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La greffe du prunier permet de conserver toutes les propriétés de l’arbre qui a donné le greffon. Certes, délicate et demandant de la précision, la greffe est un peu un jeu, dont la réussite est toujours très gratifiante. Vous veillerez à choisir la méthode de greffe selon la période de l’année et, autre point important, à bien sélectionner le porte-greffe selon la nature du sol, selon la forme que vous souhaitez donner à votre prunier, selon le climat... C’est ce combo qui vous permettra d’obtenir non seulement de belles réussites mais aussi des pruniers productifs, vigoureux et sains.
Quel type de greffe sur le prunier ?
Le prunier se greffe au début du printemps, juste avant la reprise de végétation, ou bien après la récolte, à la fin de l’été. On distingue les greffes dites “à œil poussant”, réalisées lorsque la sève monte (greffe à l’anglaise ou en fente) des greffes à œil dormant qui sont réalisées en fin d’été ou en automne, alors que la sève descend (greffe en écusson). Avant de réaliser les greffes en sève montante (ou à œil poussant), prévoyez d’arroser régulièrement votre sujet à greffer afin que cette sève soit abondante, la reprise n’en sera que meilleure. En effet le greffon risquerait de se dessécher car il est prélevé en janvier ou février et stocké dans un endroit sombre, humide et froid. Choisissez systématiquement des sujets sains et vigoureux, autant pour le greffon que pour le porte-greffe. Garder un tire-sève sur le porte-greffe est judicieux, lorsque c’est possible, la sève circulera mieux.
La greffe en écusson
C’est la méthode de greffe la plus facile, à pratiquer pour débuter. C’est en été que vous l’utiliserez, dès lors que l’écorce du tronc commence à se désolidariser de l’aubier. Vous commencerez à préparer le porte-greffe 15 jours à l’avance en l’arrosant.
Sélectionnez un rameau de l’année dont vous couperez une vingtaine de centimètres.
Sur ce rameau, choisissez un bel œil situé à l’aisselle d’une feuille que vous supprimerez, sans couper son pétiole.
Préparez ensuite l’écusson : à 1,5 cm de cet œil, de chaque côté, réalisez une entaille qui va passer sous l’écorce. Attention si possible à ne pas entamer le bois. Une fois le greffon prélevé, nettoyez la partie sous l’écusson, il ne doit pas y rester de fragment de bois.
Supprimez rameaux et feuilles sur le porte-greffe, autour du point où vous placerez le greffon.
Réalisez une entaille en T dans l’écorce, sans atteindre le bois, d’abord une petite fente horizontale, de 2 cm, puis une verticale de 4 cm.
Utilisez le plat de votre greffoir pour soulever les bords de l’écorce de l’incision en T et insérez l’écusson dans cette fente, jusqu'au fond. Un bout d’écusson va certainement dépasser de la fente que vous devrez couper proprement.
Appuyez fort sur chaque côté de l’entaille afin d’en chasser l’air.
Ligaturez la greffe en laissant toujours l’œil libre.
La greffe en incrustation
Cette méthode de greffe donne également de bons résultats, et elle est à pratiquer soit à la sortie de l’hiver, soit à la fin de l’été lorsque la sève descend. Son avantage majeur est d’éviter la gommose, pathologie fréquente chez le prunier.
Rabattez votre porte-greffe à la hauteur souhaitée.
Dans l’épaisseur de la coupe, réalisez une entaille en V (large en haut et pointue en bas).
Prélevez un greffon de 10 cm sur un rameau fin, pas plus épais qu’un crayon et possédant 3 yeux. Son extrémité inférieure doit être taillée en biseau similaire au porte-greffe.
Insérez le greffon dans l’entaille du porte-greffe en forçant légèrement. Ligaturez l’ensemble et mastiquez.
La reprise s’annonce après environ 1 mois, vous supprimerez alors la ligature.
La greffe à l’anglaise compliquée
Plus simple que ne l’annonce son nom, cette méthode offre un très bon taux de réussite chez le prunier. Elle peut se réaliser entre le mois de février et la floraison, mais la meilleure période pour le prunier est à la sortie des bourgeons.
Pour préparer porte-greffe et greffon, supprimez les feuilles puis taillez l’extrémité de chacun en biseau suivant la même inclinaison.
Réalisez ensuite une entaille verticale dans le porte-greffe et dans le greffon, à proximité du bourgeon.
Insérez ensuite le greffon dans les entailles du porte-greffe.
Mastiquez la greffe et les coupes.
La greffe en demi-fente
Celle-ci se réalise généralement en sève descendante, à la fin de l’été, mais il est également possible de la réaliser en fin d’hiver si cela n’a pas été fait avant.
Prélevez les greffons en sélectionnant des rameaux bien lignifiés dont vous couperez des tronçons d’une dizaine de centimètres.
Ôtez-en les feuilles.
Rabattez le porte-greffe à la hauteur désirée en donnant à la coupe une légère pente. Cette coupe doit être bien nette.
À l’aide d’une serpette, entaillez la coupe sur la moitié de son diamètre, entaille de 5 à 6 cm de hauteur.
Préparez le greffon : gardez 3 ou 4 yeux et taillez le bas en biseau sur 2 côtés opposés. Ces biseaux mesurent 4 ou 5 cm et l’un d’eux démarre sur le côté de l’œil le plus bas. Ils se rejoignent tout en bas, donc sous l’œil.
Placez le greffon dans la fente du porte-greffe, l’œil doit se trouver à la jonction, tourné vers l’extérieur.
Ligaturez puis mastiquez la greffe pour bien fermer l’ensemble, en laissant l’œil libre.
Il faut environ 15 à 20 jours pour que la greffe prenne, le pétiole va tomber à ce moment là. Il sera alors temps d’ôter les ligatures et de laisser passer l’hiver.
Au printemps, l’œil va s’activer et le rameau pousser. Lorsqu’il mesurera une vingtaine de centimètres, vous pourrez rabattre la tige restant du porte-greffe à 10 ou 15 cm au-dessus de la greffe.
À savoir : les ligatures de greffe peuvent être formées de divers matériaux. Le raphia, une fois humidifié, et les flexibandes sont les plus couramment utilisés. Une fois installées, les ligatures sont généralement mastiquées afin d’étanchéifier les plaies.

Quel porte-greffe choisir ?
Réaliser une greffe consiste à unir 2 végétaux en juxtaposant leurs cambiums respectifs. Le cambium est une fine couche placée entre l’écorce et l’aubier (plus précisément entre le liber et l’aubier, le liber étant la zone où circule la sève élaborée et l’aubier celle où passe la sève brute), couche dans laquelle se produit la croissance cellulaire du végétal. Pour cela, les 2 végétaux doivent être compatibles. Le prunier se greffe sur des Prunus, le plus souvent sur un autre prunier, mais la greffe peut fonctionner avec d’autres espèces bien choisies (la greffe du prunier sur abricotier, merisier, pommier est par contre impossible). Les pruniers myrobolans ou Saint-Julien sont couramment utilisés pour cet usage mais il existe un grand nombre de porte-greffe, à sélectionner suivant l’environnement de culture du prunier ainsi que suivant la forme voulue de l’arbre fruitier. Le porte-greffe influe également sur la vitesse de croissance du fruitier, sur sa mise à fruit, sur sa productivité, il peut offrir une résistance à des maladies. Le meilleur porte-greffe pour votre prunier sera donc adapté à votre type de sol et à votre climat ; il limitera, grâce à sa résistance, les traitements contre les pathogènes ; sa prospection racinaire réduira les besoins en eau et en fertilisants.
Le myrobolan sera choisi comme porte-greffe de prunier en demi-tige et de basse-tige car très vigoureux. Assez polyvalent en terme de sol, il se plaît dans les sols un peu “compliqués” : les argileux, collants, lourds et humides, les calcaires, les très légers, sableux et pauvres. Il est plutôt utilisé dans les régions à climat doux car il peut craindre le gel et il tolère mal les grandes sécheresses. Comme de nombreux porte-greffe, il a fait l’objet de nombreuses améliorations par l’INRA, notamment en terme de drageonnement car il a effectivement tendance à émettre une grande quantité de ces rejets. La mise à fruit est rapide et il est compatible avec tous les pruniers. Il affiche une bonne résistance face aux pourridiés.
Le ‘Saint Julien’ est un peu moins vigoureux que le myrobolan, préféré pour les basses-tiges et les gobelets. Il se développera bien en sol compact et humide, peu profond car il a des racines traçantes, et il tolère très bien les sols calcaires. Par contre il redoute la sécheresse et il est assez drageonnant. Sa mise à fruit est assez rapide mais il donne un fruitier moyennement productif.
Le ‘Saint-Julien’ 655-2 est également de vigueur moyenne, et il donne un fruitier très productif avec une mise à fruit rapide.
Le ‘Mariana’ est le plus polyvalent, qui s’adapte à tout type de sol et à tout climat entre froid et tempéré, tout en préférant les sols siliceux et frais. Il est peu drageonnant et est adapté aux basses-tiges et aux gobelets. De mise à fruit assez rapide, il est vigoureux et compatible avec tous les pruniers excepté ‘Althan’.
Le ‘Brompton’, de grande vigueur, s’accorde aux demi-tiges et aux gobelets. Il se plaît en sols frais et légers et il tolère bien le gel. Sa mise à fruit est rapide. Par contre il est sensible aux viroses.
Le prunier ‘Ackerman’ est très rustique et il donne des fruits de bon calibre.
‘Ishtara’ est un très bon porte-greffe, qui ne drageonne pas et supporte tous les sols. Sa mise à fruit est rapide, il est très compatible et très productif. De vigueur moyenne, il est adapté aux basses-tiges et gobelets.
Le GF 43 est une obtention INRA assez couramment utilisé car résistant aux viroses. Il n’aime pas la sécheresse. De très grande vigueur, vous le sélectionnerez pour des formes en demi-tiges en tout sol excepté les sols secs. La mise à fruit est lente.
Le Damas noir est de faible vigueur, pour pruniers en basse-tige ou en gobelet. Il aime les sols frais et argileux, redoute la sécheresse et sa mise à fruit est rapide.
Le Jaspi est un porte-greffe de faible vigueur pour prunier en basse-tige et gobelet. Aimant les terrains lourds, il supporte bien le calcaire. Sa mise à fruit est rapide et il est très productif. Il offre un bon ancrage au sol, ne drageonne pas. Vous pouvez également préparer votre propre franc de prunier en plantant un noyau de prune en terre. De ce sujet très vigoureux vous ferez un porte-greffe pour tige ou demi-tige. Ce porte-greffe est parfait pour les sols peu fertiles et sableux, bien que peu exigeant. La mise à fruit est lente, voire très lente, et il est sensible au chancre.
Les pruniers sauvages sont de bons porte-greffe, car bien adaptés à leur environnement.
Le prunier peut également être greffé sur un hybride d’amandier et de pêcher, le GF 677. Ce porte-greffe de grande à moyenne vigueur apprécie les sols légers, argilo-calcaires. Sa mise à fruit est assez rapide, par contre vous éviterez de l’utiliser pour greffer un prunier domestique.
Le franc d’amandier peut être utilisé pour greffer un prunier dans un sol sec et calcaire.
À savoir : Il est toujours possible de greffer un sujet sur un autre de la même espèce, beaucoup plus rare lorsqu’il s’agit de 2 espèces différentes. Il est cependant possible de greffer un abricotier sur un prunier, voire un pêcher ou un amandier. Le prunier sauvage est pour ce type de greffe un bon candidat, vous pourrez également choisir un myrobolan pour l’abricotier, le Damas ou le Saint-Julien pour le pêcher. Il est par contre impossible de réaliser la greffe d’un cerisier sur un prunier, le cerisier n’acceptera comme porte-greffe que des cerisiers ou des merisiers.
Conclusion La greffe de tout arbre fruitier en général, et du prunier en particulier, est un exercice certes un peu technique mais gratifiant, et qui devient rapidement amusant. Vous choisirez ainsi peu à peu la méthode qui vous convient et qui vous offrira le meilleur taux de réussite. Mais la greffe n’est pas qu’un exercice pour le jardinier, elle offre également de nombreux avantages. Greffer un arbre sur un porte-greffe, c’est unir deux végétaux, donc additionner leurs forces et compenser leurs faiblesses, dès lors que les deux végétaux sont adaptés l’un à l’autre et adaptés à leur environnement.
