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Une des nombreuses maladies qui touche l’abricotier est la bactériose. En sont responsables quelques bactéries, distinguables par les symptômes qu’elles provoquent dans ce bel arbre fruitier. Dans tous les cas, celui-ci est durement affecté et la bactériose peut même le faire dépérir en quelques années. Les traitements contre ces pathologies sont succinctes, au contraire des mesures prophylactiques. Bonnes conditions de culture et entretien adapté aux besoins sont des réflexes indispensables à la bonne santé de vos abricotiers, et de tous vos arbres fruitiers et végétaux en général !
Une maladie bactérienne
L’abricotier est sensible à divers agents pathogènes, dont certains sont particulièrement sévères :
Des champignons, notamment Monilia laxa qui dessèche les bouquets floraux et infecte les fruits. Il hiverne dans des chancres qui lui permettront de poursuivre l’infection du sujet dès le printemps. Lisez notre fiche maladie sur la moniliose de l'abricotier pour en savoir plus. Autre champignon courant, le Coryneum beijerinckii, qui provoque la criblure à coryneum. Les feuilles sont criblées de trous, les rameaux développent des chancres et les fruits sont marqués de taches avec gommose.
Des virus : le PPV, Plum Pox Virus, est responsable de la sharka. Il abime les feuilles, rend les fruits inconsommables et peut entraîner la mort de l’arbre. Ce sont notamment les pucerons qui transmettent ce virus.
Des phytoplasmes : l’ECA, Enroulement Chlorotique de l’Abricotier, est causé par Candidatus phytoplasma prunorum. La feuillaison survient précocement, durant l’hiver, et les feuilles s’enroulent en cornet. La floraison est fortement diminuée, les fruits, desséchés et sans sucre, chutent. L’arbre dépérit rapidement. Ce sont des insectes qui transportent le phytoplasme, plus particulièrement le psylle Cacopsylla pruni.
La bactériose est une maladie bactérienne qui peut entraîner des dégâts importants sur les arbres fruitiers à noyau, en particulier sur l’abricotier. La bactériose fait notamment des ravages dans les régions où la culture de l’abricot est importante, dans le sud-est de la France. Il existe en fait plusieurs bactérioses, puisque ceci est un terme générique pour “maladie bactérienne”. La bactériose à Pseudomonas est endémique, rapidement mortelle pour les plus jeunes arbres mais pouvant détruire peu à peu les arbres plus âgés en en faisant dépérir progressivement certaines parties. La bactériose à Xanthomonas n’est pas moins dangereuse.
La bactériose à Pseudomonas
Description
Appelée également “chancre bactérien”, cette maladie est due à des bactéries de type Pseudomonas. Elles sont au nombre de 2 possibles sur l’abricotier : Pseudomonas syringae (P. pv syringae et P. syringae pv morsprunorum) et Pseudomonas viridiflava. Pseudomonas syringae est une bactérie aérobie stricte extrêmement résistante grâce à sa membrane extérieure et également résistante aux antibiotiques. Elle est opportuniste, s’attaquant à des végétaux en état de stress : stress hydrique, conditions de culture inadaptées, asphyxie du système racinaire... Les bactéries Pseudomonas syringae vivent sur l’arbre presque toute l’année, bien que plus nombreuses au printemps et en automne qu’en été.
À savoir : Pseudomonas syringae montre en effet un stade où elle est épiphyte durant lequel elle forme un “biofilm” sur les feuilles et le reste de la surface du végétal. Elle n’entraîne à ce stade là aucun symptôme. Elle passe ensuite par une phase de transition vers le stade endophyte, pénétrant dans les tissus, à l’intérieur desquels elle est endophyte et peut répandre l’infection.
C’est principalement entre la fin de l’été et l’hiver qu’elles pénètrent dans les tissus de l’arbre, grâce aux plaies (souvent des plaies de taille mais cela peut être aussi des plaies dues à des piqûres d’insectes, à de la grêle, au bris de branches, au gel…) ou bien aux entrées plus naturelles (bourgeons, écorce, stomates, peut-être même les pétioles bien qu’il semble que ce ne soit pas le cas). Elles ne mesurent en effet pas plus d’1 μm.
Elles ont une action glaçogène, c’est-à-dire qu’elles gèlent les tissus de l’arbre alors que la température extérieure est plus élevée que la limite de rusticité des tissus. Des températures de -2 ° peuvent ainsi suffire à tuer les parties infectées.
Elles émettent des toxines, notamment la syringomycine qui dissolve les membranes végétales et provoque la mort cellulaire.
Les bactéries Pseudomonas syringae apprécient les pluies automnales abondantes qui permettent la contamination, puis le froid hivernal qui aide à leur développement à l’intérieur des tissus en les désagrégeant.
Les symptômes de la bactériose à Pseudomonas
Les premiers signes de la bactériose de l’abricotier peuvent se repérer dès la fin de l’hiver. Des écoulements de gomme apparaissent au niveau du tronc ou des branches, notamment à la base des rameaux ou des tiges. L’exsudat est rougeâtre, et les tissus sous l’écorce sont nécrosés, dégageant une forte odeur alcoolisée. Les lenticelles sur l’écorce s’agrandissent, augmentant les risques de contaminations par d’autres bactéries ou champignons. Au printemps, à l’époque du débourrement, certains rameaux ne débourrent pas, des pousses nouvelles se flétrissent, l’abricotier peut brutalement dépérir. Cela peut toucher seulement quelques branches, mais l’arbre tout entier peut être affecté. Dans les cas les plus graves, le débourrement n’a même pas lieu. Durant l’été, des chancres se développent sur les rameaux atteints et les branches principales peuvent se dessécher brutalement, voire l’arbre entier. En climat méridional, les plaies nécrosées sous l’écorce des branches ou du tronc se referment. La bactérie est pourtant bien là, elle survit sur le feuillage, il sera facile pour elle dès l’automne de reprendre son action. Il peut arriver que des symptômes apparaissent sur le feuillage, il s’agit dans ce cas de Pseudomonas syringae pv morsprunorum. Des cercles rouille se forment sur les feuilles, qui entourent une zone sombre qui se nécrose. Les fruits se tachent de marques circulaires sombres.

La bactériose à Xanthomonas
Description
Xanthomonas arboricola pv. pruni a pour hôtes divers Prunus, dont l’abricotier. Elle est responsable de la maladie des taches bactériennes. Cette bactérie pénètre dans les tissus de l’arbre par plusieurs biais : les plaies infligées (taille, gel, piqûres d’insectes), les plaies naturelles (plaies pétiolaires à la chute des feuilles, bourgeons), les ouvertures naturelles (stomates des feuilles, lenticelles). Une fois dans les tissus, elle circule dans tout l’abricotier. Elle hiverne dans les bourgeons, possiblement dans les feuilles au sol, dans les cicatrices pétiolaires (formées à la chute des feuilles) dans les pousses de l’année précédente. Au printemps, des chancres se forment qui libèrent des bactéries, celles-ci seront dispersées par le vent et la pluie (ainsi que la rosée ou le brouillard) sur le feuillage à proximité. Elles se déposent sur de jeunes feuilles, qui, une fois infectées, seront une source d’infection secondaire. Le développement des Xanthomonas est favorisé par une température tiède (19°) et un temps pluvieux sans fortes pluies. En été, la multiplication ralentit d’autant plus qu’il fait chaud. La période la plus sensible se situe au cours du mois et demi suivant la floraison.
À savoir : la bactérie Xanthomonas est un “organisme nuisible de quarantaine”. Il est inscrit en tant que tel à l’annexe II de la Directive 2000/29/CE.
Les symptômes
Au printemps, les chancres formés sur les rameaux peuvent empêcher la circulation de la sève. L’extrémité du rameau va mourir tandis que la partie située sous le chancre noircit. Les chancres peuvent également apparaître seulement en été, selon la période d’infection primaire. Les rameaux peuvent également montrer des taches rouges nécrotiques à la base des pétioles des feuilles. Les feuilles présentent des petites taches sombres, nécrotiques, qui finissent par se percer. Elles peuvent sembler huileuses, il s’agit d’un exsudat de bactéries. Elles jaunissent puis tombent prématurément, la défoliation brutale est d’ailleurs une caractéristique de cette maladie. Les fruits affichent de petites taches claires, en creux, qui se nécrosent et prennent un aspect liégeux, des crevasses peuvent aussi se former et laisser exsuder de la gomme. Le processus de photosynthèse est altéré, et plus la défoliation est importante plus la production de fruits est diminuée, en quantité et en qualité. L’affaiblissement de l’arbre entraîne un ralentissement de la lignification des rameaux, et la mise en réserve pour l’année suivante est perturbée.
Pour en savoir plus, lisez nos conseils sur les maladies de l'abricotier
Soigner les bactérioses
La bactériose ne se soigne pas vraiment une fois installée, les mesures et traitements préventifs sont de ce fait indispensables.
Le traitement contre la bactériose de l’abricotier
La bouillie bordelaise est couramment utilisée pour traiter préventivement contre les champignons, mais elle est également employée contre les maladies bactériennes. Contre la bactériose, il est recommandé de réaliser des traitements cupriques en automne, à la chute des feuilles, puis au débourrement.
Un badigeon appliqué avant l’automne affiche une bonne protection. Il est composé d’une peinture acrylique additionnée de cuivre. Vous recouvrirez le tronc et la base des charpentières jusqu’à 1,20 m minimum. La bonne période se situe en septembre, il faut en effet agir avant les pluies automnales. Ce badigeon doit être appliqué au moins les 6 premières années après la plantation.
Recette de badigeon pour 10 l d’eau : 1 kg de bouillie bordelaise à 20 %, 2 l de peinture acrylique, 4 kg de blanc arboricole.
Curer les chancres jusqu’à atteindre les parties saines, puis appliquez un badigeon.
Contre Pseudomonas syringae pv morsprunorum, appliquez du cuivre à raison de 5 g pour 1 l d’eau dès les premiers symptômes.
À savoir : des études montrent que les plaies pétiolaires (qui se forment à la chute des feuilles) ne constituent pas des portes d’entrée pour la bactérie. D’autres études concernant les traitements de printemps montreraient que la baisse de densité des bactéries suite à la pulvérisation est effective mais trop faible et passagère car ces bactéries se multiplient trop rapidement.
Prévenir plutôt que guérir
Le choix du porte-greffe : lorsque le porte-greffe est mal adapté au terrain, il est fragilisé et plus sensible aux agresseurs. Ne choisissez pas un prunier pour planter votre abricotier dans une terre sableuse, limoneuse, ni un pêcher en terre argileuse. Les pruniers sont généralement plus sensibles à la bactériose entre tous, et les pêchers sont plus sensibles que les abricotiers. Un porte-greffe se détache, Rubina, car il est moins sensible (les scientifiques parlent de meilleure tolérance) aux bactéries à Pseudomonas.
Le choix des variétés : évitez les variétés les plus sensibles, notamment pour le Pseudomonas Early Blush, Helena du Roussillon, Bergarouge, Bergeron, Boucheron, Harrow Red, Tardif de tain, Tardirouge, Zebra, Bergecot, Harogem, Soledane. Pour le Xanthomonas, les variétés les plus sensibles sont Tom Cat, Royal Roussillon, Tardif de Tain, Lady Cot, Hargrand, Goldrich, Goldbar. Attention cependant, les sensibilités selon les variétés peuvent être influencées par le sol, le climat ou encore le porte-greffe. Lisez notre article sur les variétés d'abricotier pour en savoir plus.
Le terrain de plantation : évitez ou améliorez les sols propices à ces bactéries. Il s’agit pour Pseudomonas des sols présentant un pH bas (acides), ou bien des sols à texture grossière, peu profonds ou peu drainants. Réalisez par exemple des apports de compost peu décomposé (un rapport carbone/azote inférieur à 11 est idéal), qui vont augmenter la capacité à retenir l’eau des sols trop filtrants. Xanthomonas, elle, est favorisée par les sols sableux.
Les conditions de culture : les arbres en état de stress hydrique sont plus sensibles à la contamination. Le stress hydrique de l'abricotier peut provenir de la sécheresse durant l’été et d’excès d’humidité durant l’hiver. Espacez suffisamment les arbres pour faciliter l’aération. Suivez nos conseils sur la plantation de l'abricotier pour en savoir plus.
La hauteur du point de greffe : de nombreuses études ont montré que cette hauteur avait un fort impact sur la sensibilité de l’arbre. Les meilleurs résultats sont obtenus avec une hauteur de greffe à 1,20 m, mais l’important est d’éloigner au maximum le point de greffe du sol, une hauteur de 60 cm à 80 cm étant raisonnable. Le but étant de maintenir les branches charpentières elles-mêmes loin du sol, à défaut d’un point de greffe suffisamment haut, une conduite haute est recommandée. Supprimez en été tous les rameaux et brindilles poussant sous les charpentières.
Les périodes de taille : évitez de tailler entre l’automne et le mois de janvier, surtout lorsque les sujets sont jeunes. Privilégiez l’été pour les tailles de formation et une taille en 2 temps pour les arbres formés : une première en mars, la seconde après la récolte. Désinfectez bien vos outils entre 2 sujets avec de l’alcool à 70°. Suivez nos conseils sur la taille de l'abricotier pour en savoir plus.
Attention aux déséquilibres dans la fertilisation, notamment les carences en calcium qui favorisent la sensibilité au Pseudomonas. Les fertilisations trop azotées les premières années sont également à proscrire.
Évitez les arrosages par aspersion, qui entretiennent un environnement humide trop favorable notamment au Xanthomonas.
Conclusion Les abricotiers et autres arbres fruitiers sont des végétaux sensibles, victimes de nombreuses maladies et parasites. Souvent en cause, des conditions de culture qui ne leur sont pas adaptées. Les bactérioses, maladies bactériennes très destructrices, profitent du stress des végétaux, déjà affaiblis, pour pénétrer dans leurs tissus et s’y multiplier de manière très rapide. Et malheureusement, une fois installées, il n’y a plus grand chose à faire. C’est pourquoi il faut agir en amont en fournissant aux fruitiers les conditions qui leur conviennent, aussi bien en terme de sol, de climat, que de fertilisation et autres soins.
