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Conseils jardinage et plantes

La bouture de l'abricotier

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L’abricotier n’est décidément pas l’arbre fruitier le plus simple à multiplier. Un bouturage souvent improductif, un greffage pas toujours réussi, quant aux autres modes de multiplication, ils ne sont pas non plus des plus prompts à donner des résultats satisfaisants. Bon, tout n’est pas perdu quand même, et l’abricotier se bouture, même difficilement, puis reçoit un greffon qui vous donnera certainement quelques beaux fruits. Sinon, vous avez toujours la possibilité de vous tourner vers quelques autres porte-greffes, d’ailleurs peut-être plus judicieux dans certains cas !

La bouture de l'abricotier

Bouturer un abricotier

Les arbres fruitiers sont rarement multipliés par bouture (ou autres modes de multiplication végétative), le résultat est en effet la plupart du temps décevant, soit en terme de fructification soit en terme de vigueur ou encore de santé. Par contre, le bouturage est une solution pour obtenir rapidement de nombreux porte-greffes pour y greffer vos abricotiers. Cependant, les Prunus en général sont relativement difficiles à bouturer, genre dont fait partie l’abricotier. La bouture semi-aoûtée classique ne donne rien, la bouture de l’abricotier dans l’eau n’est pas non plus très heureuse. Il existe cependant une technique très efficace dans ce cas et quelques autres qui ont des chances de marcher.


La bouture à garrot

Cette méthode est généralement très efficace pour la bouture d’espèces réfractaires comme l’abricotier. Elle se base sur le blocage de l’auxine, une hormone végétale de croissance qui provoque notamment l’émission de racines. Celle-ci est fabriquée par le feuillage et descend dans l’arbre via la sève élaborée. Or, celle-ci circule dans la couche de cambium la plus proche de l’écorce, au contraire de la sève brute qui est plus proche de l’aubier. Poser un garrot va donc bloquer l’auxine à un endroit précis et permettre de la concentrer, et donc de faciliter l’émission de racines à cet endroit précis. Cette méthode s’applique entre juin et juillet.

  1. Une semaine avant de prélever la bouture, un rameau semi-aoûté de l’année d’une vingtaine de centimètres, vous allez poser du fil métallique sur le rameau, 2 cm en-dessous d’un œil, en serrant légèrement sans entamer l’écorce.

  2. La bouture est ensuite prélevée, coupée en-dessous de la strangulation. Vous pourrez ensuite couper précisément entre la strangulation et le bourgeon.

  3. Rabattez de moitié les feuilles de la bouture et entaillez l’écorce à la base sur 1 cm de chaque côté. Puis trempez la base de la bouture d’abricotier dans de l’hormone de bouturage (qui est le plus souvent de l’auxine).

  4. Installez-la en pot (si possible transparent), enterrée de 5 cm. Choisissez un substrat léger, type terreau de semis ou perlite.

  5. Le pot est placé à la lumière mais protégé des rayons du soleil et recouvert d’une cloche. Vous brumiserez régulièrement l'intérieur pour maintenir un bon taux d’hygrométrie, le substrat doit rester humide. Aérez quelques minutes par jour.

  6. Environ 3 semaines plus tard, des racines commencent à se former, visibles si vous avez opté pour des pots transparents.

  7. Gardez encore une semaine sous cloche.

  8. Vous pourrez planter la bouture d’abricotier au printemps ou à l’automne suivant.


Bouture

L’affranchissement

Cette méthode “d’auto-bouturage” peut être tentée, comme pour le prunier. L’affranchissement consiste à rendre autonome un arbre greffé. Il est intéressant (et plus facile) de le réaliser lorsque l’arbre est très jeune. Le scion d’abricotier sera planté profondément, de façon à ce que le point de greffe soit enterré. Si les racines veulent bien se développer, l’arbre finira par être autonome et son porte-greffe dépérira.


Greffer l’abricotier

Une fois les boutures d’abricotier réalisées et suffisamment vigoureuses pour être greffées, il est temps d’y adjoindre des greffons d’abricotier, en choisissant toujours les plus sains et les plus productifs. Dans le cas où vos boutures n’ont pas fonctionné, d’autres porte-greffes vous permettront de mettre en place vos greffons.


Greffes sur boutures d’abricotier

Une fois les boutures d‘abricotier prêtes, la greffe peut être pratiquée. Plusieurs méthodes seront possibles : la greffe en incrustation ou en demi-fente au printemps, la greffe en chip-budding au moment du débourrement du porte-greffe ou bien en juillet-août, ou encore la greffe en écusson, également en été. Cette dernière est la plus recommandée.


Greffe

La greffe en écusson

Elle sera réalisée au cours de l’été, alors que la sève redescend, c’est pourquoi elle est dite “à œil dormant” (à opposer des greffes à œil poussant faites au printemps, durant la montée de sève). Cette technique de greffe est très simple, et donc largement recommandée aux débutants, mais comme elle donne de très bons résultats elle est couramment pratiquée par des greffeurs expérimentés. Réalisez des arrosages fréquents les 2 semaines précédant la greffe afin que les 2 sujets soient bien hydratés.

  1. La bouture de l’abricotier est décapitée à la hauteur voulue, une vingtaine de centimètres normalement.

  2. Nettoyez ensuite le porte-greffe de toute sa végétation.

  3. Vous allez entailler en T l’écorce de la bouture, juste sous la coupe (15 cm en-dessous, au maximum, sinon vous devrez décapiter à nouveau le PG lorsque le greffon aura démarré). En premier l’entaille horizontale de 2 cm, puis l’entaille verticale, de 4 cm environ. En terme de profondeur, enfoncez votre lame jusqu’à sentir le dur de l’aubier. Astuce : prévoyez que l’œil soit placé dos aux vents dominants, il sera ainsi bien protégé.

  4. Prélevez ensuite le greffon : sur un rameau de l’année de 20 cm de long, repérez un bel œil à bois (ils sont plus petits et pointus que les yeux à fleurs) au creux de l’aisselle d’une feuille. Récupérez cette portion.

  5. Vous allez ensuite prélever l’écusson lui-même : incisez l’écorce (et seulement l’écorce) à 1,5 cm de chaque côté de cet œil, et glissez ensuite votre lame sous une incision pour rejoindre la deuxième et séparer ainsi l’écusson du bois. Vérifiez que vous avez bien détaché l’écorce du bois, sinon ôtez délicatement toute trace de cet aubier.

  6. Supprimez la feuille en gardant son pétiole.

  7. Avec le plat de votre lame, soulevez un coin de l’écorce du porte-greffe et glissez l’écusson à l’intérieur, jusqu'au fond. Supprimez ce qui dépasse de l’entaille horizontale.

  8. Pressez les côtés de l’entaille avec vos pouces afin d’en expulser tout l’air.

  9. Ligaturez l’ensemble, en laissant bien sûr l’œil libre. Vous mastiquerez ensuite les plaies de la bouture porte-greffe et du greffon.

  10. Après une quinzaine de jours, le pétiole devrait jaunir puis tomber, vous signalant que la greffe est en bonne voie. La végétation va s’endormir, l’œil devrait se réactiver au printemps et donner une pousse. Vous supprimerez la ligature à ce moment là ou bien vous attendrez qu’elle soit semi-aoûtée, pour plus de sécurité.

La greffe en incrustation

Celle-ci sera réalisée au cours du printemps, entre mars et avril, elle est donc à œil poussant. Dans ce cas, le greffon n’est pas prélevé le jour de la greffe, il l’est en hiver, en pleine période de dormance des végétaux. Il est ensuite stocké au frais, au réfrigérateur ou bien dans une jauge de sable humide placée contre un mur exposé au nord.

  1. Étêtez éventuellement la bouture porte-greffe à une vingtaine de centimètres du sol puis supprimez rameaux et feuilles en-dessous du point de greffe. Pensez toujours à bien nettoyer la coupe.

  2. Réalisez une entaille en forme de triangle entre la coupe et le côté.

  3. Prélevez dans les rameaux à greffon une section avec 3 yeux. Supprimez les feuilles mais conservez les pétioles.

  4. Découpez la base du greffon en biseau triangulaire (2 côtés en biseau, 1 non taillé) correspondant à l’encoche dans le porte-greffe.

  5. Insérez le greffon dans cette encoche et ligaturez fermement.

  6. Mastiquez toutes les coupes de la bouture et du greffon.

  7. La reprise est marquée par la chute des pétioles. Lorsque les jeunes pousses du greffon mesurent 5 cm environ, vous pouvez ôter la ligature. Vous conserverez ensuite la plus belle de ces pousses, que vous tuteurerez à la verticale.

La greffe en chip-budding dormant

Encore une greffe à faire plutôt à œil dormant pour l’abricotier bien qu’elle puisse également se faire à œil poussant. Elle est d’ailleurs assez souple, permettant de greffer même en dehors des périodes habituelles.

  1. Ici vous ne décapiterez pas la bouture d’abricotier, mais vous supprimerez par contre toute la végétation qui pousse en-dessous du point de greffe.

  2. Prélevez un greffon d’un diamètre correspondant à celui du porte-greffe (la découpe du greffon sera plus facile).

  3. Choisissez une partie d’écorce bien plane pour y faire une encoche : tout d’abord une entaille de 2 à 3 mm vers le bas, d’un angle d’environ 60°, puis la même 3 cm plus haut mais cette fois laissez descendre la lame pour rejoindre le fond de la première entaille. Vous obtenez un morceau d’écorce que vous reporterez sur le greffon (autour d’un œil) afin de réaliser la même découpe.

  4. Placez le copeau du greffon sur l’encoche et ligaturez en laissant l’œil libre.

  5. Environ 6 semaines plus tard, vous pourrez ôter la ligature.

  6. Le porte-greffe sera décapité une fois que le greffon aura émis une belle pousse, pensez à mastiquer cette plaie.

La greffe à l’anglaise

Cette méthode peut être tentée avec l’abricotier. Elle sera réalisée au printemps, en avril. Certaines variétés sont plus faciles à réussir à cette période, comme ‘Bergeron’ ou ‘Pêche de Nancy’. Cette greffe nécessite que greffon et porte-greffe aient exactement le même diamètre à leur point de soudure. Le greffon est prélevé en hiver et conservé au frais, en jauge ou au réfrigérateur.

  • Réalisez une coupe en biais sur chaque sujet, à la base du greffon et en haut du porte-greffe étêté, l’angle doit être le même.

  • Posez le greffon sur le porte-greffe, l’ensemble doit être bien aligné et bien droit.

  • Ligaturez l’ensemble solidement en laissant les yeux libres.

  • Mastiquez la coupe du greffon.

Pour en savoir plus, lisez nos conseils sur la greffe de l'abricotier

Autres porte-greffes

Bien que l’avantage d’obtenir sans surcoût et facilement des boutures d’abricotier pour vos greffes soit très intéressant, utiliser un porte-greffe d’une autre espèce présente aussi de nombreux bénéfices. Cela vous permettra en effet de compenser certaines faiblesses de l’abricotier ou bien d’adapter sa culture à un sol qui ne lui convient pas. Le porte-greffe a une influence sur de nombreux points : la croissance et la vigueur de l’arbre, son ancrage au sol, sa productivité, sa longévité, même le goût et le calibre des abricots peuvent être améliorés grâce à un porte-greffe adapté. De plus, les maladies des arbres fruitiers étant courantes, les porte-greffes actuels sont sélectionnés pour être plus ou moins résistants à ces maladies. L’abricotier est très sensible à l’asphyxie des racines, il redoute donc les terres trop compactes et humides et se plaît en sols rocheux, chauds et secs. Le franc d’abricotier sera idéal en climat tempéré, il offre beaucoup de vigueur et une grande longévité pour les abricotiers de plein vent ou en demi-tiges. Sa mise à fruit est longue mais il est très productif. Le franc d’amandier est similaire, et le GF 677, qui est un hybride d’amandier et de pêcher, est moins sensible à l’humidité. Dans un sol peu drainé, froid et compact, la solution est d’offrir à l’abricotier un porte-greffe adapté à ce type de sol, notamment le prunier Saint-Julien ou le myrobolan. Attention car le myrobolan est incompatible avec quelques variétés d’abricotier, notamment le ‘Rouge du Roussillon’ ou le ‘Canino’. Ce porte-greffe a également le défaut d’être très drageonnant. Le prunier Mariana est plutôt adapté aux formes en demi-tiges. Moyennement rustique, il aime les sols humides et se bouture très facilement. Le prunier Brompton est un peu plus rustique et très vigoureux, par contre il est sensible aux viroses.

Pour en savoir plus, lisez notre article sur les porte-greffes de l'abricotier.

Autres méthodes pour multiplier l’abricotier

Le semis des noyaux

Peu de variétés d’abricotiers se reproduisent à l’identique suite à un semis. C’est pourtant le cas pour certaines variétés anciennes, notamment l’abricot d’Ampuis (syn. abricot de Hollande ou ‘Noyau doux’) et l’abricot Alberge. Pourtant le résultat obtenu peut être souvent assez proche avec par contre une maturité plus tardive et malheureusement une grande sensibilité à la cloque. Dans le cas d’un fruitier poussant sur ses propres racines, il faut quelques années pour avoir des fruits d’un abricotier obtenu par semis, 5 ans au minimum. Pour obtenir des porte-greffes viables, semez des noyaux de francs d’abricots. Ils seront tout d’abord stratifiés, dès le mois d’août, puis semés au début du printemps.


Les rejets

Également appelés drageons, les rejets sont normalement émis par le porte-greffe, donc en-dessous du point de greffe, au niveau des racines. Prélevés et replantés ils formeront donc à leur tour de très bons sujets pour y greffer des abricotiers. La récupération des rejets est assez facile : creusez tout autour de la tige jusqu’à ses racines, communes à l’abricotier qui l’a émise (enfin, son porte-greffe). Il vous suffira ensuite de séparer les racines au sécateur, en veillant à ne pas abîmer les fines radicelles. Vous en profiterez pour le greffer sur le moment s’il fait plus de 5 mm de diamètre, la méthode à l’anglaise compliquée est ici tout à fait judicieuse. Le greffon pourra être issu du même arbre, si celui-ci gagne à être reproduit, ou bien d’un autre abricotier. Plus petit, il sera planté en attendant le greffage, plus tard dans l’année.

Conclusion La bouture des arbres fruitiers n’est le plus souvent que le moyen d’obtenir des porte-greffes, car les résultats en tant qu’arbres fruitiers sont hétérogènes et souvent décevants. L’abricotier ne fait pas exception à la règle, et il est en plus difficile à bouturer, comme tous les Prunus, bien que certaines techniques puissent être couronnées de succès. Préférez bouturer les porte-greffes comme les pruniers myrobolans ou Mariana qui apporteront beaucoup à l’arbre fruitier : vigueur, adaptation en terres compactes et humides, rusticité, productivité. Vos abricotiers vous remercieront !