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Comment lutter de manière biologique contre les araignées rouges ? Ces petits acariens connus également sous le nom de tétranyques, sont de féroces ravageurs de plantes potagères et ornementales. Ils peuvent y infliger des dégâts irréparables, mais heureusement ils ont quelques prédateurs tout aussi féroces qu’eux-mêmes ! Quelques lâchers de ces coccinelles, punaises, chrysopes, cécidomyies ou acariens vous permettront de lutter contre ces nuisibles sans nuire !
Qui sont les araignées rouges ?
Description des araignées rouges
Ce sont en fait des acariens, des tétranyques tisserands, Tetranychus urticae, ou d’autres membres de la même famille. Les tétranyques font néanmoins partie de la famille des Arachnides. Le tétranyque tisserand est une espèce dite polyphage, c’est-à-dire qu’elle s’attaque à un très grand nombre de végétaux, dont notamment au potager : tomates, aubergines, courgettes, concombres, fraises, haricots, melons, ... Il est aussi un ravageur important parmi les plantes ornementales (80% des espèces seraient touchées), en particulier les rosiers, les lauriers-roses et les orangers du Mexique. On le trouve aussi sur les arbres fruitiers, la vigne, certains arbres. Les adultes mesurent 0.5 à 0.6 mm et présentent un corps ovoïde marqué généralement d’une tache noire de chaque côté. On les appelle pour cette raison “tétranyques à deux points”. Comme tout arachnide, ils possèdent 4 paires de pattes mais la larve n’en a que 3. Leur teinte varie du jaune clair au rouge en passant par l'orange et le vert (cette teinte varie souvent selon leur plante hôte). À l’automne, les tétranyques tisserands vont hiberner, ils prennent alors une couleur orange sans taches. La femelle peut pondre une dizaine d’œufs par jour, qui sont tout d’abord translucides et blanchâtres, puis jaune nacré. Leur développement après éclosion est très rapide, surtout lorsque la température se situe entre 20 et 30°. Il peut y avoir jusqu’à 7 générations en un été. Lorsque l’été est fini, les femelles fécondées entrent en diapause (hibernation) et se mettent à l’abri.
Comment les repérer ?
Les tétranyques se nourrissent des végétaux en piquant les tissus puis en suçant le contenu des cellules végétales. Le processus de photosynthèse est ralenti, et donc la production de chlorophylle. On peut repérer de très petites taches sur et sous les feuilles, qui deviennent peu à peu jaunâtres ou blanches et peuvent totalement se dessécher, puis sur les tiges et même sur les fleurs ou les fruits. On peut voir également des toiles soyeuses sur les végétaux qu’ils parasitent (d’où son nom de tisserand) lorsque l’infestation est importante. Ces toiles leur servent aussi bien à se déplacer qu’à se protéger, notamment contre les traitements et contre leurs prédateurs. Elles peuvent enrayer la croissance du végétal attaqué lorsque l’attaque est importante, ce qui peut arriver sous abri. La plante peut également mourir.
Quel est leur environnement ?
Les araignées rouges ont besoin d’un environnement chaud et sec, au minimum 12°, et sont attirés par les végétaux bien fertilisés et taillés. Les conditions optimales pour leur développement : entre 23 et 30°, - de 50% d’hygrométrie. Elles sont transportées sur d’autres végétaux par l’homme, les outils, par le vent ou bien elles peuvent se déplacer elles-mêmes sur le sol (sur de courtes distances) ou les supports de culture. Les fils de leurs toiles leur servent également pour être mobiles. Elles sont particulièrement présentes sous abri : serres, vérandas où elles trouvent l’atmosphère sèche et chaude qu’elles aiment. Les intérieurs, particulièrement en hiver avec les systèmes de chauffage, sont très attractifs. Durant l’été on les trouve à l’extérieur si les conditions leur conviennent.
D’autres acariens phytophages
L’acarien rouge des pommiers, Panonychus ulmi : on le trouve principalement sur les arbres fruitiers et la vigne. Les feuilles infestées se crispent ou prennent une teinte plombée.
Le tétranyque de la vigne, Eotetranychus carpini : cet acarien est jaune avec des taches sombres sur les 2 côtés. Il entraîne des taches rouges sur les feuilles.
L’acarien des agrumes, Panonychus citri : rouge sombre, il décolore les feuilles de son hôte.
L’acarien de l’érinose de la vigne, Colomerus vitis : les feuilles montrent des galles boursouflées ainsi qu’un feutrage blanc sur l’envers. Cet acarien est invisible à l’œil nu.
Quels sont les moyens de lutte biologique contre les araignées rouges ?
Sous abri, il peut être procédé à des lâchers d’insectes auxiliaires. À l’extérieur, on peut déposer des œufs ou des larves de prédateurs auprès des colonies, mais pour les années suivantes, la conservation des auxiliaires par des plantes hôtes est conseillée.
Lutte biologique contre les araignées rouges grâce aux acariens
Les acariens ne sont pas tous phytophages (se nourrissant de végétaux), nombre d’entre eux sont polyphages et consomment entre autre d’autres acariens. Ces acariens prédateurs sont caractérisés par de longues pattes qui les rendent beaucoup plus rapides que leurs proies. Ils se développement également plus vite.
Phytoseiulus persimilis
C’est le principal auxiliaire utilisé sous abri contre le tétranyque tisserand, qui mange 5 adultes par jour ou une vingtaine d’œufs. Seuls les adultes consomment les tétranyques à tous les stades, les nymphes consomment seulement les œufs et les nymphes. Les femelles pondent systématiquement à proximité d’une colonie d’araignées rouges. Leurs œufs sont orangés et 2 fois plus gros que les œufs de la proie. Cet acarien se révèle très efficace contre les tétranyques, car il s’attaque à tous les stades de développement du phytophage. Par contre comme il s’agit de sa seule proie, il disparaît dès qu’il n’y a plus de tétranyques, il est donc nécessaire de l’introduire à chaque nouvelle infestation. Autre limite à son efficacité, la température : au-delà de 30° et en atmosphère sèche il n’est plus actif. Ses conditions idéales : entre 15 et 25°. L’acarien prédateur se vend mélangé à de la vermiculite, de la sciure ou bien sur des feuilles de végétaux. Il faut placer plusieurs adultes sur chaque feuille infestée, notamment chez la tomate dont les poils foliaires leur rendent le déplacement compliqué, on peut compter un besoin de 5 à 20 Phytoseiulus par m². Sur les autres végétaux par contre il se déplace facilement, se dispersant pour trouver de nouvelles colonies.
Neoseiulus californicus
Se nourrissant principalement de tétranyques mais aussi d’autres nuisibles, cet acarien (syn. Amblyseius Californicus) peut se rabattre sur le pollen lorsque sa principale nourriture est absente. Il a besoin de chaleur et il supporte très bien les températures supérieures à 30° mais aussi les températures plus basses (il est actif de 10 à 33°). Il a également besoin d’humidité pour se développer, donc son travail sera facilité par des brumisations sur les végétaux atteints mais il tolère bien la sécheresse. Il sera déposé sur des végétaux peu infestés pour plus d’efficacité, dans le potager (aubergine, concombre, melon, courgette, haricot), les petits fruitiers ou les massifs ornementaux. Les femelles consomment des araignées rouges à tous les stades de développement, les lymphes préfèrent les œufs, les larves et les nymphes, alors que les larves s’attaquent aux œufs. Il y a autorégulation de l’espèce en fonction de la nourriture disponible : les pontes sont moins nombreuses lorsque la nourriture n’est pas en quantité suffisante ou lorsque les femelles se nourrissent de pollen.
À savoir : il est assez courant d’associer les 2 prédateurs. Neoseiulus californicus est implanté aux premiers signes d’infestation, puisqu’il peut se nourrir dans tous les cas. Phytoseiulus persimilis, lui, est introduit lorsque les foyers sont importants, dans lesquels il peut faire beaucoup de dégâts.
Lutte biologique contre les araignées rouges grâce aux insectes
Les coccinelles
Les Stethorus punctillum sont des petites coccinelles noires, appelées coccinelles à tête d’épingle, dont les larves surtout dévorent un grand nombre de tétranyques (plus de 200 par larve). Les adultes soient aussi des prédateurs (10 adultes et 50 à 100 œufs par jour). Ces petits coléoptères sont communs sur les végétaux de la famille des Rosacées, ainsi que sur les arbres fruitiers et les petits fruitiers comme les fraisiers. Elles seront employées autant sous abri qu’à l’extérieur et tolèrent la sécheresse et une température jusqu’à 35°. Plus la température est élevée, plus elle pond et plus elle mange. Le fait qu’elles volent leur permette de facilement repérer les colonies et de se déplacer de l’une à l’autre, mais par contre elles seront inefficaces parmi les poils collants des tomates. Ce sont les œufs que l’on dépose auprès des colonies de tétranyques, selon la gravité de l’attaque entre 0.5 et 100 par m².
Les cécidomyies
Les Feltiella acarisuga sont des cécidomyies minuscules apparaissant spontanément sur les végétaux infestés d’araignées rouges, notamment : tomate, concombre, poivron, rosier. Les larves s’attaquent à tous les stades de ces ravageurs et peuvent consommer 80 œufs ou 30 adultes par jour. L’efficacité de ces cécidomyies tient à une très bonne détection de leur proie. Les femelles déposent leurs œufs auprès des tétranyques pour que les larves s’en nourrissent, auprès d’une importante colonie. Autre avantage, elles ne sont pas gênées par les feuilles et tiges velues des tomates. Elles sont actives entre 20 et 27° et ont besoin d’une bonne humidité. Elles seront déposées à raison de 0.05 à 0.01 individu par m² en prévention, jusqu’à 10 lorsque l'infestation est importante. Une interaction avec les acariens Phytoseiulus persimilis est conseillée.
Les punaises
Macrolophus caliginosus ou Macrolophus pygmaeus : larves et adultes sont des prédateurs polyphages, communément utilisés pour lutter contre les aleurodes, acariens, thrips et autres ravageurs. Contre les araignées rouges, elles sont employées en complément d’un autre auxiliaire. Cette punaise pond, selon la température, entre 100 et 250 œufs. Les larves se développent durant 20 à 110 jours, également en fonction de la température. Ce développement stoppe à une température inférieure à 10° et supérieure à 40. Elle est notamment associée aux aubergines et aux tomates. Cette punaise se lâche sous abri, en prévention, si vous avez repéré des femelles tétranyques orangé à la fin de l’été ou si vous avez eu des infestations. Il faut prévoir de 1 à 5 punaises par m2 et effectuer le lâcher soit le matin tôt soit le soir, lorsque la température n’est pas trop élevée. Elles peuvent être livrées avec des œufs de papillons qui constitueront leur garde-manger le temps que les ravageurs se manifestent. En curation, les apports seront de 250 à 500 individus par m².
Les chrysopes
Chrysoperla carnea est une chrysope commune phytophage, redoutable pour les pucerons mais aussi pour les tétranyques et autres petits nuisibles à l’air libre comme sous abri. Cette chrysope vert clair régule sa fécondité selon la quantité de nourriture disponible. Elle peut donner naissance à 2 ou 3 générations en fonction du climat. Les adultes entrent en diapause en automne. Elle est utilisée principalement sur les arbres et les plantes ornementales. Leur température minimale d’action est de 15°, jusqu’à 25°. Ce sont les larves qui sont des prédateurs, notamment au stade 3. Prévoir 10 œufs par m².
Autres moyens de lutte biologique
Les acariens font partie du menu de nombreux insectes et autres invertébrés. Pour attirer ces auxiliaires, aussi bien les principaux prédateurs que les occasionnels, un environnement riche en espèces végétales variées est important. Les prédateurs introduits par lâcher, eux, seront invités à rester grâce à de nombreuses plantes hôtes. Cette méthode est appelée en agroécologie “lutte biologique par conservation”. Installez dans votre jardin : angélique, aster, tanaisie, volubilis, pélargonium, alysse, calendula, molène, légumineuses, bourrache, capucine, volubilis, aneth, angélique, carotte sauvage, coriandre, fenouil, achillée millefeuille, camomille, chrysanthème des moissons, centaurée, marguerite, souci.
Astuces :
Les tétranyques aiment la chaleur et la sécheresse : l’arrosage par brumisation/aspersion est rédhibitoire à leur installation.
Pour les plantes d’intérieur : on évite de les placer à proximité des radiateurs.
Afin de détecter au plus tôt leur apparition au potager ou en serre, on sème des plantes pièges, en l'occurrence des haricots.
La fertilisation azotée doit être raisonnée, trop d’azote attire les ravageurs sur les végétaux.
La mise en place de haies est cruciale, notamment cici pour les coccinelles et les chrysopes.
Les prairies fleuries et autres mélanges variés, les jachères, sont des refuges pour les auxiliaires. Elles constituent également des ressources alimentaires pour les chrysopes et les cécidomyies qui se nourrissent de nectar une fois adultes. Les punaises et les coccinelles, elles, y trouveront des proies de substitution en cas de raréfaction des tétranyques.
Conclusion
Chercher dans la nature les prédateurs naturels des ravageurs qui endommagent les plantations pour les combattre est une idée à la fois évidente et efficace. Ces prédateurs, introduits parmi d’autres dans l’environnement du jardin ou du potager, suffiront à maintenir un équilibre satisfaisant du nombre des ravageurs, sans faire courir de risque à l’environnement ni à la santé.
