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De nombreux végétaux se multiplient grâce au bouturage, mais il est plus rare d’entendre parler de cette méthode pour les arbres fruitiers, et notamment pour le poirier. La raison en est que le résultat d’un bouturage peut être décevant, sans compter que le poirier est peu enclin à se laisser faire… Vous pouvez néanmoins vous essayer à l’exercice, et peut-être même obtenir de beaux résultats ! Il existe en effet diverses méthodes de bouturage, et si cela ne marche pas, vous pouvez également tenter d’autres types de multiplication. Quant aux sujets obtenus, vous en ferez soit directement des poiriers, soit des porte-greffe.
Bouturer un poirier
Bouturage des poiriers et autres fruitiers
La bouture, comme les autres modes de multiplication végétale, permet d’obtenir une copie du végétal bouturé. Cependant, il ne faut pas oublier que les arbres fruitiers sont pour la plupart greffés, et que le résultat est un mélange entre les caractéristiques du porte-greffe et celles du greffon. Le premier apporte sa vigueur, un bon ancrage au sol, sa compatibilité avec le terrain et/ou le climat, une résistance à telle ou telle maladie, et il peut également avoir une influence plus ou moins marquée sur la fructification. Le porte-greffe a donc un rôle non négligeable dans l’ensemble formé avec l’arbre fruitier qui y est greffé. En prélevant des boutures de poirier, il est certes possible d’obtenir un poirier, mais il est fort possible aussi qu’il soit de constitution trop faible, ou inadapté au sol sur lequel il est planté, que sa productivité soit faible ou encore qu’il produise des fruits de trop petit calibre. Un poirier obtenu par bouture a un système racinaire traçant, jamais pivotant. Sa vigueur et sa résistance à la sécheresse en seront donc également impactées. De plus, l’arbre sur propres racines* est souvent de haute taille (les porte-greffes ont généralement un effet nanifiant), donc la récolte en est difficile, et la mise à fruit est bien plus longue que lorsque le sujet est greffé. Les boutures sont donc généralement utilisées pour obtenir des porte-greffes.
Certains poiriers se bouturent mieux que d’autres :
Le poirier de Chine (Pyrus calleryana) : très bel arbre ornemental dont les fruits sont par contre peu intéressants, le poirier de Chine est très utilisé dans certains pays comme porte-greffe de poirier, notamment pour les variétés ‘Comice’ et ‘Bosc’. Un peu plus petit que le poirier commun, il est bien adapté aux sols humides ou sableux et secs et la mise à fruit est rapide. Les professionnels le reproduisent plutôt par semis car celui-ci est particulièrement facile, mais la bouture en est également très simple. Le poirier de Chine montre également une bonne résistance au chancre bactérien (notamment les variétés ‘Bradford’, ‘Capital’, ‘Chanticleer’), ce qui peut être intéressant pour les variétés de poirier trop sensibles.
‘William’s’ : cette variété est parmi la plus cultivée et consommée au monde. Certains pays (notamment l’Italie) préfèrent cultiver le poirier William’s sur ses propres racines pour une bonne vigueur et des calibres de fruits intéressants. ‘Conférence’, ‘Beurré Bosc’ sont également testés en auto-racines avec de bons résultats.
‘Alexandrine Douillard’ et ‘Old home’ peuvent également se bouturer pour procurer des porte-greffes.
Pyrus spinosa et Pyrus spinosa x Pyrus communis sont également de bons sujets à bouturer pour de futurs porte-greffes.
Un poirier se développant sur ses racines, sans être greffé, va nécessiter pour un bon développement certaines conditions de culture. Le poirier pousse spontanément en France, dans les terrains frais et profonds, suffisamment fertiles. Il apprécie le soleil et tolère bien mieux les froids hivernaux que les gels printaniers qui détruisent sa floraison.
*Sur propres racines ou SPR : se dit d’un arbre cultivé sur ses racines alors qu’il est habituellement greffé.
Méthodes de bouturage
Le poirier commun est difficile à bouturer, tout comme ses cultivars. Les boutures en pleine terre notamment ne fonctionnent pas. Pour plus de succès, préférez des rameaux de l’épaisseur d’un doigt et semi-aoûtés.
Boutures à l’étouffée
Coupez en 2 des bouteilles en plastique transparent et découpez des petites languettes tout autour de la partie supérieure, elles vous permettront ensuite de facilement insérer cette partie dans le partie inférieure. Réalisez un mélange en tant pour tant de tourbe, de sable et de terreau pour semis dont vous remplirez environ ¼ de la bouteille. Trempez la base de vos boutures dans de l'hormone d’enracinement, placez ensuite une bouture herbacée par bouteille et arrosez. Gardez vos bouteilles dans un environnement lumineux, avec une température allant de 18 à 30°. Vous pouvez contrôler l’humidité ambiante grâce au bouchon et la transparence du contenant vous permet de suivre le développement des racines.
Boutures semi-aoûtées
La bonne période pour ce bouturage de poirier se situe vers le début du mois de juin, lorsque ces tiges de l’année mesurent 20 à 25 cm. Vous prélèverez alors des rameaux pas encore lignifiés. Les petites feuilles situées à l’extrémité de ces boutures sont à conserver, ainsi que 2 ou 3 feuilles. Trempez la base des boutures dans de l’hormone de croissance. Elles seront ensuite installées dans un mélange humide d’¼ de sable pour ¾ de tourbe et placées à l’étouffée. La température idéale est de 18°.
Boutures de racines
Il n’y a pas que les rameaux qui peuvent se bouturer, les racines elles aussi en sont capables. Un poirier sauvage, ou du moins non greffé, peut être multiplié ainsi au cours de l’hiver. Creusez autour de l’arbre de manière à dégager une partie de son système racinaire. Prélevez alors quelques morceaux de racines assez épaisses en en préservant les radicelles et comblez aussitôt le trou réalisé. Découpez-les en tronçons et plantez-les immédiatement dans une caissette pourvue d’une couche drainante et emplie d’un terreau spécial boutures. Les boutures doivent être placées verticalement, en respectant le haut et le bas, le haut dépassant légèrement. Humidifiez de temps et temps. Le printemps devrait voir apparaître de fines petites pousses que vous repiquerez lorsqu’elles auront 2 vraies feuilles.
Greffer sur boutures de poirier
Réaliser ses propres porte-greffes demande certes un peu de travail mais est intéressant car cela apporte la maîtrise complète de la greffe. Il est en effet fréquent que le porte-greffe ne soit pas indiqué, ou qu’il ne soit pas utilisé par les professionnels d’où un manque d’informations. De plus, le cognassier, fréquemment utilisé comme porte-greffe du poirier, présente quelques inconvénients, notamment son inadaptation aux sols calcaires et la nécessité fréquente de greffer un intermédiaire entre le cognassier et certaines variétés de poirier, sinon incompatibles. Les sujets issus de ces boutures de poiriers seront utilisés comme porte-greffes.
Les méthodes de greffe réalisables pour le poirier sont les suivantes :
Les greffes à l’anglaise, en fente ou en incrustation en mars,
la greffe en couronne entre avril et mai,
la greffe en écusson en juillet et août.

Autres méthodes pour multiplier un poirier
Le semis des pépins
Le bouturage du poirier sauvage étant moyennement intéressant et assez difficile, il est préférable de le semer pour une plus grande longévité. Les arbres issus de semis sont appelés les “francs”. Ils semblent montrer de meilleures capacités à s’implanter dans un terrain et un climat locaux. Le semis de Pyrus communis est utile pour obtenir des porte-greffes très vigoureux, rustiques, malheureusement sensibles au chancre bactérien. Les semis de Pyrus calleryana donnent de bons sujets pour les porte-greffes de poiriers communs et de nashis.
Le marcottage
Le marcottage fonctionne un peu mieux que la bouture chez le poirier. Il est cependant assez rare d’avoir des branches aussi basses que nécessaires pour la marcotte au sol. La plus commune va donc être pour le poirier la marcotte aérienne, que vous pouvez réaliser juste à la fin de l’hiver : sélectionnez un morceau de tige pourvu d’un œil à bois que vous allez enfermer dans du terreau ou de la sciure humide grâce à un sac en plastique resserré au 2 extrémités. L’émission de racines viables va prendre au minimum 2 mois.
Utiliser les rejets
Ce que certains appellent bouturage des rejets de poirier n’en est pas un, en effet le rejet est déjà pourvu de racines, il va juste être séparé de son pied mère pour devenir autonome. Par contre attention, les rejets partent en-dessous du point de greffe, ce sont donc des rejets du porte-greffe et non ceux du poirier greffé dessus ! Les rejets d’un poirier commun porte-greffe vont se montrer plus résistants que des boutures. Il est par contre important de déterrer le système racinaire de l'arbre et de ne pas abîmer les radicelles lors du prélèvement.
Conclusion Bien que peu facile à réussir, le bouturage du poirier offre de nombreux avantages : il permet d’obtenir de nombreux porte-greffes dont vous maîtrisez la provenance ; vous pourrez également cultiver des poiriers sur leurs propres racines qui vivront plus longtemps et qui contribueront à enrichir la biodiversité. Et comme les méthodes pour multiplier un poirier sont variées, amusez-vous à toutes les tester et à comparer les résultats. Ceux-ci pourraient d’ailleurs vous surprendre, de très beaux et bons arbres fruitiers naissent de cette manière et apportent beaucoup de fierté à leur propriétaire/créateur !
