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Accompagnant joyeusement et joliment les fêtes de fin d’année, la présence du gui dans les arbres du jardin est un peu moins enthousiasmante, n’en déplaise aux Gaulois que nous avons été ! Car il y est un parasite, qui se nourrit de la sève de l’arbre qu’il a choisi comme hôte et peut donc lui être néfaste. Comment se débarrasser du gui sur son vieux pommier ou sur son beau tilleul ? Et est-il vraiment indispensable de vouloir le détruire ?
Petit portrait du gui
Tout le monde connaît le gui, cette plante aux feuilles ovales charnues, en forme de boule, qui pousse sur les branches des arbres et ses fruits ronds, blancs et un peu visqueux. Le même gui symbole d’amour et de pardon sous lequel on s’embrasse à la Saint-Sylvestre - geste et symboles qui semblent être issus d’une légende scandinave. Le même gui vénéré des druides pour ses vertus médicinales et ses pouvoirs magiques.
Aussi sympathique soit-il, il s’agit d’une plante qui parasite ses hôtes. Ce n’est pas pour rien que les jardiniers n’ont de cesse de se débarrasser de ces boules de gui. Au printemps, lorsque la température dépasse les 10°, ses graines germent sur la branche sur laquelle elles ont atterri, implantent leur suçoir dans les tissus de l’arbre pour atteindre les vaisseaux dans lesquels circule la sève brute (qui est formée d’eau, d’acides aminés et de sels minéraux) qui va les nourrir. En réalité, le gui est un hémiparasite et non un parasite au sens strict, car bien qu’il absorbe la sève brute, et notamment l’eau dont il a besoin de la branche sur laquelle il est implanté, il est capable de procéder à la photosynthèse et se fournit donc par lui-même en sucres, en protéines, etc. Il semble qu’il absorbe également du carbone, même s’il est capable d’élaborer lui-même cet élément indispensable à la croissance des végétaux.
Le gui ne s’installe pas sur n’importe quels arbres, il choisit comme hôtes les peupliers, les aubépines, les érables, les tilleuls, les chênes (plus rarement), les sapins et certains arbres fruitiers, notamment les pommiers et les amandiers.
Est-ce que le gui est nocif pour les arbres, pourquoi s’en débarrasser ? Même si ce parasitage n’est que partiel, le gui affaiblit son arbre hôte lorsqu’il s’est multiplié sur le même hôte. L’arbre va alors voir sa croissance ralentir. Les fruitiers voient également leur production de fruits diminuer. Et en ces temps où l’eau devient un problème récurrent, la ponction d’eau effectuée par le gui peut accélérer le dépérissement de l’arbre.
Autre problème dû à la présence de gui : le bois est déformé là où la plante s’est accrochée et il peut perdre de ses qualités, ce qui le déprécie. On dit que le bois est “guité”.

Ce sont les oiseaux qui propagent les graines de gui d’un hôte à l’autre, principalement les fauvettes à tête noire et les grives draines qui raffolent de ces baies blanches sucrées. Les grives digèrent la pulpe de la baie, mais rejettent les graines dans leurs déjections. La pulpe de la baie étant visqueuse, les graines se collent là où elles tombent. Les fauvettes, elles, enlèvent la graine et la posent/collent à côté d’elles pour pouvoir tranquillement aspirer la pulpe.
Il semble que le gui parasite plus aisément des arbres déjà affaiblis par un stress hydrique ou l’attaque de champignons, qui auraient donc moins de défenses pour empêcher son installation. Ou qui auraient un feuillage moins dense, facilitant l’accès du gui à la lumière — c’est du fait de ce besoin de lumière que le gui se développe principalement sur le houppier (le sommet) des arbres.
Savez-vous pourquoi le gui forme une boule aussi régulière ? C’est dû à la façon très particulière de croître. Comme chez toutes les plantes, la plantule, une fois les cotylédons épuisés, porte deux feuilles (il lui faut un an pour arriver à ce stade). Il porte également des bourgeons axillaires (qui vont chacun donner naissance à une branche) opposés. Et là, contrairement à la plupart des végétaux dont c’est le bourgeon terminal qui est le premier à croître, le bourgeon terminal de la jeune plantule de gui meurt, et ce sont donc deux branches opposées qui se développent, eux-mêmes terminés par deux bourgeons axillaires et un bourgeon terminal destiné à mourir. Sachant que chaque “étage” se développe en une année et que c’est de ce fait facile de connaître l’âge d’un gui. Ce mode de ramification donne à la plante sa singulière régularité et son port en boue.
Comment se débarrasser du gui sur les arbres ?
Se débarrasser du gui est possible, mais ce n’est pas toujours indispensable !

Comment détruire le gui ?
Si le gui devenait une gêne pour l'arbre, il y a deux possibilités.
Certains jardiniers préconisent de couper la branche sur laquelle il s'est fixé. En effet, le gui enfonce ses suçoirs jusqu'à la sève, il ne suffit donc pas de supprimer la boule de gui. Dans ce cas, il vous faudra couper au moins 50 centimètres en amont du gui pour éviter qu’il ne repousse.
Il est néanmoins possible d’arriver à se débarrasser du gui sans avoir à amputer l’arbre, ce qui d'ailleurs est parfois impossible, s’il s’agit d’une charpentière, par exemple. Voici comment faire :
Taillez la boule de gui au plus près de la branche sur laquelle il est installé.
À l’aide d’un couteau, creusez là où le gui a enfoncé son suçoir. Il va vous falloir aller assez profond, car du suçoir principal partent des suçoirs secondaires.
Une fois les “racines” du gui enlevées, appliquez un baume cicatrisant dans le trou afin d’éviter les maladies.
Vérifiez tous les deux à trois ans que le gui ne reparte pas !
L’utilisation de produits herbicides est proscrite, les tissus du gui et de l’arbre sont étroitement liés via la branche hôte, votre arbre lui aussi subirait les effets néfastes du produit utilisé.
Par ailleurs, un arbre en pleine forme saura généralement se défendre contre l’installation de ce parasite. Pour cela, apporter régulièrement un engrais ou des matières organiques est un bon moyen de maintenir une bonne vitalité, tout comme une taille appropriée, en permettant à l’air de circuler, limitera les risques de maladies fongiques qui l’affaibliraient.
Et si on le gardait ?
Cependant, tant que l'arbre vit bien avec son petit parasite, agir de manière aussi invasive n’est pas utile. Dans la mesure où, lorsqu’un gui se développe, il y a de fortes probabilités qu’il essaime sur le même arbre ou sur un de ses voisins, le principale est de ne pas le laisser faire des graines. Pour cela, il suffit de le tailler légèrement entre l’automne et la fin de l’hiver, de façon à supprimer toutes les baies présentes.

Avoir des mésanges bleues dans son jardin est un autre moyen de limiter la croissance du gui, le plus sympathique ! Car contrairement aux grives et aux fauvettes qui ne consomment pas ou ne digèrent pas les graines du gui, la mésange bleue, elle, se nourrit de ces graines. Tout comme la sittelle d’ailleurs. Et les pigeons ramiers, eux, ont des sucs gastriques puissants, qui détruisent la graine avalée avec la baie.
Et cet attrait des mésanges et des sittelles pour votre jardin va avoir des conséquences positives, pour votre jardin, et même à l’intérieur de votre maison. Car ces oiseaux qui mangent les grains du gui sont aussi des insectivores, et ils sont les rares oiseaux à manger des punaises qui abondent sur les tomates en été et dans les maisons entre l’automne et le printemps… Et ce ne sont pas les seules nuisibles qu’elles chassent, elles consomment également des chenilles et des larves de tout poil, pour le grand bien du jardin !
Vouloir se débarrasser des multiples boules de gui qui ont envahi un vieil arbre du jardin est judicieux, et permettra sans doute de sauver celui-ci. Par contre, un seul gui sur un arbre en bonne santé, et qui le reste, n’est pas forcément dangereux, et sa présence peut même avoir des avantages insoupçonnés !
