Partager
La bouillie bordelaise est presque le produit miracle, que l’on trouve dans tous les jardins car elle soigne toutes les maladies, ou presque, de tous les végétaux, du prunier à la tomate en passant par le rosier. Le prunier, comme tous les arbres fruitiers, est malheureusement victime de nombreux champignons et bactéries, et leur effet n’est pas qu’esthétique, sa récolte est le plus souvent bien compromise, quand ce n’est pas sa vie. La bouillie bordelaise est de ce fait très utilisée comme traitement préventif pour le prunier. Elle est cependant à utiliser avec modération et précautions...
La bouillie bordelaise, c’est quoi ?
Le produit et son utilisation
Il s’agit d’un produit composé de sulfate de cuivre et de chaux, mélangés à de l’eau. Le cuivre lui donne cette couleur bleue caractéristique que l’on voit très souvent sur la vigne. C’est sur le mildiou de la vigne qu’elle a d’ailleurs été utilisée à ses débuts, à la fin du 19e siècle, avant de se répandre du fait de son efficacité. Les ions cuivre présents dans la solution bloquent la germination des spores de champignons, responsables des maladies cryptogamiques fréquentes chez les végétaux, par contre ils ne détruisent pas le champignon en lui-même une fois qu’il est installé. La bouillie bordelaise s’utilise donc en prévention des pathologies telles que le mildiou, la cloque, la tavelure, mais elle est aussi employée contre certaines bactéries. Là son action est plus curative, les ions cuivre gênent entre autres le processus respiratoire et la synthèse protéique de ces organismes.
Le produit et ses précautions d’emploi
La bouillie bordelaise est utilisée pour ses propriétés fongicides et bactéricides, mais sa composition a en réalité une action sur tous les organismes vivants, action plus ou moins importante selon la dose employée. Le cuivre est certes présent chez de nombreux êtres vivants, notamment les mammifères, mais à très faible dose. Son contact, tout comme son inhalation ou son ingestion, provoque de réelles intoxications. Chez l’homme par exemple, ce sont les muqueuses (surtout les yeux), la peau, puis le système respiratoire qui peuvent être atteints. La bouillie bordelaise est d’ailleurs assujettie à des précautions d’emploi, classifiée : H318 : lésions oculaires graves/irritation oculaire ; H400 : toxicité aquatique aiguë ; H410 : toxicité chronique pour le milieu aquatique. Répandue par accident sur le sol, il est préconisé de l’éponger pour éviter son ruissellement et son mélange avec les eaux (usées ou des nappes phréatiques), et de prévenir les autorités en cas de quantités importantes. Dans les potagers et vergers, le produit ne doit pas être pulvérisé directement sur les fruits et légumes, il pourrait en effet non seulement donner un mauvais goût à ces aliments, mais aussi se révéler toxique si la concentration à l’application avait été trop élevée. Le danger, lorsque la bouillie bordelaise est lessivée par les pluies,vient du fait que le cuivre ne se dégrade pas dans le sol. Du coup il s’accumule, et sa concentration le rend toxique pour la vie du sol, tous les micro-organismes, les vers de terre, les bactéries et autres champignons. Il peut également atteindre des organismes aquatiques, et par endroits sa concentration est telle qu’elle peut tuer un mammifère. Malgré tout, la bouillie bordelaise reste, à ce jour, tellement irremplaçable, qu’elle est toujours autorisée en agriculture biologique, bien que la réglementation définisse des quantités maximales par période et par surface selon les cultures.
Traitements du prunier à la bouillie bordelaise
Ce sont donc les maladies cryptogamiques et les bactérioses du prunier qui sont traitées par la bouillie bordelaise. La présence de ces spores et des bactéries peut être superficielle, mais dès lors que les conditions le permettent, l’attaque devient plus virulente, et problématique pour l’arbre. De plus, la plupart des spores hibernent dans ou à proximité de l’arbre, donc les agressions se renouvellent d’année en année, affaiblissant peu à peu le prunier. Les traitements du prunier à la bouillie bordelaise seront effectués en prévention, pour éliminer les pathogènes avant qu’une multiplication importante n’ait lieu.
Comment traiter les maladies du prunier ?
De manière générale, vous appliquerez un traitement du prunier à la bouillie bordelaise 2 fois dans l’année, en automne après la chute des feuilles et au printemps juste avant le débourrement des bourgeons. Agissez un jour sec, hors gel, sans soleil, et pulvérisez la solution cuprique sur le tronc et toutes les branches, des principales aux jeunes pousses. Dans le cas d’une maladie déclarée de l’arbre ou aux alentours, les applications vont être plus fréquentes et effectuées à des moments déterminants, mais jamais à moins de 15 jours d’intervalle (pour les particuliers). L’application automnale est nécessaire pour toutes les maladies. Le dosage préconisé est de 5 à 20 g de poudre mouillable par litre d’eau, en fonction du produit et de l’utilisation. Pour améliorer la tenue de la bouillie bordelaise sur les parties traitées, un agent mouillant peut être ajouté : le savon noir ou le lait écrémé, sachant que le premier est aussi utilisé pour éliminer les parasites (mais a aussi une action sur tous les insectes pulvérisés) et que le second peut fournir des protéines aux champignons et bactéries visés. Cet agent mouillant est cependant fort utile, car le mélange cuprique est facilement lessivable par la pluie et qu’il ne traite que les zones couvertes. De plus, il permet de diviser par 2 les doses de cuivre utilisées.
Attention : vous devez vous protéger avec gants, masque et lunettes de protection lors de la préparation et de la pulvérisation de la bouillie bordelaise.
Pour en savoir plus, lisez nos conseils sur les maladies du prunier
Traiter la moniliose
La moniliose est provoquée par un champignon qui pénètre le plus souvent dans l’arbre par les fleurs, ou bien par une plaie. Il progresse ensuite à l’intérieur des tissus dans les rameaux puis dans les branches et enfin dans le tronc. Si son apparition est plus tardive, ce sont les jeunes fruits qui vont être touchés. Les bouquets floraux de la zone atteinte se dessèchent, puis les feuilles, mais restent accrochés aux branches. Ensuite c’est l’écorce qui présente des zones rougies qui vont se creuser jusqu'au bois, les chancres à Monilia. Les fruits se marquent de taches de pourriture brune cerclées d’amas clairs. Les printemps et les étés humides sont propices au développement de la moniliose. Avant toute chose, supprimez fleurs, feuilles et fruits malades, au sol ou dans l’arbre, ainsi que les rameaux atteints. Appliquez la bouillie bordelaise une première fois avant le débourrement, puis avant l’ouverture des bourgeons floraux, et pendant la floraison si les conditions se prêtent au développement de Monilia laxa.
Pour en savoir plus, lisez notre fiche maladie sur la moniliose du prunier
Traiter la rouille
Les champignons Tranzschelia provoquent un arrêt de la formation de lignine. Ce sont les feuilles qui montrent les symptômes les plus visibles : des marques jaune orangé sur l’extérieur des feuilles, dues aux amas de spores brun violet situés sur le revers de ces feuilles. Les marques finissent par se crevasser et toute la surface des feuilles se plombe, les feuilles tombent enfin. On peut également voir de ces amas sporeux sur les branches les plus basses et sur les drageons du prunier. Les fruits ne se développent pas. Les pluies du printemps sont favorisantes de la contamination des pruniers.
Pour en savoir plus, lisez notre fiche maladie sur la rouille du prunier

Enterrez les feuilles tombées au sol et arrosez afin de favoriser leur décomposition, cela permettra d’éliminer les spores présents. Pulvérisez le traitement du prunier à la bouillie bordelaise une première fois à l’apparition des symptômes, renouveler l’application 15 jours plus tard, puis une troisième fois si nécessaire.
Traiter la cloque et la tavelure
Le champignon Taphrina pruni pénètre par les fleurs et s’attaque au fruit dès sa formation. Il provoque une déformation du fruit qui va rester plat, sans noyau. L’épiderme devient blanc laiteux puis rose pâle, le fruit se dessèche et tombe.
Le champignon Cladosporium carpophilum touche aussi bien les fruits que les feuilles ou les branches. À la fin du printemps, les feuilles se marquent de taches circulaires qui vont se craqueler, des taches grises apparaissent sur les rameaux. Une fois les fruits développés, on peut y voir des taches rondes qui deviennent liégeuses. Ce sont les symptômes les plus visibles, malheureusement assez tardifs.
La cloque, ou maladie des pochettes (à cause de la forme des fruits infectés), est favorisée par un printemps froid et humide, tout comme la tavelure. Supprimez et détruisez tous les fruits dans l’arbre et au sol. Le moment précis pour traiter le prunier à la bouillie bordelaise contre ces 2 maladies est la fin de la chute des pétales. Une application préalable, lors du débourrement, est cependant judicieuse.
Traiter le coryneum
Le signe caractéristique de la présence de Coryneum beijerinckii est l’apparition de taches orangé à pourpres de 3 à 5 mm sur les feuilles, le plus souvent après la récolte. Elles ont un centre gris clair et leur pourtour est plus sombre. Ces taches finissent par se nécroser et se trouer, provoquant des criblures, mais à ce stade la criblure à coryneum peut être confondue avec une bactériose ou autres problèmes. Ce sont les printemps pluvieux qui permettent la contamination, et les pluies estivales froides suivies de chaleur qui favorisent le développement du champignon. Supprimez et détruisez les rameaux atteints, les feuilles au sol. Les applications normales de bouillie bordelaise à l’automne puis au débourrement sont une prévention efficace.
Traiter le chancre bactérien
Comme son nom l’indique, ce sont des bactéries qui provoquent cette maladie du dépérissement. Deux types de bactéries peuvent être responsables, les bactéries à Pseudomonas et les bactéries à Xanthomonas. Les feuilles et les branches, y compris les rameaux et les jeunes pousses, peuvent être atteints. Les bactéries peuvent pénétrer par une plaie ou une lésion et provoquent des boursouflures qui vont ensuite laisser s’échapper de la gomme. Ces boursouflures peuvent s’ouvrir profondément et laisser pénétrer d’autres pathogènes. Les pousses et jeunes rameaux sont atteints à partir de la floraison, les bourgeons qui y sont situés se dessèchent et suintent. Les feuilles se marquent de taches rondes et décolorées qui vont se nécroser. C’est un temps hivernal froid et humide qui favorise l’infection. Appliquez la bouillie bordelaise aux moments habituels, à la chute des feuilles et avant le débourrement.
À savoir : alternez vos applications de bouillie bordelaise sur les pruniers par des applications de purin de prêle pour diminuer la quantité de cuivre utilisée.
Les alternatives à la bouillie bordelaise
Le cuivre peut être utilisé sous des formes différentes :
L’hydroxyde de cuivre, pour la tavelure et la cloque. Il est moins toxique que la bouillie bordelaise en période de végétation.
L’oxychlorure de cuivre pour les bactérioses, moins toxique également.
Sinon, vous pourrez utiliser le soufre comme fongicide préventif, le bicarbonate de soude en curatif contre la tavelure, le purin de prêle comme fongicide préventif et curatif, la décoction d’écorce de saule en préventif contre les champignons foliaires…
Conclusion La bouillie bordelaise fait l’objet de grands débats. Connue pour être mauvaise pour l’environnement, elle l’est aussi pour être d’une efficacité redoutable contre les agresseurs pathogènes des arbres fruitiers, entre autres. Au jardin, il est certainement plus facile de trouver des alternatives ou du moins d’alterner entre diverses solutions pour soigner les pruniers de leurs divers maux. Quoi qu’il en soit, ne faites pas d’excès et respectez à minima les doses prescrites par les fabricants.
