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Les canicules et les longues périodes de sécheresse deviennent de plus en plus fréquentes et les potagers peuvent devenir lourds à gérer en terme d’arrosage. Qu’en est-il des méthodes de culture de la tomate sans eau ? Sont-elles réellement appliquées et applicables dans des potagers ou chez de simples maraîchers ? Petit tour d’horizon de cette pratique fort intéressante !
La culture de la tomate sans eau en pratique
Un besoin financier, pratique et/ou environnemental d’économiser l’eau a poussé des maraîchers à cultiver tomates et autres légumes sans arrosage ni irrigation. Les 2 exemples ci-dessous sont loin d’être les seuls à expérimenter, et à valider, ce type de culture !
Attention, il ne s’agit pas réellement d’une culture sans eau : l’eau est indispensable à la vie, donc une tomate qui pousse sans eau, cela n’existe pas. Il faut comprendre une tomate sans eau supplémentaire, c’est-à-dire sans arrosage. La tomate “sans eau” va profiter des précipitations puis aller récupérer dans le sol (qui doit être suffisamment riche et bien couvert pour sa rétention et une évaporation limitée) l’eau nécessaire à sa survie grâce à un système racinaire vigoureux et profond. En effet, la terre conserve de l’eau en profondeur, notamment les terres argileuses. Déjà habitué à manquer, le plant de tomate va diriger toutes ses ressources vers l’unique but qui est de se reproduire et donc de faire des fruits.
Selon Pascal Poot dans l'Hérault
C’est près de Béziers et du beau lac du Salagou que sévit ce maraîcher et producteur de semences, installé depuis 2008 et propriétaire de 30 hectares (donc 7 à 10 sont occupés par le maraîchage) dans cette région où la chaleur et la sécheresse sévissent les ¾ de l’année.
Il y cultive un très grand nombre de variétés anciennes de légumes, dont une grosse proportion de tomates. Depuis son installation, il ne réalise aucun traitement, mais encore plus incroyable, quasiment aucun arrosage à partir du moment où ses plants sont en terre. Il plante ses tomates à peine germées et ne s’en occupe plus du tout jusqu'à la récolte, elles ne bénéficient même pas de tuteurs ! Certes ses plants ne sont pas grands, beaux et verts, le manque d’eau se fait ressentir sur le feuillage. Par contre les fruits, eux, sont bien présents...
Il a en fait posé son travail sur une adaptation des graines, les récoltant d’année en année. Il avait déjà commencé ce travail de longue haleine dans une autre exploitation dans le Lot, un département sujet à de grands froids en hiver comme à des chaleurs très sèches en été.
Il table cette sélection sur une sorte de mémoire des plantes : des modifications épigénétiques qui leur permettent de s’adapter à leurs besoins et à l’environnement.
Le saviez-vous ?
Chez tous les êtres vivants, chaque cellule n’utilise pas tous les gènes de son ADN, sinon elles seraient toutes identiques et auraient la même finalité. Un grand nombre de ces gènes sont actifs, tandis que d’autres sont inactifs car le besoin ne s’en fait pas sentir. Et si le besoin réapparaît, le gène va être réactivé, car ces modifications sont réversibles ; elles sont de plus transmises lors de la reproduction. Revenons à nos tomates. Une tomate vit depuis des générations arrosée régulièrement. Le gène de la résistance à la sécheresse est désactivé. Tout d’un coup, plus d’eau, le gène va être réactivé, et les plants issus de ses graines garderont ce gène actif (tant que ce sera nécessaire), ils seront donc plus résistants à la sécheresse.
Selon Thierry Belsack dans le Puy de Dôme
Ce maraîcher, propriétaire du Potager d’antan sur la commune de Choupeyre, a développé une technique qu’il a appelé “fanéoculture” (nom déposé). Cette technique consiste à entasser à la fin de la saison, une fois les cultures terminées, du foin, des déchets verts et des déchets de bois sur ses planches potagères. Il ne travaille jamais son sol et cette couche protectrice enrichit la terre, maintient une humidité bienfaitrice et contribue à maintenir la biodiversité grâce à tous les insectes et micro-organismes qui y vivent. Il installe ses plants de tomates et autres légumes directement sur le sol après avoir écarté la couche végétale et ne les arrose jamais. Les seules étapes où l’eau est utilisée : les semis et la mise en place.
Est-ce que ça marche ? Eh bien oui, puisque c’est son moyen de subsistance. Il a même obtenu 2 labels régionaux pour ses résultats : “Saveurs du Livradois” et “De nos fermes 63”.
Il fait lui-même ses propres semences et trouve également de nombreuses variétés anciennes ou rares tout autour du monde.

Et comment la cultiver chez soi sans eau ?
N’espérez pas tout de suite dans votre jardin cesser totalement d’arroser vos tomates et avoir de bonnes récoltes au cours de l’été. Il va vous falloir un minimum de préparation. Mais déjà l’an prochain votre production devrait être plus importante !
Faites vos graines
Pour obtenir à partir de n’importe quelle variété de tomate de votre choix une variété adaptée à votre sol et au climat, ainsi qu’à une vie sans eau (supplémentaire, donc), c’est tout simple :
Cultivez la variété choisie (pas des hybrides F1, vous ne parviendrez pas à les reproduire).
Gardez 1 ou 2 pieds pour les graines : pas d’arrosage, pas de traitement. Laissez les tomates sur le pied jusqu’au dernier moment puis récoltez-les.
Récupérez les graines et mettez-les dans un petit récipient pour laisser fermenter la gélatine qui les entoure et qui empêche la germination dans le fruit.
Après quelques heures (entre 6 et 24), séparez les graines de cette gélatine puis rincez les.
Faites-les sécher.
Enrichissez et couvrez votre sol
Un sol pauvre et trop drainant va laisser fuiter l’eau jusqu’aux nappes phréatiques. Un sol qui retient l’eau est riche. Compost, fumier, déchets verts, foin, vont protéger le sol du dessèchement, du croûtage, ils vont également protéger toute la vie qui peut être présente sur et sous la surface du sol. Vos planches seront plus meubles, et aussi plus humides !
Semez et plantez vos tomates

Semez vos graines comme vous le faites habituellement et gardez le terreau humide le temps de la levée, puis frais jusqu'à la plantation (le semis de la tomate sans eau est plus délicat, à tenter directement en terre ?).
Plantez vos tomates profondément, pour qu’elles disposent d’une masse racinaire importante. Faites-le également assez tôt dans la saison, à une période où la chaleur n’est pas encore installée et où le sol n’est pas encore sec en profondeur. Arrosez copieusement lors de la plantation, pour que la terre adhère bien aux racines (les bulles d’air sont néfastes pour la reprise), et laissez vos tomates pousser. Ne vous alarmez pas si elles ont piteuse mine, vous pouvez cependant leur accorder un arrosage copieux en cas de longue sécheresse couplée. Et bien sur, à la fin de la saison, récupérez les graines.
Votre récolte sera certainement encore assez légère, vous pouvez réserver quand même quelques plants que vous traiterez “normalement” pour votre consommation !
Conclusion Malgré les hauts cris de certains jardiniers quant à l’hérésie de ne pas arroser les tomates, il semble que, sans pour autant croire tout ce qui est dit, cette méthode ne soit pas à jeter aux orties et puisse donner de bons résultats. Le mieux à faire, c’est de tester soi-même, car chaque environnement de culture est différent, et aussi d’être patient car les plantes ne peuvent pas s’habituer au manque d’eau du jour au lendemain !.
