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Le poirier se greffe assez facilement et plusieurs types de greffes sont possibles, vous laissant libre choix selon vos habitudes et compétences. Le choix du porte-greffe est plus épineux, d’autant plus que le poirier est ici moins simple, ne tolérant réellement que peu d’essences. Il faut donc bien comparer ces divers supports afin d’obtenir les meilleurs résultats de développement, de résistance, sans oublier bien sûr la qualité et la quantité des fruits !
Quelles greffes pour le poirier ?
La meilleure période de greffe pour un arbre fruitier comme le poirier se situe entre la fin de l’hiver et le début du printemps. Les bourgeons doivent être déjà visibles, sans pour autant être trop avancés, et les feuilles pas encore sorties. Les greffons sont souvent prélevés en janvier, hors période de gel. Ils sont ensuite stockés dans une jauge de sable installée contre un mur exposé au nord ou bien au réfrigérateur, le principal étant qu’ils ne se dessèchent ni ne se développent. Les greffons peuvent aussi être prélevés au moment même de la greffe. Voici les techniques les plus couramment employées pour greffer cet arbre fruitier. La greffe à l’écusson est également envisageable mais bien moins employée.
La greffe en couronne
Elle est très pratiquée par les débutants car elle ne demande pas la précision d’ajustement des cambiums que requièrent les autres méthodes. La greffe en couronne se réalise fin avril, à cette période le porte-greffe a bien démarré, émettant feuilles et tiges. Son diamètre est de 10 à 15 mm. Pour favoriser la présence de sève, des arrosages réguliers du PG auront eu lieu depuis 2 semaines. Les greffons de 2 à 4 mm de diamètre, issus de rameaux d’1 an, ont été prélevés en fin d’hiver et stockés au froid.
Étêtez le PG à 20 cm du sol et débarrassez-le de sa végétation.
Taillez la base du greffon en biseau, la coupe étant à l’opposé d’un bourgeon (celui qui est placé le plus près de la base).
Ôtez ensuite une bande d’écorce sur le côté du biseau.
Réalisez une entaille verticale sur le PG à partir de la coupe, entaille de la même longueur que le biseau du greffon.
Décollez l’écorce le long de l’entaille, sur un seul côté. Attention, le côté du biseau sans écorce du greffon sera collé à l’écorce non décollée du PG.
Insérez le greffon en collant bien les 2 parties à assembler (point 5).
Ligaturez puis mastiquez les coupes du greffon et du PG.
2 semaines plus tard environ, vous devriez voir des bourgeons commencer à se développer sur le greffon.
La greffe à l’anglaise compliquée
Contrairement à ce qu’indique son nom, cette méthode de greffe est tout à fait simple à réaliser, rapide à exécuter et donne de très bons résultats. Elle peut se faire du mois de février jusqu’au moment de la floraison. Les greffons sont récoltés juste avant la greffe et un des grands avantages de cette méthode est que, les 2 éléments étant au même stade, la réussite ou l’échec de la greffe sont rapidement visibles. Le porte-greffe n’est pas planté, il ne le sera qu’après l’opération, et du coup la greffe peut se pratiquer à l’intérieur.
Réaliser une entaille verticale en V dans le greffon, au niveau de la coupe de la partie inférieure.
Découpez le haut du greffon en V inversé, de façon à ce qu’il s’insère dans le greffon.
Fixez avec du ruban adhésif (ou tout autre matériau de ligature).
Mastiquez la coupe supérieure du greffon.
Plantez immédiatement.
Un mois plus tard, la reprise doit être déjà avancée avec quelques bourgeons qui pointent.
La greffe en fente
Attention, ce type de greffe n’est pas compatible avec le cognassier car trop traumatisante, et elle l’est de toute façon, entraînant la plupart du temps des bourrelets importants au niveau du point de greffe. Cette greffe en fente se réalise en fin d’hiver, les greffons issus de rameaux d’1 an ont déjà été prélevés et sont encore en dormance tandis que le PG se réveille.
Étêtez le porte-greffe puis fendez-le.
Prévoyez des greffons possédant 2 à 3 yeux. Réalisez à leur base 2 entailles biseautées, de chaque côté, sous l’œil situé le plus bas.
Écartez la fente du PG et insérez le greffon de façon à ce que le cambium de chacun coïncide avec l’autre.
Ligaturez l’ensemble puis mastiquez toutes les coupes.
La reprise du greffon devrait être visible sous environ 3 semaines.

Choisir un porte-greffe
Le porte-greffe est une partie déterminante de l’arbre fruitier car ses caractéristiques se mêlent à celles du greffon afin de le renforcer et de compenser ses faiblesses. Ainsi, le porte-greffe d’un fruitier comme le poirier va lui permettre de s’installer dans un sol plus sec ou calcaire, il va lui donner une résistance contre les maladies les plus susceptibles de se produire dans son environnement, il va également lui apporter plus ou moins de vigueur, selon que vous souhaitez un arbre en espalier ou en plein vent. Le porte-greffe joue également un rôle non négligeable dans la productivité du fruitier, dans la taille du fruit, sa texture et même ses qualités organoleptiques. Pour associer porte-greffe et greffon, il faut toujours écouter le dicton “on greffe pépins sur pépins ou noyaux sur noyaux” ! Mais outre cette caractéristique pépins/noyaux, c’est la famille du greffon et du porte-greffe qui doit être compatible. Par exemple, on ne greffe pas le poirier sur le prunier, la greffe du pommier sur le poirier ne se fait pas non plus.
Des porte-greffes “naturels”
Plusieurs essences sauvages peuvent être utilisées comme porte-greffe pour le poirier comme l’aubépine ou le néflier, faciles à trouver dans la nature et donc gratuites. Le poirier sauvage est aussi un porte-greffe courant pour les poiriers. L’utilisation d’intermédiaires peut compenser des résultats parfois moyennement satisfaisants mais les intermédiaires sont également nécessaires avec nombre de porte-greffes courants.
La greffe sur l’aubépine
L’aubépine blanche permet de cultiver des poiriers sur terrain très calcaire. L’aubépine a un fort effet nanifiant sur le poirier, elle a d’ailleurs été utilisée pour des poiriers en pot ou palissés, par contre c’est un porte-greffe particulièrement robuste. La pousse du poirier y est cependant hétérogène, un intermédiaire peut être utile pour un développement plus harmonieux et équilibré. La reprise peut aussi être un peu capricieuse et la productivité du fruitier de durée relativement courte. La mise à fruit est assez lente. Préférez un porte-greffe de petit diamètre, pas plus d’1 cm. Une méthode qui réussit bien est le greffage à œil dormant sur une aubépine également en dormance. Des variétés de poirier qui prennent bien sur l’aubépine : ‘Delbard gourmande’, ‘Passe-Crassane’, ‘Doyenne de Comice’, ‘Beurré le brun’. Par contre ‘Conférence’ et ‘Comtesse de Paris’, de même que ’William’s’ semblent être incompatibles avec l’aubépine, même si cela ne se manifeste pas tout de suite. Si l’arbre prend, le porte-greffe va rester plus petit (au niveau du tronc) que le greffon et la ramification de l’arbre est faible. Pour résoudre ce problème, il est nécessaire de greffer un intermédiaire, par exemple ‘Curé’ avec ‘William’s’. Attention par contre à la sensibilité au feu bactérien de ce porte-greffe.
Autres essences
La greffe sur le poirier de Chine : bien que peu utilisé en France à cet usage, Pyrus calleryana sert ailleurs de porte-greffe pour les poiriers communs (et le nashi). Il faut cependant faire attention au cultivar sélectionné afin que celui-ci soit résistant au feu bactérien.
La greffe sur le néflier du Japon : le néflier du Japon, Eriobotrya japonica, est un porte-greffe idéal pour un sujet de vigueur moyenne, avec lequel vous pourrez palisser vos fruitiers. Vous l’utiliserez en climat chaud mais il est suffisamment rustique. Sa mise à fruit est assez lente.
La greffe sur le sorbier : porte-greffe peu utilisé chez les professionnels. Il tolère très bien les sols sablonneux et la faiblesse du porte-greffe (tronc plus petit que celui du greffon) peut être renforcée par la conservation de 2 ou 3 rameaux du PG durant les 2 ou 3 premières années.
La greffe sur le cormier : comme avec l’aubépine, le cormier peut être utilisé comme porte-greffe mais il donne un arbre fruitier de faible longévité. Il sera adapté à des poiriers de plein vent et semble apporter une productivité importante. Il tolère les sols les plus pauvres et résiste très bien à la sécheresse et à la chaleur.
Acheter des porte-greffes
Les porte-greffes les plus utilisés restent cependant le cognassier et les francs de poiriers, ainsi que des poiriers sélectionnés pour être des porte-greffes (on distingue les francs des autres PG de même espèce car les premiers sont issus de semis alors que les autres sont les fruits d’une multiplication végétale).
Le cognassier
Les cognassiers porte-greffes pour poirier sont nombreux car, étant très souvent choisis pour ce fruitier, ils ont fait l’objet de recherches et de sélections variées pour des améliorations. Le cognassier est intéressant car il est assez nanifiant tout en offrant une mise à fruit rapide et de meilleures qualités gustatives et aromatiques. De vigueur moyenne, il portera des poiriers palissés, voire demi-tige pour les plus vigoureux. Le cognassier comme porte-greffe pour le ‘William’s’ et quelques autres variétés pose par contre des problèmes d’incompatibilité. Cela oblige à placer un intermédiaire compatible à la fois avec ‘William’s’ et avec la variété à greffer. L’intermédiaire le plus couramment utilisé est ‘Doyenné du Comice’. Il se plaît généralement en sol frais, pas trop drainant, fertiles.
Le cognassier A : issu du cognassier d’Angers, il a une vigueur assez faible qui autorise toutes les petites formes palissées et sa mise à fruit est très rapide, avec une bonne influence sur la taille des fruits et leurs qualités organoleptiques. Cette variante améliore l’incompatibilité avec ‘William’s’. Il se plaira dans des terres limoneuses non calcaires et il est peu rustique. Il est sensible à la sécheresse, à l’asphyxie des racines, au feu bactérien.
Le cognassier C : grâce à sa faible vigueur, vous pourrez cultiver des poiriers en pot. Sa mise à fruit est très rapide et il est assez rustique. Sensible au feu bactérien.
Le porte greffe Ba 29 : c’est un des meilleurs porte-greffe pour poirier en terme de rendement. Il est de vigueur moyenne, tolère les terrains secs même s’ils sont calcaires et résiste aux viroses. Sa mise à fruit est rapide.
Le cognassier de Provence : aime les terrains secs voire légèrement calcaires, peu rustique. Il donne une bonne productivité et sa mise à fruit est rapide. Il est sensible au feu bactérien.
Le cognassier porte-greffe Adam’s : donne une floraison régulière, une grande vigueur et une bonne cicatrisation.
Les francs
Les francs de poiriers, porte-greffes obtenus par semis, apportent une grande vigueur et robustesse à l'arbre fruitier. Ils sont de plus bien résistants aux viroses. Ces PG seront parfaits pour des poiriers de plein vent, demi-tige ou fuseau.
Le franc de poirier comme porte-greffe : le franc de poirier commun apprécie les terrains profonds, fertiles et sans excès de calcaire, plutôt secs que trop humides. Très vigoureux, il offre au fruitier une très longue longévité et une bonne productivité, par contre sa mise à fruit est lente, environ 7 ou 8 ans. Il est peu sensible au pourridié mais résiste mal au chancre de l’écorce et il peut être victime du puceron des racines.
Le franc de poirier ‘Kirchensaller-mostbirne’ est très utilisé comme porte-greffe. Il est en effet très rustique et compatible avec toutes les variétés de cet arbre fruitier. Contrairement au franc de poirier commun, il est facile d’obtenir de nombreux sujets porte-greffes par semis et il tolère bien les sols calcaires.
OHF : de moyenne à forte vigueur, il vous permettra d’obtenir aussi bien des poiriers de plein vent que des demi-tiges ou des fuseaux. Rustique, il supporte bien les sols calcaires. De mise à fruit très rapide, il ne montre aucune incompatibilité et il donne une bonne productivité. Il est peu sensible au feu bactérien.
Les poiriers

Le Pyriam ou OH 11 : de vigueur moyenne ce porte-greffe est adapté aux poiriers en espalier et autres formes palissées. Il tolère bien les sols calcaires. Sa mise à fruit est rapide mais il donne des fruits un peu plus petits que Ba 29. Peu sensible au feu bactérien. Bonne compatibilité et productivité importante.
Le porte greffe de Farold 87 : une bonne alternative au cognassier. Bonne compatibilité, mise à fruit rapide et bonnes résistances aux maladies : feu bactérien, chlorose.
Conclusion Le poirier est assez exigeant en terme de sol, l’utilisation d’un porte-greffe est de ce fait très utile. Le porte-greffe va également permettre de récolter les poires plus facilement en réduisant quelque peu la taille de cet arbre plutôt grand à l’état sauvage et, bien choisi, il augmentera la résistance du poirier au feu bactérien, maladie fatale et courante chez les poiriers.
