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On ne trouve dans les pépinières et autres jardineries que des abricotiers et autres arbres fruitiers greffés, et le greffage est depuis longtemps une activité commune du jardinier. À tel point que l’on se demande parfois si c’est la seule manière d’avoir des fruits ! La réalité est plus modérée car l’arbre fruitier peut être productif sans être greffé mais le greffage présente de nombreux avantages. À vous de peser le pour et le contre… ou de faire les deux !
Faut-il greffer un abricotier pour avoir des fruits ?
Greffer...
Faut-il greffer l’abricotier pour avoir des fruits ? Oui, c'est le meilleur moyen, du moins des fruits identiques à ceux de l’arbre d’origine. La greffe est une opération qui consiste à insérer un végétal dans un autre afin de faire correspondre leurs tissus. Plus précisément, la greffe nécessite que le cambium des 2 végétaux soient en contact étroit afin de ne finir par former qu’un seul végétal. La technique du greffage est très utilisée pour les arbres fruitiers, notamment pour l’abricotier. En effet, elle montre plusieurs avantages peu négligeables :
L’abricotier est difficilement multipliable : le semis d’un noyau d’abricot a peu de chances de donner un abricotier doté des mêmes caractéristiques, il faut pour cela que l’abricotier soit autofertile et qu’il n’y ait aucune possibilité de fécondation croisée avec des arbres alentours. Et il faut de nombreuses années pour que cet arbre donne des fruits. Généralement, ce sont les espèces originales, anciennes, qui sont multipliées par semis, les hybrides ne le sont que par bouturage. De plus, la bouture de ce fruitier est particulièrement ardue à réussir et les rameaux sont difficilement marcottables. La greffe, elle, permet d’obtenir facilement de nombreux abricotiers.
L’abricotier non greffé est un arbre fruitier très vigoureux. Son association avec un porte-greffe permet une plus grande souplesse dans sa conduite. Un porte-greffe peu vigoureux va permettre de le conduire palissé, voire en pot, un moyennement vigoureux sera intéressant en verger pour des formes en gobelet, tandis que les porte-greffes vigoureux correspondront à des abricotiers de plein vent. L’abricotier nécessite un terrain et un climat assez spécifiques (les conditions pédo-climatiques) : perméable, léger, à tendance calcaire, sablonneux avec une sous-couche caillouteuse, une zone abritée du vent et sans humidité stagnante. Grâce à un porte-greffe adapté, il pourra être installé sur un sol très différent, y compris dans un terrain compact qui retient l’eau.
La mise à fruit de l’abricotier est très lente. La présence du porte-greffe va plus ou moins, selon sa variété, accélérer cette mise à fruit.
L’abricotier est sensible à certaines maladies. Grâce au porte-greffe, dont certains présentent des résistances face à telle ou telle maladie, l’abricotier pourra en être protégé.
Le greffage permet également d’ajouter une variété à un arbre, ou de consolider un sujet qui a été blessé, ou bien qui est déséquilibré.
...ou ne pas greffer
À la question “Faut-il obligatoirement greffer un abricotier pour avoir des fruits ?” la réponse est non. Ou plutôt non mais. En effet, un abricotier bouturé doit donner des fruits, mais de tels sujets sont peu vigoureux et productifs. Quant à un abricotier issu d’un noyau, les fruits devraient être présents, mais ceux-ci peuvent se montrer délicieux comme ne pas être bons.

Cet abricotier “franc de pied” va posséder les caractéristiques de l’arbre portant la fleur femelle, mais aussi celles du sujet qui a donné son pollen. Qui est-il ? Que va donner la nouvelle génération ? L’avenir vous le dira ! La pollinisation manuelle peut être la solution pour mieux maîtriser les choses, mais il peut toujours y avoir une fécondation croisée si un autre abricotier se trouve à bonne distance. Il est d’ailleurs probable que sur plusieurs noyaux plantés du même abricotier, aucun ne donne exactement le même résultat : c’est une loterie génétique ! Vous préférerez semer des noyaux de variétés anciennes, pour de meilleurs résultats : Alberge, de Hollande... S’il reste vrai que les arbres greffés bénéficient d’avantages certains, des arbres issus de semis en présentent d’autres :
Le système racinaire d’un abricotier, son architecture, l’étendue du chevelu et sa profondeur, sont de réels atouts en cas de sécheresse. De plus, un arbre issu de semis possède un système racinaire pivotant, bien plus résistant face aux poussées du vent et au manque d’eau. Étant donné les modifications actuelles des conditions climatiques, une meilleure résistance est intéressante pour la santé des arbres fruitiers (la culture des abricotiers a subi une perte de 35 % lors de la canicule de 2003 et celle de 2019 a entraîné beaucoup de transformations de fruits et des calibres très petits).
La longévité : un abricotier franc de pied vivra bien plus longtemps qu’un sujet greffé. Les arbres sur propres racines ont une bien meilleure longévité, qui se compte en plusieurs centaines d’années pour l’abricotier.
Une récolte abondante, du fait d’un sujet très vigoureux et en bonne santé, des fruits de très bonne qualité bien que souvent plus petits, par contre la mise à fruit est plus tardive : après avoir planté le noyau, vous mettrez environ 5 à 6 ans pour obtenir votre première production.
La reproduction végétative des arbres fruitiers, qu’il s’agisse du greffage, du bouturage ou encore du marcottage, pose un gros problème lorsqu’elle est utilisée en masse. En effet, la grande majorité des fruitiers est de ce fait composée de clones, avec une richesse génétique qui se perd peu à peu et des risques accrus de maladies, ils sont tous résistants ou sensibles aux mêmes agents pathogènes.
Bien sûr un abricotier franc de pied devra être planté selon ses besoins pédo-climatiques.
Comment multiplier l’abricotier ?
Comment réaliser une greffe ?
Les techniques adaptées à l’abricotier
La greffe la plus commune pour l‘abricotier est la greffe en écusson, pratiquée à œil dormant, au cours de l’été. Il est cependant possible de réaliser, au printemps, une greffe en demi-fente, en incrustation (ou à l’anglaise pour certaines variétés), ou encore une greffe en chip-budding. Quelle que soit l’essence choisie, le porte-greffe doit avoir entre 2 et 3 ans minimum au moment de la greffe.
La greffe en écusson, la plus simple, consiste à insérer un œil d’abricotier dans une entaille en T réalisée dans l’écorce du porte-greffe. Les deux sujets seront arrosés régulièrement avant l’opération, ce qui permettra une bonne circulation de la sève : plus de facilité pour décoller l’écorce du porte-greffe, moins de risque de déshydratation du greffon. Le porte-greffe est débarrassé de toute végétation en dessous du point de greffe, il peut être étêté mais ce n’est pas obligatoire. Le greffon, un écusson pourvu d’un bel œil à bois situé à l’aisselle d’une feuille, est prélevé sur un rameau de l’année. L’écusson est formé d’une petite languette d’écorce qui porte l’œil et le pétiole de la feuille, la feuille elle-même ayant été supprimée. Cet écusson est inséré dans l’entaille en T dont les angles ont été légèrement soulevés afin de permettre cette insertion. Une fois le greffon au fond de l’entaille, les angles sont ramenés par-dessus en appuyant avec vos doigts, cela évite qu’il y ait de l’air entre l’écorce du greffon et le cambium du porte-greffe. Une ligature ferme permet de fixer le tout et de le rendre imperméable à l’air et à l’eau. Si le porte-greffe a été étêté, il devra être mastiqué. Lorsque le pétiole jaunit, avant de tomber, le greffon a repris.
La greffe en incrustation est une greffe à œil poussant, qui se réalise au début du printemps. Pour ce type de greffe, le greffon est prélevé durant le repos végétatif et stocké dans un endroit frais afin de rester dans cet état. Il s’agit d’un rameau de l’année d’une vingtaine de centimètres et possédant 3 yeux. Au moment de la greffe, ses feuilles seront supprimées mais il faut conserver les pétioles. Le porte-greffe, lui, doit être étêté car l’entaille, en V, se fait dans la coupe elle-même. La base du greffon est elle aussi taillée en V, de façon à pouvoir s’insérer dans la précédente. Le greffe est ensuite ligaturée et toutes les parties coupées doivent être mastiquées. La chute des pétioles est ici également le signe de la bonne reprise du greffon.
La greffe en chip-budding est peu courante car moins connue que les précédentes. Elle peut être réalisée soit à œil poussant, soit à œil dormant. Comme pour les autres, le porte-greffe doit être déshabillé de toute végétation en dessous du point de greffe, mais il n’a pas besoin d’être étêté. Choisissez une zone bien plane sur l’écorce du porte-greffe pour y découper une encoche : une courte entaille horizontale vers le bas (l’écorce est entaillée de 2 à 3 mm), une entaille identique 3 cm plus haut dont le bas rejoindra le bas de la première. Sur l’abricotier, réalisez une encoche identique mais qui devra porter un œil. Placez le “copeau” greffon dans le creux du porte-greffe et ligaturez le tout. Vous étêterez le porte-greffe 3 semaines plus tard si vous avez opté pour une greffe à œil poussant, au printemps suivant s’il s’agit d’une greffe à œil dormant.
Pour en savoir plus, lisez notre article sur la greffe de l'abricotier.
Que choisir comme porte-greffes pour l’abricotier ?
Les francs de pruniers : le prunier est un arbre au système radiculaire traçant qui s’adapte de ce fait à un grand nombre de sols, même compacts et froids. Il sera cependant d’autant plus vigoureux dans un terrain argilo-calcaire, assez profond et bien drainé.
Les pruniers utilisés comme porte-greffes d’abricotier sont nombreux, permettant une grande variété, notamment en terme de conduite. Le Myrobolan est idéal pour les basses-tiges, comme le Saint-Julien. ‘Brompton’ par contre sera réservé aux hautes-tiges.
Les francs d’amandier sont des porte-greffes vigoureux, à croissance lente, pour tous les sols sauf compacts.
Les francs de pêcher aiment les sols calcaires, riches en limon. Ils sont vigoureux et permettent à l’abricotier greffé d’avoir des fruits rapidement..
Les pêchers sont assez tolérants en terme de sol tant que ceux-ci sont drainants. Vous choisirez ‘Montclar’ pour des hautes-tiges ou ‘Rubira’ pour des moyennes-tiges.
Pour en savoir plus, lisez notre article sur les porte-greffes de l'abricotier.
Comment semer un noyau d’abricot ?
Avant la plantation proprement dite, le noyau d’abricot va devoir être stratifié. Vous le placerez dans du sable durant tout l’hiver, soit en pot près d’un mur orienté au nord, soit dans un endroit bien frais, une cave par exemple. Il est bien sûr possible de mettre de nombreux noyaux dans le contenant, veillez par contre à ce qu’ils ne se touchent pas, leur germination en sera facilitée. Vous veillerez à protéger les noyaux contre les rongeurs. À l’intérieur, vous pouvez le mettre au réfrigérateur, dans un bocal, et ne ressortir qu’au printemps, au redoux des températures. Un minimum de 60 à 90 jours est nécessaire. Si le printemps est encore loin, vous le garderez au frais et au sec jusque là. Ce traitement de stratification a pour but de ramollir l’enveloppe externe du noyau de l’abricot. Au printemps, vous récupérerez le noyau pour l’installer en pépinière, dans un mélange de terre et de sable, ou bien directement en place avec quelques précautions : installez sous le noyau germé un petit grillage, toujours pour le protéger des rongeurs ; déposez le noyau sur un lit de sable et refermez le grillage avant de combler le trou. Attention à respecter les conditions idéales de plantation pour votre tout jeune abricotier. Quelques années plus tard, 4 pour les plus chanceux, vous aurez des fruits de votre abricotier, sans l’avoir greffé !
Pour en savoir plus, lisez nos conseils sur le semis de l'abricotier et sur faire pousser un abricotier à partir d'un noyau.
Bouturer l’abricotier ?
Autre méthode pour avoir des fruits d’un abricotier non greffé, la reproduction végétative par bouturage ou marcottage. La bouture de l’abricotier est rarement utilisée pour obtenir des arbres fruitiers, elle l’est par contre pour produire des porte-greffes. En effet, le résultat de la bouture, difficile à réussir, est souvent peu vigoureux. La méthode la plus satisfaisante est la bouture à garrot, qui se réalise entre juin et juillet. Elle consiste à bloquer la circulation de la sève descendante sur une branche de l’arbre grâce à une ligature, afin d’accumuler à un endroit une grande quantité d’une hormone de croissance, l’auxine. Cette zone sera ainsi plus en capacité de produire des racines. Le garrot reste posé une semaine, il peut être composé d’un fil métallique et posé sous un œil. Bien que serré, il ne doit cependant pas blesser l’écorce. Vous récupérerez ensuite la bouture en coupant au-dessus du fil, sous le bourgeon (cette opération peut être faite en 2 fois, pour plus de facilité, une taille sous le fil puis une taille plus précise). La bouture peut alors être préparée : les feuilles réduites de moitié, l’écorce entaillée légèrement sur 1 cm à sa base. Pour augmenter les chances de réussite, la base sera trempée dans de l’hormone de bouturage. La bouture peut alors être plantée, de 5 cm dans un substrat léger (terreau pour semis) et recouverte d’une cloche, elle a besoin d’humidité et de lumière. Les racines commencent normalement à se développer sous 3 semaines, mais vous garderez le jeune plant à l’abri sous sa cloche encore une semaine au moins. Il sera planté au printemps suivant.
Pour en savoir plus, lisez nos conseils sur la bouture de l'abricotier
Le saviez-vous ? Une autre méthode peut être assimilée au bouturage, il s’agit de l’affranchissement. Ce peut être une autre solution pour un abricotier non greffé qui sonne des fruits. Affranchir un arbre greffé consiste à enterrer le point de greffe afin que le greffon développe des racines. Il va ensuite se nourrir lui-même ; privé de sève, le porte-greffe dépérit et laisse le greffon autonome.
Bien cultiver votre abricotier
Greffé ou non, l’abricotier doit être bien installé et bien entretenu pour avoir des fruits. La plantation de votre jeune scion greffé ou issu de semis se fera de préférence en octobre ou novembre, hors gel, mais elle peut normalement se faire jusqu’en avril. Il sera installé au soleil, à l’abri du vent et le plus possible à l’abri du gel, sa floraison très précoce le rendant très fragile face au gel. Au-dessus de la Loire, un emplacement contre un mur exposé au sud est conseillé. Pour le sol, choisissez un porte-greffe adapté et si votre abricotier est franc de pied, veillez à ne le plantez qu’en terre légère, drainante, sablonneuse. Vous incorporerez dans le trou de plantation du compost ou du fumier bien décomposé qui fournira de nombreux nutriments favorables au développement de l’arbre et vous compléterez au printemps par un apport de matières très azotées pour compenser la faim d’azote. Par la suite, un amendement à l’automne continuera à fournir ces éléments indispensables. Pour que votre abricotier ait de beaux fruits, une pelletée de cendre de bois sera idéale au printemps car riche en potasse.
Pour vous aider, suivez nos conseils sur la plantation de l'abricotier
L’abricotier est généralement autofertile, il n’a donc le plus souvent pas besoin d’un autre individu à portée de pollen ; vérifiez néanmoins l’auto-compatibilité de la variété, si c’est possible. La présence d’autres abricotiers et Prunus dans les alentours sera par contre un plus pour la qualité des fruits. Pour en savoir plus, lisez notre article sur la pollinisation des abricotiers. Le développement de l’abricotier nécessite de l’eau, vous devrez faire des apports réguliers les 2 premières années, le temps que le système racinaire ait poussé en profondeur. Par la suite, un paillage épais en période sèche gardera le sol frais, mais attention au printemps, un manque d’eau pourrait défavoriser la croissance et la mise à fruit. Suivez nos conseils sur l'entretien de l'abricotier pour en savoir plus.
Astuce : pour obliger les racines à croître loin et verticalement, arrosez peu souvent mais en grande quantité.
La taille de l’abricotier est importante pour nettoyer l’arbre mais elle doit rester légère, ce fruitier étant sensible à la gommose. Gardez le centre de l’arbre bien aéré, supprimez les rameaux abîmés ou gênants et mastiquez les plaies. Supprimez également quelques fleurs dans les bouquets printaniers, vos fruits seront plus gros et le phénomène d’alternance sera réduit. Pour en savoir plus, lisez nos conseils sur la taille de l'abricotier.
Greffé ou pas, un abricotier peut présenter des problèmes pour avoir des fruits s’il est attaqué par un champignon, un virus ou une bactérie : la moniliose, maladie cryptogamique, provoque des cercles de pourriture sur les abricots ; le coryneum peut toucher les fruits si l’attaque est forte ; la sharka est une maladie virale grave qui atteint durement les fruits. Pour prévenir ces agressions, pulvérisez de la bouillie bordelaise et du purin de prêle, en alternant, à la chute des feuilles puis juste avant l’ouverture des bourgeons jusqu’à la floraison. D’autres fongicides (purin d’ail, Saccharomyces cerevisiae, extrait de sauge…) peuvent être appliqués pour diminuer la quantité de cuivre.
Pour vous aider, lisez nos conseils sur les maladies de l'abricotier.
Conclusion L’abricotier greffé est aujourd’hui la norme, et ce n’est pas sans raisons. La greffe lui offre en effet des bénéfices importants, tant en terme de qualité que de rapidité de mise à fruit et de souplesse face aux conditions de culture. La présence du porte-greffe est également un atout face aux agresseurs pathogènes. Pour autant, cette habitude fort ancienne n’a pas que des qualités, et le particulier peut trouver plus avantageux de cultiver des abricotiers non greffés. D’autant plus qu’il n’est pas du tout obligé de greffer un abricotier pour avoir des fruits !
