécules qui entraînent un processus naturel de défense. Le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation tient à jour une liste de ces produits. Comme la volonté affichée est de privilégier des modes de protection des cultures plus respectueux de l’environnement en accord avec le plan Ecophyto, de nombreux avantages sont appliqués au secteur du biocontrôle : réductions de délais pour les AMM, taxes, recherche et innovation… Ils sont laissés en vente libre, contrairement aux produits phytosanitaires de synthèse qui eux ont disparu des étalages.


Les avantages

Ces produits font l’objet de nombreuses analyses pour respecter les points suivants :

  • Diminuer les risques pour la santé humaine lors de l’utilisation et de la consommation.

  • Protéger les plantations et les récoltes.

  • Protéger la biodiversité.

  • Limiter les risques de pollution de l’air, de l’eau et des sols. Ces produits ont une durée de demi-vie bien inférieure aux produits de synthèse, ce qui limite grandement les effets d’accumulation dans le sol ainsi que sur les aliments.

  • Chez les professionnels, réduire la dépendance aux produits de synthèse et les rendre plus efficaces lorsqu’ils sont utilisés. Ayant des modes d’action totalement différents de ceux des pesticides, ils limitent la résistance qui peut se développer chez les ravageurs.


Les produits de biocontrôle au jardin

Au potager

traiter au potager

  • Les doryphores s’en prennent à vos pommes de terre ? Le Bacillus thuringiensis var. tenebrionis sera employé contre ces ravageurs.

  • Pois, fèves et autres fabacées voient leurs jeunes pousses dévorées par les pucerons. La micro-guêpe parasitoïde Aphidius colemani se régale de nombreuses espèces de pucerons, dont le puceron noir de la fève.

  • Les tipules, nos fameux “cousins”, ont un stade larvaire qui peut être problématique pour les pois et les pommes de terre, les larves dévorant les jeunes racines. Les nématodes Steinernema carpocapsae est la solution de biocontrôle.

  • Les tomates craignent le mildiou qui s’installe en fin d’été. La bouillie bordelaise, autorisée en AB, est composée principalement de cuivre, un efficace antifongique.

  • L’oïdium est une maladie fréquente des tomates, courgettes et autres plantes potagères et arbres fruitiers. C’est le soufre qui est traditionnellement utilisé, mais l’on peut également utiliser d’autres fongicides ou des SDP comme la laminarine contre cette maladie cryptogamique (sur les tomates, les fraisiers et framboisiers, pommiers).


Au jardin d’ornement

Traiter au jardin d'ornement

  • Contre les chenilles de toutes sortes, on utilise aujourd’hui une bactérie, le Bacillus thuringiensis. La sous-espèce kurstaki est particulièrement adaptée à la lutte contre la pyrale du buis.

  • Les cochenilles sont prédatées par une coccinelle, Cryptolaemus montrouzieri, qui raffole autant des larves que des adultes.

  • Les pucerons eux aussi sont les proies des coccinelles, mais elles ne sont pas les seules à en faire leur met : chrysopes, syrphes notamment en sont friandes. Certains palmiers peuvent être fatalement envahis par le charançon du palmier, heureusement que certains nématodes sont, eux, fatals à ce charançon !

  • La processionnaire du pin est un fléau, qu’il faut combattre absolument : pièges à phéromones contre l’adulte mâle et Bacillus thuringiensis contre les chenilles.

  • Les otiorhynques, surnommés à juste titre les poinçonneurs du lilas, s’en prennent en réalité à un grand nombre d’arbustes. Les nématodes s’avèrent fort efficaces pour limiter leur présence.

  • Les limaces et autres gastéropodes sont des gloutons, utilisez là aussi des nématodes qui se chargeront de leur faire la fête.

  • La pyrale du buis demande l’utilisation de 2 produits de biocontrôle : des pièges à phéromones pour repérer l’arrivée du papillon de la pyrale et le Bacillus thuringiensis qui va infecter les larves.

  • La rouille blanche qui attaque les chrysanthèmes est combattue à l’aide d’une molécule qui va stimuler les défenses naturelles de la plante.

Le saviez-vous ? Les nématodes font partie des macroorganismes. Il s’agit de vers minuscules qui vivent dans le sol. Lorsqu’ils sont encore des larves, ils pénètrent dans l’organisme d’un hôte et tuent celui-ci en quelques jours d’une infection généralisée pour pouvoir se nourrir des restes.

Au verger

  • Au verger, ce sont les carpocapses qui peuvent faire de gros dégâts dans votre production. Leurs prédateurs naturels sont heureusement nombreux : mésanges, perce-oreilles, mais aussi virus (la granulose du carpocapse étant le composant de base d’un insecticide biologique). En complément, des pièges à phéromones attraperont nombre de mâles qui ne pourront pas procréer ! Et une fois que vous avez récolté vos beaux fruits, terminez par une pulvérisation de nématodes qui détruiront les éventuelles larves encore présentes, prêtes à hiverner.

  • La tavelure elle aussi est un danger pour le pommier ainsi que pour le poirier, mais l’agresseur est un champignon et non un parasite. L’HE de girofle donne de bons résultats.

  • Le développement de la moniliose est bien limité grâce à l’HE de Tea Tree, Bacillus subtilis stimule les défenses du fruitier.

  • Contre le puceron lanigère, utilisez les HE de Tea Tree et d’Eucalyptus.


Comment les utilise-t-on ?

Les produits de biocontrôle s’utilisent de façon préventive et curative, au cœur d’une approche plus globale qui va associer de nombreuses mesures pour anticiper des attaques d’agresseurs (les mesures prophylactiques) et pour les réguler une fois que leur présence est avérée. Ils nécessitent une surveillance régulière des plantations qui sert à repérer une attaque à ses débuts, en utilisant toutes les méthodes disponibles de façon à respecter l'écosystème qu’est un jardin.

  1. Ne pas hésiter à employer des méthodes de prophylaxie qui sont en réalité de bonnes pratiques culturales : sélectionner des variétés adaptées au terroir et résistantes aux maladies et parasites possibles, utiliser les paillages pour ne pas laisser le sol nu, apporter des amendements judicieux, laisser se développer la biodiversité, ne pas laisser au sol ou dans l’arbre des fruits momifiés, des feuilles, éliminer les déchets verts contaminés, installer des filets autour des plantes sensibles...

  2. Se rendre plusieurs fois par semaine au jardin pour examiner attentivement ses plantations, leur état, la présence de signes de présence d’un ravageur. Selon le niveau de présence de l’agresseur, son stade de développement, les conditions climatiques, les produits de biocontrôle à utiliser sont différents, donc la surveillance est cruciale pour agir à bon escient.

  3. Mettre en place des mesures préventives d’une attaque plus importante. Le produit de biocontrôle utilisé à ce moment là va servir à limiter le développement du ravageur. Il est aussi possible d’anticiper une arrivée, car ce sont le plus souvent les mêmes ravageurs qui reviennent tous les ans.

  4. Si l’attaque est trop forte, ce sont des méthodes curatives qui devront être employées.


Et pour le désherbage ?

Désherbage manuel

Certes le désherbage manuel est on ne peut plus écologique, mais il est aussi contraignant, fastidieux et douloureux ! Des acides naturels vont vous aider à désherber proprement, sans nuire à l’environnement ni à vos animaux de compagnie. Il est d’ailleurs possible de planter ou de semer juste après !

  • L’acide pélargonique ou nonanoïque : ce sont des végétaux (notamment le pélargonium) qui sécrètent cet acide gras herbicide (il a des propriétés dessicantes et défanantes) agissant par contact. Suivez nos conseils pour bien désherber avec un produit à base d'acide pélargonique.

  • L’acide acétique : agit par contact et doit être utilisé sur des plantes annuelles jeunes ou sur de la mousse. Attendez que les adventices visées aient soif pour plus d’efficacité.

  • Les acides capryliques et capriques : ils sont également d’efficaces désherbants, par contre ils s’utilisent à des températures supérieures à 20° et l’on doit éviter que les animaux s’en approchent durant les premières heures. L’action de ces acides est également un peu moins rapide puisqu’il faudra attendre 24 heures pour voir les premiers effets.

Ces acides détruisent l’épiderme végétal, provoquant un dessèchement cellulaire rapide (on en voit les premiers effets quelques heures plus tard). Non sélectifs, ils pourront être utilisés contre les adventices, la mousse et les lichens dans les massifs, au potager, dans les allées… Une fois le produit sec (généralement 6 heures), vos animaux de compagnie ne courent plus aucun risque et vous pourrez faire de nouvelles plantations dans les endroits traités 2 à 3 jours plus tard. Respectez bien les indications du fabriquant et agissez lorsque la température est de 15° minimum, et en dehors des jours de pluie. On trouve ces acides soit sous forme simple ou concentrée. La dose à appliquer dépend du produit et de sa concentration.

Astuces pour désherber les allées et terrasses

  • Agissez dès l’apparition des adventices. Plus elles sont jeunes, plus facile sera leur destruction. Une fois bien développées, vous détruirez les parties aériennes mais pas les racines.

  • N’attendez surtout pas qu’elles aient fleuri, elles sont alors disséminées un peu partout... Attendez que le temps soit sec et chaud, au minimum 15° mais plus il fait chaud mieux c’est. Les plantes sont alors déjà un peu déshydratées. Suivez nos conseils pour désherber au bon moment.

  • Bien évidemment, n’appliquez pas ces désherbants de biocontrôle sous la pluie ou lorsque le sol est encore humide, leur efficacité sera alors bien moindre voire inexistante. Recommencez l’application après 7 à 15 jours, pour décourager toute velléité de repousse.

  • Plantez de jolis couvre-sol entre vos dalles qui empêcheront les adventices de revenir s’installer.

  • Pour les adventices vivaces, préférez un désherbage manuel qui sera plus efficace.



Des précautions d’emploi ?

Bien que naturels, les produits de biocontrôle peuvent être nocifs si mal utilisés. L’acide pélargonique par exemple est classé X1, c’est à dire qu’il est irritant pour le système respiratoire, pour la peau et pour les yeux. Sa conservation est également soumise à des conditions. Il est important pour éviter tout problème de bien lire et suivre les précautions d’emploi préconisées par les fabricants.

Nous vous déconseillons d'utiliser des produits du quotidien comme le vinaigre, l'huile, l'eau de Javel... car nous ne connaissons pas leur impact sur l'environnement et nous n'avons pas la preuve de leur efficacité. Préférez les produits vendus dans votre jardinerie, en suivant les recommandations indiquées sur l'emballage.

La nature est bien faite et de nombreuses solutions y sont présentes pour que les populations variées restent en équilibre et vivent côte à côte. La présence excessive de la plupart des ravageurs est due à de mauvaises pratiques culturales mises en place depuis de nombreuses années, qui ont appauvri les sols et la biodiversité, déséquilibrant les relations entre tous les organismes vivants. Retour à des bonnes pratiques, mise en place de mesures préventives, utilisation de ces méthodes et interactions naturelles que l’on appelle produits de biocontrôle : toutes ces solutions permettent la plupart du temps de se passer de ces produits chimiques si nocifs et de retrouver des jardins vivants et productifs. Alors biocontrôlons !